Projets scientifiques par grands domaines

 

Domaine A.- Syntaxe, Interprétation, Lexique, Acquisition (responsable : Georgette Dal).

Thématique 1 : Phonologie et Morphologie : Structures, Interfaces et Interprétation.
Thématique 2 : Syntaxe et sémantique : forme et interprétation.
Thématique 3 : Lexicographie, Terminographie et Traitement des langues.
Thématique 4  :Acquisition et didactique des langues premières et secondes.

Domaine B.- Formes et interprétations des discours poétiques et philosophiques de l'Antiquité grecque et latine (responsable : Philippe Rousseau)

Thématique 1 : Formes des discours poétiques dans l'Antiquité classique et leurs interprétations.
Thématique 2 : Formes de l'argumentation et de la tradition philosophiques dans l'Antiquité.
Thématique 3 : Réception et interprétation humanistes de la pensée antique.

Domaine C.- Concepts et pratiques philosophiques (responsable : Denis Thouard)

Thématique 1 : Ethique, droit et société.
Thématique 2 : Sciences de la culture et herméneutique.
Thématique 3 : Esthétique : art, critique, théorie.
Thématique 4 : Logique et argumentation.

Domaine D.- Différenciations et mutations des savoirs (responsable : Bernard Maitte)

Thématique 1 : Les savoirs de la première modernité.
Thématique 2 : Différenciations et mutations dans les sciences après la première modernité.
Thématique 3 : Savoirs et pratiques de pensée : sciences humaines, littérature.
Thématique 4 : Problèmes, moments et figures de la philosophie contemporaine.

Projets "transversaux"

ANNEXE : Archéologie en Nubie Soudanaise (Florence Thill).

 

Domaine A.- Syntaxe, Interprétation, Lexique, Acquisition

(responsable : Georgette Dal).

Thématique 1. Phonologie et Morphologie : Structures, Interfaces et Interprétation (responsables : Sabrina Bendjaballah et Georgette Dal).

         Les travaux menés dans cette thématique concernent, d'une part, les structures phonologiques et morphologiques en tant que telles, d'autre part les interfaces entre ces deux composants (morpho-phonologie), ainsi que leurs interfaces avec la syntaxe et avec la sémantique. L'interprétation sémantique des mots construits, aussi bien que l'interprétation phonologique des structures syntaxiques, seront au centre des préoccupations.

 

1. Structure des représentations phonologiques.

         Les recherches menées s'inscrivent dans le cadre de la phonologie générative et concernent d'une part des problèmes strictement phonologiques, d'autre part les rapports entre la phonologie et d'autres domaines de la linguistique. Ces travaux portent sur les langues germaniques (néerlandais et allemand standard) et les langues afroasiatiques (berbère).

 

         Les alternances schwa/zéro en germanique occidental

         Sur la base de travaux portant sur des phénomènes de syncope de schwa en néerlandais standard et en allemand, Roland Noske se propose d'étudier les alternances schwa/zéro dans des langues très apparentées à ces deux langues (par exemple, le limbourgeois qui a échappé à la codification de langue nationale). Dans ce cadre, un problème méthodologique et théorique sera également abordé : l’inversion de règles, proposée pour la première fois par Vennemann 1972 (Vennemann, Theo, ‘Rule inversion.’ Lingua 29, 209-242.). Ce mécanisme, bien attesté et assez fréquent dans l’évolution des langues, ne peut être exprimé de façon satisfaisante dans la théorie dominante actuelle en phonologie, à savoir la Théorie de l’Optimalité.

 

         La représentation des voyelles du berbère

         Sabrina Bendjaballah mènera un projet de recherche sur la représentation des voyelles : il s'agit d'un projet centré sur le système vocalique du berbère. Ce système comporte trois voyelles périphériques (i, a, u) et une voyelle centrale (schwa) ; il ne présente pas d'opposition de longueur en surface : toutes les voyelles sont phonétiquement courtes. Cependant, certains phénomènes indiquent que les voyelles périphériques sont phonologiquement longues, le schwa étant la seule voyelle phonologiquement courte du système. Ces phénomènes sont cruciaux pour la compréhension de la prosodie du berbère. L'objectif de ce projet est de répertorier les arguments en faveur de l'hypothèse que les voyelles périphériques du berbère sont phonologiquement longues.

 

         La (non)-adaptation phonologique des mots d'emprunt dans quelques langues d'Europe

         Enfin, une dernière thématique strictement phonologique, menée par Roland Noske, concernera l’adaptation des mots d’emprunt. En néerlandais des Pays-Bas par exemple, les mots d’origine française, après n’avoir été que partiellement adaptés du point de vue phonologique, le sont désormais davantage, tandis que les mots d’origine anglaise paraissent mieux résister à l’adaptation. Le but de ce projet est de préciser les éléments phonologiques non-natifs adaptés dans la langue cible, ainsi que la hiérarchie de cette adaptation. Cette recherche éclairera la question de savoir si c’est le degré de marquage général de ces éléments et/ou la distance de la langue cible qui est décisif pour l’adaptation.

 

2. Interfaces entre la phonologie et d'autres domaines de la linguistique.

         Les recherches explorant les interfaces entre la phonologie et d'autres domaines de la linguistique se font autour de trois axes : un premier axe de recherche porte sur l'interface phonologie-syntaxe, un second sur l'interface entre phonologie et morphologie, un troisième sur le rôle de la phonologie dans l'acquisition d'une langue non maternelle.

 

         Structure argumentale et gabarits

         Ce projet, mené par Sabrina Bendjaballah, explore l'hypothèse que le gabarit est un élément nécessaire de l’interface entre phonologie et syntaxe, et en particulier que structure gabaritique et structure argumentale sont reliées par une application préservatrice de structure. Il s'agira d'étendre les résultats obtenus sur la structure gabaritique des verbes de l'allemand standard aux systèmes verbaux non-concaténatifs. Les verbes berbères dérivés (causatifs, passifs, réciproques etc.) constitueront le point de départ du projet : ces verbes présentent en effet des phénomènes de blocage qui relèvent de la même phénoménologie que les verbes forts de l’allemand (alternance au thème de négatif absente dans les verbes causatifs par ex.).

 

         Les thèmes verbaux dans les langues afro-asiatiques

         Les thèmes verbaux des langues afro-asiatiques présentent de manière condensée les divers problèmes posés par la morphologie verbale. D'un point de vue syntactico-sémantique, le comportement de ces thèmes est difficile à appréhender car la sémantique est complexe et souvent irrégulière (pour une discussion et des références bibliographiques qui résument le problème, cf. Doron 2003). Sabrina Bendjaballah essaie de circonscrire les données en regardant de façon précise les mécanismes morpho-phonologiques à l'œuvre. Ceci doit permettre de définir des classes naturelles de verbes, et ainsi de fournir une base indépendante des descriptions traditionnelles (binyamin etc.) à une analyse syntaxique et sémantique. Du fait que les mécanismes morpho-phonologiques sont plus importants dans les systèmes non concaténatifs, leur étude permet de compléter et de mieux comprendre les mécanismes à l'œuvre dans les systèmes concaténatifs, par exemple en français.

 

         Le problème de la déficience

         Sabrina Bendjaballah va répertorier les types de ‘formes faibles’ en berbère et constituer un corpus sur la base d'un travail avec informateur. Les ‘formes faibles’ mentionnées par les grammaires sont les clitiques pronominaux. Cependant, ceux-ci ne sont pas les seules formes déficientes de la grammaire du berbère. L'objectif de ce projet de recherche est :

         a) de compléter les paradigmes fournis par les grammaires : les prépositions par exemple sont-elles aussi des ‘formes faibles’ ;

         b) de préciser et formaliser les corrélations entre déficiences phonologique, morphologique et syntaxique.

         Ce travail sera par ailleurs élargi, en collaboration avec Philip Miller, à une problématique typologique plus générale, comparant les formes faibles dans les langues romanes, en particuliers les clitiques pronominaux, avec celles du berbère.

 

         L'interface entre phonologie et morphologie dérivationnelle en français

         Cette thématique sera menée en collaboration entre Sabrina Bendjaballah, Sophie Aliquot et Georgette Dal et explorera différents phénomènes morphophonologiques du français. Un projet est déjà fixé, en collaboration avec S. Aliquot, sur le suffixe ade (voir ci-dessous).

 

         Les propriétés phonologiques de l'interlangue des apprenants francophones du néerlandais

         Les apprenants francophones du néerlandais ont du mal à assimiler les qualités phonologiques du néerlandais, segmentales aussi bien que suprasegmentales. Jusqu’ici, sur le plan phonologique, les études ont été surtout contrastives. Il n’y a pas eu d’études sur les aspects phonologiques de l’interlangue conçue comme système. Ce projet vise à étudier ce système surtout du point de vue suprasegmental (accentuation, découpage syllabique). Il est centré autour des questions suivantes :

a) dans quelle mesure ce système est-il cohérent en soi ?

b) dans quelle mesure ce système obéit-il aux mêmes contraintes que celles d’une langue naturelle ayant des locuteurs natifs ?

         Ce projet sera mené en collaboration avec les participants de la thématique 4, et devrait être étendu à d'autres langues, en particulier l'anglais (collaboration avec Annick Rivens, qui a travaillé sur l'acquisition de la phonologie de l'anglais par des apprenants lusophones du Brésil).

 

3. La morphologie constructionnelle.

         Les travaux dans ce domaine se partagent entre travaux à vocation théorique et descriptions spécifiques de procédés de morphologie constructionnelle, en particulier en français, mais aussi dans d'autres langues romanes et en anglais. On notera par ailleurs la participation de Georgette Dal au projet Wesconva et la participation de Georgette Dal et Sophie Aliquot au GDR de Morphologie. Enfin, Emmanuelle Mathiot poursuit des recherches sur le rôle de la morphologie dans l'apprentissage de la lecture, qui seront discutées dans le cadre de la thématique 4.

 

         Les relations paradigmatiques qui structurent le lexique construit

         G. Dal envisage de continuer l’exploration des relations paradigmatiques qui structurent le lexique construit, sous l’impulsion des travaux qu’elle a menés à la fin du précédent quadriennal. Cette exploration sera constituée d’un volet descriptif (rassemblement de données montrant l’existence de telles relations) et d’un volet théorique : les relations paradigmatiques observables sonnent-elles le glas d’un modèle basé sur des règles symboliques conçues sur un mode syntagmatique ?

 

         La productivité en morphologie

         G. Dal continuera le travail mené sur la notion de productivité morphologique, en collaboration avec les membres de l’opération 1 du GDR de morphologie dans son nouveau périmètre. Il s’agira, dans un premier temps, d’établir une cartographie de la productivité des principaux procédés de construction de lexèmes du français à l’instar de ce qui se fait à l’étranger, essentiellement pour le néerlandais ou pour l’anglais mais aussi pour l’italien avec les travaux de L. Gaeta et D. Ricca. L’établissement de cette cartographie, effectuée sur un corpus-étalon de 500 millions de mots (14 ans du journal Le Monde), permettra dans un second temps de répondre à un certain nombre de questions pertinentes dans le champ : la productivité des procédés constructionnels varie-t-elle avec le temps ? avec les genres textuels ? etc.

 

         La suffixation en ette

         G. Dal participera activement à l’écriture d’un chapitre d’un ouvrage collectif sur la morphologie du français (Aperçus de morphologie du français, Paris, Honoré Champion). Dans ce chapitre, intitulé « Morphologie évaluative : la suffixation en ette, ‑et », et coécrit avec Bernard Fradin et Nabil Hathout, il s’agira de faire le point sur la question de la suffixation en –et, ‑ette du français, à la lumière des problèmes que pose spécifiquement ce procédé, qui semble en partie contredire le principe de compositionnalité du sens des lexèmes construits par rapport à leur lexème base. Il s’agira également de faire un point sur la pertinence (ou l’absence de pertinence) de la position consistant à distinguer deux suffixes selon que la forme affixale est ‑et ou ‑ette.

 

         Propriétés pertinentes des bases de construction de lexèmes

         W. Croft dissocie, dans les catégories lexicales majeures, ce qui relève de leur classe sémantique (objets, propriétés, actions) et ce qui relève de leur fonction pragmatique (référence, modification, prédication). Une piste de travail, qu’a commencé à explorer G. Dal dans ACL22 et qu’elle se propose de continuer d’explorer dans le prochain quadriennal, est précisément l’intérêt qu’il peut y avoir, pour la morphologie constructionnelle, à décompactifier de la sorte les propriétés constitutives des catégories. Contrairement aux approches des morphologues se situant peu ou prou dans la mouvance de la grammaire générative standard, la spécification de la base de construction de lexèmes selon leur appartenance catégorielle (nom, adjectif, verbe) prise comme un tout ne serait pas un ingrédient majeur dans la construction des lexèmes. Pour aborder cette thématique en connaissance de cause sera en outre constitué un groupe de lecture sur les travaux de W. Croft, groupe qui intéressera également des membres de la thématique 2 (notamment M. Lemmens et P. Miller) et de la thématique 3 (notamment A. Balvet), ainsi que plusieurs doctorants. Il est par ailleurs projeté d'inviter W. Croft à une journée de discussion avec le groupe dans le cadre du projet MSH « Bases sémantiques de la catégorisation », dans laquelle cette problématique intervient de façon importante.

 

         Les préfixes négatifs

         Georgette Dal envisage d’étudier le préfixe in‑ en français, réputé construire des antonymes de leur base (pur, impur). Ce projet, encore à l’état d’embryon, serait mené en collaboration avec Stéphanie Lignon (ERSS, Toulouse) pour une étude fine du volet phonologique du phénomène. Par ailleurs, Philip Miller envisage de collaborer avec G. Dal sur l'étude de la préfixation en un‑ en anglais (avec une comparaison avec le in‑ français). Le préfixe anglais pose des problèmes intéressants, qui se rapprochent de ceux mentionnés dans le paragraphe ci-dessus, dans la mesure où il s'applique à la fois à des adjectifs (true / untrue), des verbes (wrap / unwrap), mais aussi à des noms pour former des verbes (horse / unhorse).

 

         Le suffixe osité

         Pierre Corbin prévoit de mener une recherche sur le suffixe osité, qui prend pour point de départ un anathème jeté il y a une dizaine d’années par Maurice Druon contre le mot dangerosité. Il explore un large ensemble de mots français en osité pour déterminer si de bonnes raisons linguistiques pourraient sous-tendre les mauvais arguments polémiques développés par l’académicien à l’appui de son rejet. Anecdotiques dans leur prétexte, ces investigations sont l’occasion d’une réflexion méthodologique quant à la prise en compte de l’étymologie, des datations et des distributions domaniales en morphologie constructionnelle.

 

         Les noms déverbaux en  ade, ‑ée, ‑ment et ‑age

         Sophie Aliquot compte mener une recherche, fondée sur les outils fournis par ses travaux antérieurs ACL1 et ACT1, en poursuivant la description réglée de la forme suffixale ade, sur un plan morphophonologique d’une part (« Le point sur un ‑i‑. Le statut de iade dans Franciade et universiade » [titre provisoire]), ce travail fera l'objet d'une collaboration avec Sabrina Bendjaballah (voir ci-dessus), et d’autre part en reprenant les travaux ACT2 et COM2 sur l’aspect dans les noms déverbaux en ade et ée, qui seront contrastés avec ceux qui sont suffixés par –ment et par –age. Sur ce point, les résultats du projet Wesconva, discuté dans le paragraphe suivant, seront également utiles. Elle projette également de poursuivre son travail d’explicitation de l’objet étudié, le lexique construit français actuel, en reprenant la problématique de l’emprunt et en s’intéressant aux propriétés « dia‑ » des unités lexicales construites du français (diachroniques, diastratiques, diaphasiques, diatopiques) évoquées dans ACL1 et ACT1.

 

         Le projet Wesconva

         Dans le prochain quadriennal, G. Dal continuera de participer au projet Wesconva, piloté par Fiammetta Namer, et financé par l’institut de Linguistique Française (ILF). Dans ce projet, le réservoir textuel offert par Internet pour étudier les noms déverbaux en ‑age, ‑ment ettion du français sera exploité. En première analyse, il apparaît que les résultats théoriques obtenus à partir de l’observation de données essentiellement dictionnairiques (cf. les travaux de C. Kelling) sont invalidés par les collectes massives effectuées en ligne. La phase de collecte massive de données est à ce jour terminée. Il s’agira, dans le prochain quadriennal, de mettre au jour les raisons présidant au choix de l’un ou l’autre de ces procédés, en étudiant systématiquement tous les facteurs possibles : sémantique et structure argumentale du verbe base, influence du contexte, en jouant sur la taille de la fenêtre, du genre textuel considéré, effet d’amorçage, etc.

 

 

Thématique 2. Syntaxe et sémantique : forme et interprétation

(responsables : Maarten Lemmens et Marleen Van Peteghem).

         Cette thématique regroupe les travaux en syntaxe et sémantique. Ceux-ci se concentrent en plusieurs axes forts : structure et interprétation de la phrase, avec une attention particulière aux verbes et à leur complémentation, au sujet, et à la périphérie gauche de la phrase ; sémantique de la localisation spatiale et temporelle, avec en particulier des travaux sur les noms et les verbes de localisation et les noms temporels, ainsi que sur l'espace en LSF ; structure et interprétation du syntagme nominal, détermination, adjectifs, classes de noms. Les approches sont variées (grammaire générative chomskienne, grammaire cognitive, HPSG, grammaire de constructions, approche distributionnelle grossienne, sémantique lexicale, approches sémantiques logiques, approches énonciativistes culioliennes, approches descriptives et typologiques) et la confrontation des résultats de ces différentes méthodologies sur des objets communs constitue l'un des points forts du laboratoire. Les langues traitées sont très variées, même si le français et l'anglais restent dominants (néerlandais, flamand occidental, suédois, allemand, espagnol, portugais, roumain, russe, grec moderne, LSF).

 

1. Les verbes et leur complémentation.

1.1. Classes sémantiques de verbes.

         Les verbes de perception

Philip Miller se propose de continuer ses recherches sur la complémentation des verbes de perception en anglais et en français, qui devraient déboucher sur plusieurs articles dans les deux prochaines années, et se clôturer par un ouvrage. Spécifiquement des études sur les problèmes suivants sont actuellement en cours :

(i) Les verbes de perception en français, dans leur interprétation de compte rendu de perception directe (CRPD), permettent différents types de complémentation non finie : (a) infinitive avec fusion des structures argumentales (Marie a vu partir Jean) ; (b) infinitive simple (Marie a vu Jean partir) ; (c) participiales (Marie a vu Jean partant d'un pas décidé vers le fond du jardin) ; (d) pseudo-relatives ‘de perception’ (Marie a vu Jean qui partait ; classées par P. Miller parmi les constructions non finies pour des raisons expliquées entre autres dans Abeillé, Godard et Miller 1995), sur ce point un article en collaboration est prévu avec Anne-Marie Berthonneau, et des comparaisons pertinentes sont à prévoir avec le travail de Danièle Van de Velde sur les pseudo-relatives  ; (e) construction en en train de (Marie a vu Jean en train de partir). Malgré de nombreux articles sur la syntaxe de ces constructions (par ex. Abeillé, Godard et Miller 1995, Labelle 1996) et quelques articles qui tentent d'expliquer les contraintes sémantiques sur certaines de ces alternances (notamment Kleiber 1988, Koenig et Lambrecht 1999), le détail du système n'est pas encore compris et aucune étude abordant l'ensemble des constructions n'existe.

(ii) De façon un peu similaire, en anglais, les verbes de perception permettent deux types de complémentation non finie dans leurs interprétations de type CRPD, à savoir des complétives en SV[ing] (John saw Mary coming in) et en SV[inf] (John saw Mary come in). Malgré une littérature assez abondante sur la question (e.g. Declerck 1981), notamment produite par les anglicistes français (par ex. Souesme 1990), le détail de l'alternance entre ces deux constructions reste très obscur dans de nombreux cas (en particulier, dès que le procès n'est pas du type accomplissement). Sur ce cas également un corpus important a été récolté et est en cours d'analyse. P. Miller tentera notamment de faire une étude comparative avec les conditions d'alternances des cinq constructions françaises discutées dans le point précédent.

(iii) Les structures à attribut d'objet. A la fois en anglais et en français, les verbes de perception peuvent être suivis d'une structure à attribut de l’objet (ex. Je l'ai vu rouge; I saw it red). Dans une étude récente, Willems et Defrancq 2000 ont fait une première typologie des sens de ces constructions en français. Si ce travail présente des conclusions très intéressantes, il est cependant trop bref pour faire le tour de la question. En outre, les faits anglais (qui sont similaires sans cependant être identiques) n'ont apparemment jamais été étudiés de façon un tant soit peu approfondie. Le corpus récolté et les analyses de Willems et Defrancq montrent que, dans les deux langues, ces constructions permettent des interprétations très diverses, allant depuis les CRPD jusqu'à des interprétations d'opinion et de croyance. Il sera important d'en tracer les limites exactes et de mettre en évidence les facteurs contextuels et lexicaux qui déterminent les interprétations possibles.

(iv) Les emplois ‘évidentiels’ ou ‘copules’ des verbes de perception en anglais et en français. Il existe en anglais cinq verbes permettant d'exprimer des jugements de type ‘évidentiel’ correspondant aux cinq modalités sensorielles habituellement reconnues, à savoir look, sound, feel, smell, taste (p. ex. The book looks old). Ces constructions sont beaucoup plus limitées en français. Seules les modalités auditives et olfactives sont possibles, et les types d'utilisations sont beaucoup plus contraints. Ces emplois ont été peu étudiés. Ils sont particulièrement intéressants parce qu'ils semblent à la frontière entre des constructions copules (ce que fait apparaître une glose comme The book is old, from the look of it) et des constructions intransitives (se prêtant à des gloses de type ‘émettre une odeur, un bruit’). Leurs caractéristiques syntaxiques font apparaître ce statut incertain. On remarquera notamment qu'en français, si le complément est adjectival plutôt qu'adverbial (ce qui fait penser à une structure copule avec attribut), l'accord de l'adjectif en question avec le sujet est exclu (*Cette fleur sent bonne). Une comparaison avec le suédois est envisagée sur cette question, en collaboration avec Maarten Lemmens, car dans cette langue, la construction est largement disponible, comme en anglais et, en outre, l'attribut du sujet porte des marques d'accord, contrairement à l'anglais. Les premières données recueillies sur l'accord de ‘l'attribut’ dans ces constructions évidentielles en suédois montrent des incertitudes chez les locuteurs et des variations selon les modalités perceptives. L'étude de ces constructions évidentielles sera mise en rapport d'une part avec d'autres verbes d'apparence en français, notamment sembler et la locution avoir l'air, qui eux exigent ou permettent l'accord de l'attribut adjectival et, d'autre part, avec des verbes du type coûter et peser, qui prennent également des compléments adjectivaux (couter cher) et présentent diverses similitudes avec les évidentiels.

(v) Les verbes de perception avec des complétives finies. Malgré une thèse déjà un peu ancienne, Lemhagen (1979), et quelques observations dans divers articles, l'utilisation des complétives finies avec des verbes de perception n'a pas été suffisamment étudiée en anglais et en français. Notamment, la variété des acceptabilités et des sens obtenus selon la modalité perceptive en jeu n'a pas été suffisamment expliquée.

         Des collaborations sont également à prévoir avec Annie Risler qui compte étudier le rôle du regard et le statut des verbes comme voir ou regarder en Langue des Signes française.

         L'ensemble de ces travaux a la volonté affirmée de prendre en compte de la façon la plus systématique possible les différences de comportement entre les verbes correspondant à différentes modalités perceptives. En effet, la grande majorité des études existantes traitent ces verbes comme formant une classe au comportement uniforme, ce qui est une simplification très forte. P. Miller essaie au contraire d'identifier systématiquement les différences de comportement et de montrer de façon explicite comment celles-ci peuvent s'expliquer en termes de la conceptualisation des différentes modalités. Ceci implique notamment de prendre en compte la littérature sur la perception à la fois en sciences cognitives, en psychologie et en philosophie. P. Miller prévoit d’ailleurs de faire une communication sur ce sujet à une journée d'étude sur les verbes de perception en anglais, organisée par Jean-Charles Khalifa et lui-même à Lille 3 en octobre 2004, qui donnera lieu à une publication collective sous leur direction à paraître aux PUR en 2005-2006.

 

         Les verbes de parole

         Geneviève Dehon prépare une thèse de doctorat (s.d. A.-M. Berthonneau et P. Miller) sur les verbes et les noms de parole. Le principal objectif de ce travail est d'une part de caractériser sémantiquement un domaine linguistique représentatif des langues étudiées, en faisant bien la part des choses entre sémantique des langues et sémantique des "situations" (pris dans un sens assez large) ; d'autre part de comparer les deux descriptions sémantiques ainsi obtenues. La notion centrale étudiée est celle d'action, limitée au domaine de l'acte de parole (et non l'acte de langage). G. Dehon voudrait mettre en relation l'expression en langue de l'action dans ses divers aspects (action envisagée, action en devenir et résultat de l'action) et le traitement de l'action d'un point de vue cognitif, et plus spécifiquement, neurologique. Elle fait l'hypothèse qu'il doit exister une cohérence entre le niveau linguistique et le niveau cognitif et que si tel est le cas, alors il faut pouvoir établir une 'tête de pont' entre ces deux niveaux. L'idée qu’elle tente de mettre en œuvre est de développer une sémantique lexicale de type minimaliste, qui s'appuie exclusivement sur la syntaxe, mais dont les concepts se fondent sur des propriétés et principes cognitifs plus généraux, plus fondamentaux. L'originalité de son approche réside dans le fait que les propriétés et principes cognitifs qui l’intéressent sont issus de travaux assez récents en neurobiologie, neuropsychologie et neurophysiologie. Ces études proposent des théories qui s'appuient sur des faits très concrets, mis en évidence grâce aux progrès technologiques (notamment l'imagerie cérébrale) faits ces vingt ou trente dernières années.

 

1.2. La rection des cas.

         Les compléments datifs

Marleen Van Peteghem compte poursuivre ses études sur le datif dans plusieurs langues, surtout les langues romanes et germaniques, mais aussi le russe. Elle prépare un ouvrage sur le datif dans trois langues romanes (le français, l’espagnol et le roumain) et trois langues germaniques (l’allemand, l’anglais et le néerlandais). Elle y étudie le rapport entre le marquage du datif et les différents types de datifs dont dispose chaque langue. Son étude donnera lieu également à une série d’articles sur des points qui n’ont pas pu être suffisamment détaillés dans le cadre de son ouvrage, tels que :

- Les contraintes tant syntaxiques que sémantiques sur les verbes admettant le datif dit étendu ou bénéfactif, qui existe dans un grand nombre de langues, même celles qui connaissent très peu de types de datif comme l’anglais.

- Le datif épistémique, qui n’existe qu’en français et en espagnol. M. Van Peteghem essaiera de voir si le marquage assez analogue du datif dans ces deux langues peut expliquer pourquoi ce sont précisément le français et l’espagnol qui connaissent ce type de datif, par opposition à une autre langue romane comme le roumain, qui dispose d’un marquage morphologique du datif.

- Étude du datif dans les structures factitives en français et en espagnol.

- Comparaison d’une langue à l’autre des différentes catégories susceptibles de régir le datif : les verbes, les adjectifs, les noms, les pronoms. Examen des contextes syntaxiques dans lesquels ces catégories peuvent régir un datif et de leur sémantisme.

 

         Le datif et le génitif en grec

         Chrysanthie Therapontos finira au cours du prochain contrat quadriennal sa thèse (s.d. Marleen Van Peteghem) sur le datif et le génitif dans la complémentation verbale en grec moderne, dans laquelle elle se propose d’examiner l’opportunité d’une distinction entre le datif et le génitif verbal.

 

         Les alternances entre constructions transitives directes et constructions indirectes

         Michael Denuncq entame une thèse de doctorat (s.d. A.-M. Berthonneau et P. Miller) portant sur les alternances entre constructions transitives directes et constructions prépositionnelles, centrée sur le français, mais avec des comparaisons avec l'allemand et l'anglais. Il s'agira en particulier d'étudier des cas de concurrence du type toucher qqchse vs. toucher à qqchse.

 

         Analyse des constructions transitives sans objet

         Maarten Lemmens et Philip Miller comptent poursuivre et approfondir l'analyse des constructions transitives directes sans objets, et notamment répondre aux analyses récentes d'A. Goldberg (2004-2005). Il s'agit en particulier de déterminer dans quelles conditions les objets peuvent être omis et pourquoi le français permet (en tout cas apparemment) beaucoup plus facilement l'omission de l'objet que l'anglais. L'interprétation des objets manquants sera en particulier étudiée (cf. la distinction classique entre anaphores nulles définies et indéfinies d'Allerton et Fillmore).

 

         L'extraposition des complétives objet

         Anne Jugnet entame une thèse de doctorat (s.d. P. Miller) sur l'extraposition des complétives objets en anglais. Il s'agit en particulier de caractériser les classes de verbes qui forcent l'extraposition de leur complétive par opposition à celles qui ne la permettent pas, ou pour lesquelles elle est optionnelle. Pour ces dernières, les facteurs gouvernant l'alternance seront étudiés.

 

2. La structure de la phrase.

2.1. Le sujet.

         La position de base du sujet

         Liliane Haegeman a l’intention d’entreprendre des recherches sur la position de base du sujet, et ce en collaboration avec Siobhan Cottel (Université de Jordanstown, Belfast). L’objectif sera de rendre compte de la position relative du sujet et de certains adverbiaux de manière et aspectuels (completely, partially, etc). Cette recherche touchera aux problèmes de l'articulation de la structure du syntagme verbal et des domaines fonctionnels (notamment l’aspect) qui la dominent.

 

         - La passivation des verbes prépositionnels en anglais

         Ilse Depraetere étudiera les contraintes qui pèsent sur la passivation des verbes prépositionnels en anglais, qui, malgré diverses recherches antérieures importantes (Couper-Kuhlen 1979, Takami 1992), restent peu transparentes.

 

         Le passif impersonnel

         La thèse de doctorat d'Amélie Cracco (s.d. Marleen Van Peteghem) porte sur une étude comparée (français, anglais, allemand) du passif en construction impersonnelle. La thèse s'ouvre par un aperçu des travaux qui ont été consacrés au « passif impersonnel ». Elle comprendra ensuite un inventaire des différentes formes habituellement désignées par ce terme générique : variantes impersonnelles de constructions transitives directes au passif périphrastique ou pronominal (avec un objet nominal ou prépositionnel), passifs de verbes transitifs indirects ou intransitifs. Elle étudiera les conditions qui permettent à des formes passives de figurer dans un contexte impersonnel et tentera de rendre compte de leur fonctionnement.

 

         Les structures existentielles locatives

         Katia Paykin compte étudier, dans le cadre de la sémantique lexicale et de la syntaxe, le statut exact de l’élément locatif des prédicats météorologiques. Un examen des structures existentielles locatives en français, en anglais et en russe s’impose donc, ainsi qu’une analyse de la syntaxe et de la sémantique des phrases événementielles. Il s'agit également d’analyser le verbe faire météorologique d’une façon plus approfondie, d’examiner de façon systématique les adjectifs météorologiques dans les trois langues, en explorant l’hypothèse qu’ils sélectionnent principalement des noms de lieux et de fractions de temps et de reprendre l’étude du pronom ça des verbes météorologiques en français familier en le contrastant systématiquement avec le pronom it des prédicats météorologiques anglais.

 

2.2. La périphérie gauche de la phrase.

         L'antéposition des compléments circonstanciels

         Liliane Haegeman veut approfondir l'examen de la relation entre les circonstants antéposés et la proposition à laquelle ils sont rattachés. Un premier examen des données de l’anglais a montré que l’antéposition locale d’un complément circonstanciel (Last week I met Mary at the theatre) se réalise de façon différente de l’antéposition à longue distance (Last week I don’t think that Jim was in Paris). Ce résultat est pertinent pour la question de l’articulation du domaine de la phrase à gauche du sujet en termes de deux domaines distincts et aussi pour la définition de la position dite canonique du sujet.

 

         - La périphérie gauche de la phrase et la typologie des subordonnées adverbiales

         L. Haegeman se propose d’étudier également les subordonnées adverbiales, étude dont elle tirera des conclusions sur la périphérie gauche de la phrase. Dans les approches génératives, il a été démontré que l’on ne peut pas considérer le domaine à gauche du sujet comme la projection d'une seule tête fonctionnelle. Des données comparatives démontrent que la périphérie gauche de la phrase est articulée autour de plusieurs têtes fonctionnelles. Un examen détaillé de l’antéposition des compléments circonstanciels suggère qu’en fait il faut distinguer deux zones distinctes. La zone la plus basse comporte les modifieurs adverbiaux qui ont une portée sur le domaine adjacent, et ce domaine pourrait être conçu comme une extension du domaine du sujet. Une deuxième zone, qu’elle appelle Force Field (domaine de la Force illocutoire) relie la phrase au contexte et joue un rôle essentiel dans l’extraction à longue distance.

         L. Haegeman veut par ailleurs examiner la distinction entre deux types de subordonnées adverbiales : celles qui modifient l'événement et celles qui expriment une proposition qui servira de contexte à l'interprétation de la proposition principale. Les différences d'interprétation vont de pair avec des différences syntaxiques. L. Haegeman veut approfondir dans quelle mesure ces deux types de subordonnées se distinguent par leur degré d'intégration et par leur structure interne.

 

         - La périphérie gauche de la phrase et l’énonciateur

         Sur la base de son analyse de la syntaxe de la subordination, L. Haegeman avance que la tête fonctionnelle ‘Force’ est liée intimement à l'expression directe de la prise en charge par l’énonciateur. Elle montre que dans la représentation de la phrase, la tête fonctionnelle de ‘Force’ doit être liée formellement à un énonciateur, soit dans la structure superordonnée, soit dans le discours. Cette condition est en mesure de rendre compte de l’application restreinte de certains processus syntaxiques (‘Main Clause Phenomena’, ‘Root Transformations’), identifiés dans les années 70. Elle se propose d’élaborer une représentation syntaxique de ce concept dans le cadre de l'approche cartographique.

 

         - La périphérie gauche de la phrase et la topicalisation

         L. Haegeman prépare par ailleurs une étude sur la dislocation avec clitique. Dans les langues romanes, cette dislocation (Ce livre-là, je ne l’ai pas lu) a une distribution différente de la topicalisation argumentale anglaise dans la mesure où la dislocation romane semble plus libre. Ces recherches se font partiellement en collaboration avec Nicola Munaro (Université de Venise). Elles donneront lieu à une série d’articles et seront réunies dans deux livres :

(i) la syntaxe des subordonnées circonstancielles (qui sera soumis à OUP, série éditée par David Adger et Hagit Borer) ;

(ii) la périphérie gauche en anglais (soumis à OUP pour la série ‘Cartography, éditeurs : G. Cinque et L. Rizzi).

 

2.3. Adverbes et subordination.

         - La grammaticalisation des adverbes

         L. Santos a l’intention de mener une étude contrastive sur le fonctionnement de certains marqueurs grammaticaux polysémiques en portugais et en français. En prenant appui sur la théorie de la grammaticalisation, elle se propose de décrire le comportement de ces marqueurs qui assument, dans l’état actuel de la langue, différentes fonctions, notamment textuelles. La perspective contrastive permettra de mettre à jour, aussi bien dans une langue que dans l’autre, des spécificités de leur fonctionnement que l’analyse dans l’une ou l’autre des deux langues isolément ne permet pas d’appréhender. Il s’agira, initialement, de marqueurs tels que agora-maintenant, então-alors/donc, ainda-encore, depois-puis/depuis, já-déjà, qui sont, à l’origine, des adverbes de temps. Dans un deuxième temps, elle inclura des marqueurs comme se-si, também-aussi, /daí-alors, qui n’ont pas un fonctionnement temporel à leur origine, mais qui n’en sont pas moins polysémiques.

 

         - L'expression des relations cause/effet et condition/conséquence

         Denis Lepesant compte élaborer au cours du prochain quadriennal une classification sémantique des prédicats connecteurs (verbaux, nominaux, adjectivaux, prépositionnelles, conjonctifs et adverbiaux) marquant des relations cause/effet et condition/conséquence.

 

         - Position des subordonnées adverbiales

         Christopher Desurmont s'intéressera à la position des subordonnées adverbiales en anglais, ainsi qu'au choix des conjonctions exprimant la cause (because, since, for, as). Ces recherches convergent ainsi avec des problématiques étudiées par D. Lepesant (voir ci-dessus) et L. Haegeman.

 

2.4. Conditions discursives sur la structure syntaxique de la phrase.

         Les travaux sur ce domaine rejoignent les travaux à orientation plus syntaxique de Liliane Haegeman sur la périphérie gauche de la phrase.

 

         Les relatives appositives

         La thèse de Rudy Loock (s.d. P. Miller) porte sur la proposition subordonnée relative appositive (PRA) en anglais. Souvent définie de façon négative par opposition à la proposition relative déterminative, la PRA n’a été que peu étudiée. La thèse délimite un certain nombre de fonctions remplies par la PRA en discours, à l’écrit et à l’oral. L’étude de l’oral permet également de dégager les caractéristiques spécifiques à la PRA dans ce type de discours par opposition au discours écrit, en particulier les PRA « atypiques », sortant des schémas syntaxiques traditionnels pour ce type de structure. Parallèlement, R. Loock propose, dans le cadre de l’information packaging, une étude des structures qui entrent en concurrence avec la PRA, i.e. les structures qui véhiculent un même contenu informationnel mais de façon différente au sein du discours.

 

3. L'expression linguistique du temps et de l'espace.

3.1. Les verbes de localisation et de mouvement.

         Les verbes de localisation statique dans les langues germaniques

         Maarten Lemmens compte mener à terme son projet d'ouvrage sur les verbes de localisation statique dans les langues germaniques (cette recherche est développée dans le cadre de l'ACI « la localisation et le mouvement dans la langue et dans la cognition » dont il assure la coordination). Il a également introduit un projet de collaboration SILEX - U. C. Berkeley (avec Dan Slobin) sur cette même problématique. L'analyse proposée se situe dans une approche cognitive et a pour but de rendre compte de façon systématique du choix (obligatoire en néerlandais, le verbe zijn ‑ ‘être’ étant exclu) entre les verbes staan (‘être debout’), zitten (‘être assis’) et liggen (‘être couché’) pour indiquer la position statique. En particulier, une analyse des extensions métaphoriques est proposée, et une comparaison est faite avec la situation dans les autres langues germaniques, notamment l'anglais et le suédois. Par ailleurs, les correspondants causatifs de ces verbes (zetten, leggen, steken) font l'objet d'une analyse. L'ensemble de ces travaux est mené sur base d'expérimentations psycholinguistiques, notamment basée sur des descriptions spontanées d'images produites par des locuteurs.

         M. Lemmens compte aussi mener une analyse diachronique de l'utilisation des verbes de position en anglais, et tentera notamment d'expliquer les raisons de la diminution de leur fréquence d'emploi au profit du verbe be.

 

         - Les verbes de mouvement aquatique

         M. Lemmens se propose également d'étudier les verbes de mouvement dans l'eau (nager, flotter, ...) en néerlandais, en collaboration avec Dagmar Divjak, postdoctorant à la K. U. Leuven, dans le cadre d'un projet typologique international sur l'aquamotion, dirigé par E. Rakhilina de l'université de Moscou.

 

3.2. L'expression de la localisation en français.

         - Denis Le Pesant travaille sur l'expression de l'espace en français. Il s'agit pour lui d'établir une classification sémantique des prépositions locatives, des verbes de localisation statique et des verbes de déplacement. Ce travail doit permettre des confrontations fructueuses avec le travail de M. Lemmens sur des objets similaires dans les langues germaniques, dont le fonctionnement à cet égard est très différent du français.

 

         - Les noms de localisation générale en français

         Richard Huyghe achèvera durant le prochain quadriennal sa thèse de doctorat (s.d. A.-M. Berthonneau). Le but est d'étudier le fonctionnement syntaxique, sémantique et référentiel de quatre dénominations générales de l'espace, lieu, endroit, place et espace. Une étude distributionnelle détaillée montrera que ces noms ne sont pas synonymes et qu'ils engagent différents types de représentation spatiales, et donc différents types de localisation.

 

3.3. Les relations spatiales en russe.

         Dans le cadre de son projet de dictionnaire bilingue informatisé, Tatiana Milliaressi approfondira l’étude de la morphologie des relations spatiales en russe, ce qui implique, d’une part, la confection d’articles lexicographiques traitant de relations spatiales (« sens ® forme »), et d’autre part, la préparation des résultats de recherche à l’informatisation (codage en vue de programmation). Ce projet se fera en collaboration avec des linguistes russes (Université Lomonossov de Moscou, Institut de la Langue Russe à Moscou)

 

3.4. Espace et iconicité en LSF.

         Annie Risler poursuit des travaux sur les relations entre cognition et langage. Elle compte notamment mener des études comparatistes avec différentes langues orales dans lesquelles on retrouve des phénomènes morphologiques qui s’apparentent à des traces de représentations spatiales (langues à classificateurs, ou verbes de position), dans le cadre de l’Atelier Diversité des langues et cognition, Programme Cognitique, Ministère de la Recherche (piloté par C. Grinevald, Lyon 2 & B. Köpke, Toulouse). Une première intervention a eu lieu en janvier 2004 à l’Université de Toulouse le Mirail (INV31).

         Après ces recherches sur la syntaxe verbale, A. Risler entreprendra des travaux sur l’espace textuel. En effet, les mouvements manuels construisent plusieurs types d’espaces de signation : l’espace lexical, ou signe lexical, l’espace syntaxique ou espace prédicatif, mais aussi un espace textuel, avec la construction de sous-espaces qui seront mis en relation au fil du texte.

         La dimension textuelle de l’analyse spatiale du tracé en LSF prend toute son importance dans l’interprétation entre le français et la LSF, les meilleures garanties d’intelligibilité reposant sur une utilisation optimale de l’espace textuel. Un projet de recherche a été déposé dans ce sens (ACI Terrain, techniques et théories, mai 2003), piloté par A. Risler, qui engage des équipes pluridisciplinaires de recherche de Lille 3 et Toulouse 2, impliquées dans la formation des interprètes et traducteurs en langue des signes.

 

3.5. Les noms temporels en français.

         L’ouvrage en cours d’A.-M. Berthonneau sur les noms temporels a pour objectif de proposer une analyse du sens des noms qui dénotent le temps en français, et de leur fonctionnement référentiel, en prenant appui sur les circonstanciels de temps, et notamment sur le paradigme constitué par les tours directs et les tours introduits par une préposition clitique à ou en. Une définition de ce qu’on peut appeler un nom temporel permet d’établir dans un premier temps une liste de noms, et de discuter les cas limites. De tels noms ont vocation à fonctionner dans les circonstanciels (plutôt qu’en tant qu’arguments, même si cela n’est pas exclu, certains s’y prêtant mieux que d’autres). Pour distinguer les deux types d’emplois, on s’attache à dégager des caractéristiques générales des emplois circonstanciels, syntaxiques ou référentiels, en prenant le cas échéant appui sur la comparaison avec d’autres langues.

         Une caractéristique syntaxique des circonstanciels de temps est que les noms temporels donnent massivement lieu à des tours directs, en français comme dans d’autres langues. Il faut toutefois distinguer durée et localisation, comme le confirment les données typologiques. S’ils sont souvent présentés, dans la tradition française, comme des réductions de tours introduits par pendant, les compléments directs sont avant tout des compléments de mesure. C’est au sein de ce paradigme que leur spécificité est analysée, selon une hypothèse qui vise à rendre compte de leur caractère direct.

         Pour ce qui est de la localisation, se pose le problème des différences de distribution entre les noms, en termes de détermination aussi bien que d’alternance entre tours directs et indirects en à et en. Il faut distinguer ici les noms qui dénotent les divisions du temps sous-jacentes au calendrier au sens large, et les autres types de noms, qui procèdent d’autres types de saisie du temps. Une analyse stratifiée du sens des noms temporels du premier type est proposée pour rendre compte de leur distribution différenciée. Celle-ci permettra, pour terminer l’ouvrage, de procéder à des analyses précises de constructions particulières, avant d’analyser plus rapidement les divers autres types de noms temporels.

         A.-M. Berthonneau reprendra également le problème de catégorisation posé par les relations entre prépositions et adverbes, déjà abordé dans un article sur dans et dedans, mais aussi des relations entre prépositions et subordonnants temporels. Une autre piste en cours est l’analyse d’emplois prépositionnels de certains noms déverbaux, en particulier ceux qui expriment un état ou un sentiment éprouvé par le sujet, afin de dégager ce qu’ils ont de particulier, du point de vue énonciatif, mais aussi aspectuel, relativement à des tours à verbe tensé. Un article en chantier avec Philip Miller vise par ailleurs à préciser les contraintes temporelles et aspectuelles qui pèsent sur les compléments propositionnels des verbes de perception en français (cf. ci-dessus 1.1.).

 

3.6. Modalité, temps et aspect en anglais.

         Ilse Depraetere consacrera la plus grande partie de son temps de recherche à un projet international (avec la KULeuven, Belgique, janvier 2004 - décembre 2008), dont le but est de rédiger une grammaire scientifique et descriptive de la phrase verbale en anglais britannique. Le projet est financé par le FWOV (Fonds flamand de recherche scientifique) et le Conseil scientifique de la KULeuven et il regroupe le professeur Renaat Declerck (KULAK, KULeuven Campus Courtrai), qui est le promoteur principal, le professeur Kristin Davidse (KULeuven), Susan Reed (chercheur, KULAK), Bert Cappelle (chercheur, KULAK) et Ilse Depraetere. Dans le cadre de ce projet, elle sera amenée à étudier certaines thématiques qui pourront faire l'objet d'articles de recherche indépendants. Ce sera notamment le cas pour :

         - La nécessité déontique objective et la nécessité radicale non-déontique

         Coates (1983) distingue un emploi de can qu’elle désigne comme possibilité radicale non-déontique (You can buy coffee from this machine) à côté de l’emploi traditionnel de possibilité radicale déontique (You can take as many biscuits as you like.). Même si la catégorie de possibilité radicale non-déontique n’est pas toujours intégrée dans les taxonomies de valeurs modales (p.ex. Palmer 1979, Palmer 2001), cet emploi est beaucoup plus reconnu que celui de la nécessité radicale non-déontique (You must have lived in France for two years to acquire the French nationality), qui semble en être la contrepartie logique dans le domaine de la nécessité. Et pourtant, dans les études consacrées à la nécessité radicale ou non-épistémique, on se penche surtout sur la différence entre la nécessité déontique subjective (You must stay here. I insist) et la nécessité déontique objective (You need to have a permit to drive a car). Il importe de savoir en quoi se distingue le sens que l’on désigne par nécessité (radicale) déontique objective du sens auquel on réfère par nécessité radicale non-déontique. Afin de pouvoir répondre à cette question, Ilse Depraetere étudiera le statut et le rôle de la source de la modalité qui est souvent associée à la modalité de la nécessité et des valeurs déontiques en général. Il est évident qu’il importera aussi de faire une étude quantitative des emplois de may et can (possibilité radicale déontique, possibilité radicale non-déontique, possibilité épistémique (You may be right)) et une étude quantitative des emplois de must, need to et have to (nécessité radicale déontique, nécessité radicale non-déontique, nécessité épistémique).

 

         - Discourse-oriented modality et subject-oriented modality

         Une autre question qui relève du domaine de la modalité, liée à celle ci-dessus, concerne la distinction entre discourse-oriented modality et subject-oriented modality. Cette distinction est faite, entre autres dans Palmer (1974, 1990). En général, dans la littérature, discourse-orientedness est utilisé en tant que synonyme de subjectivité, telle qu’on la retrouve dans des emplois de nécessité déontique (You must stay in. I insist). Il y a beaucoup de contresens dans les façons dont les notions de discourse-orientedness, subject-orientedness, source et subjectivity sont utilisées. Ilse Depraetere se propose de définir ces concepts clairement et d’en déterminer la pertinence afin de pouvoir décrire les emplois modaux concernés.

 

4. Syntaxe et sémantique du nom et du groupe nominal.

4.1. La syntaxe du groupe nominal.

         -  Le genre grammatical.

         Liliane Haegeman compte poursuivre ses recherches sur le genre grammatical (en flamand) et les relations éventuelles entre la réalisation des traits nominaux de genre et de nombre et l'ordre des constituants dans le groupe nominal. Elle continuera l'analyse de l'expression prénominale de la possession et l'exploration des parallélismes entre la périphérie du syntagme nominal et celle de la phrase.

         Elle projette également d'examiner, dans des recherches en collaboration avec Albert Oosterhof (Gand), la différence entre les syntagmes nominaux coordonnés en flamand et en néerlandais.

 

         -  L'apposition.

         L’objectif de la thèse de Kathleen O'Connor, dirigée par Liliane Haegeman, est de proposer une analyse de l’apposition à antécédent nominal en anglais, illustrée par des exemples comme John, the plumber, structure qu'elle analyse comme comprenant un antécédent suivi d’un « appositif ». L’analyse se situe dans le cadre de la théorie générative et porte sur cinq questions : 1) comment définir l’apposition ; 2) la relation interprétative entre l’appositif et son antécédent ; 3) la syntaxe externe de l’appositif ; 4) la syntaxe interne de l’appositif ; et 5) le temps et la force illocutoire de l’appositif.

 

            4.2. Les noms.

         -  Les noms d'auteur.

            Mirna Canivez mènera une recherche sur le statut référentiel des noms d’auteur. Les noms d’auteur n’ont pas le même statut que les autres noms propres. Ils semblent renvoyer à une fonction plutôt qu’à une personne, ce qui leur confère également un statut particulier dans l’argumentation scientifique (procédures de validation).

         Dans une perspective textuelle, il est indispensable de distinguer les noms d’auteurs et le nom de l’auteur : leurs référents ne partagent pas la même instance dans et/ou par rapport au texte. M. Canivez s’interroge, en particulier, sur le statut du nom propre dans les conditions où l’auteur du texte se réfère à lui-même en tant qu’auteur. Elle examinera les écrits à prétention scientifique où, comme le montrent ces exemples issus de l’ouvrage Les formes de reprise dans le discours, signé par Francis Corblin, le nom de l’auteur se trouve dans le texte à côté des noms d’autres auteurs.

 

         - Les noms météorologiques

         Katia Paykin prolongera son travail sur le lexique météorologique, problématique au centre de sa thèse de doctorat soutenue en 2003, en se concentrant sur les trois axes suivants : (i) approfondir d’une manière plus systématique l’étude sémantico-syntaxique de ce domaine du lexique en français, en anglais et en russe, (ii) compléter ces recherches par une analyse morphologique et enfin (iii) procéder à une approche typologique. Ces recherches devraient aboutir à la rédaction de plusieurs articles, mais aussi d’un ouvrage plus important qui sera fondé sur la thèse.

 

            4.3. La détermination du nom.

         - Les indéfinis

         Danièle Van de Velde mènera une réflexion sur les indéfinis, cette fois dans le contexte particulier des phrases existentielles, avec le projet de montrer que, dans ce contexte (dans lequel elle pose l’existence d’un constituant locatif obligatoire), il n’y a pas de différence entre interprétations « faibles » et « fortes », les unes et les autres constituant des variantes d’une interprétation qui est toujours partitive. Cette réflexion l’amènera aussi à examiner le cas des pseudo-relatives en contexte existentiel (il y a mon père qui vient d’arriver), cas qui sera traité, pour son aspect sémantique, dans le cadre des propositions qui se trouvent esquissées dans son livre autour de la notion de fait. L’idée est que toutes les phrases d’interprétation événementielle constituent des jugements thétiques, et les phrases d’interprétation situationnelle des jugements catégoriques, correspondant respectivement à des structures logiques (ou logico-syntaxiques ?) différentes. Un rapprochement sera fait avec les pseudo-relatives de perception, étudiées par Anne-Marie Berthonneau et Philip Miller (cf. ci-dessus 1.1).

 

         - Les déterminants épistémiques

         Mirna Canivez analysera les déterminants dits épistémiques, comme (un) certain N. Il s’agit de déterminants indéfinis qui véhiculent un certain point de vue, et qui, à ce titre, jouent un rôle spécifique dans l’argumentation scientifique. A la différence des approches courantes en sémantique, elle envisage d’examiner le fonctionnement de ces moyens dans l'énoncé et dans le texte (texte scientifique, vulgarisation, presse écrite). L’accent sera mis sur les processus référentiels qui mettent en jeu la connaissance d'un ou plusieurs agents épistémiques.

         La thèse en préparation de François Allaert porte sur certain comme déterminant, mais a pour objectif de proposer une description unifiée de certain comme déterminant, pronom, adjectif et substantif. Certain sera ainsi confronté aux adjectifs épistémiques, pour aboutir à la conclusion qu’il est un adjectif d’opinion et possède un trait de subjectivité, grâce auquel on peut aussi expliquer les caractéristiques particulières de certain comme déterminant, par rapport aux autres déterminants indéfinis, puisqu’il occupe presque toutes les « positions » possibles entre indéfinition et définition. Le même trait de subjectivité reste présent dans les emplois nominaux (dérivés des emplois adjectivaux) et pronominaux (dérivés des emplois déterminants).

 

            4.4. Les adjectifs

         - Les adjectifs de groupe

         Danièle Van de Velde poursuivra un travail à peine commencé sur les adjectifs dits « de groupe », qui constituent une partie des adjectifs relationnels : elle a déjà pu montrer sur le cas particulier des noms de sentiments (amour, haine…) que ces adjectifs ne peuvent pas constituer des arguments du nom auquel ils sont attachés. Elle compte poursuivre en soulevant plusieurs questions : celle de savoir comment se constitue la classe, puisque d’une part il n’y figure que des humains, mais que d’autre part n’importe quel groupe d’humain ne peut pas être représenté, et celle de savoir pourquoi l’interprétation de ces adjectifs est toujours générique.

 

         - Les adjectifs quantificatifs

         Marleen Van Peteghem poursuivra ses études sur le groupe nominal par l’étude de certains adjectifs ayant une vocation de quantificateur. Après autre, même, différent, elle étudiera l’adjectif seul, l'un des rares adjectifs à pouvoir s’antéposer au groupe nominal, pourvu que celui-ci figure comme sujet. Elle étudiera les différences sémantiques entre seul antéposé et postposé d’une part, entre seul et seulement d’autre part, et finalement aussi entre seul(ement) et neque.

 

5. Hiérarchie ontologique naïve des langages naturels.

         Philip Miller et Danièle Van de Velde mènent un projet visant à dégager la hiérarchie ontologique naïve incarnée dans les structures des langages naturels. Ce projet, qui se prête particulièrement bien aux collaborations transversales avec les philosophes et les logiciens de l'équipe, est également au centre de différentes collaborations, nationales et internationales. En effet, un projet de PAI sur cette question a été introduit avec l'Université Pompeu Fabre de Barcelone, et différents volets du projet MSH « Bases sémantiques de la catégorisation » y participent également.

         Cette thématique constitue un foyer unificateur pour l'ensemble des travaux dans cette thématique, la majorité d'entre eux donnant en effet des résultats sur les rapports entre syntaxe et sémantique qui peuvent être interprétés selon ce point de vue.

 

 

Thématique 3. Lexicographie, Terminographie et Traitement Automatique des Langues

(responsables : Pierre Corbin et Nathalie Gasiglia).

         Pour le quadriennat 2006-2009, l’ancienne opération “Métalexicographie, lexicogra­phie, histoire du lexique et de ses représentations” a été renommée “Lexicographie, termino­graphie et traitement automatique des langues” pour traduire deux évolutions saillantes poin­tées dans le rapport d’activité 2001-2004 : l’articulation marquée de la recherche sur les réper­toires métalinguistiques avec l’instance de formation de lexicographes et terminographes que constitue le M2 “Lexicographie, Terminographie et Traitement Automatique des Corpus”, et la technologisation croissante des investigations qui sont conduites (que l’intégration dans l’équipe d’Antonio Balvet, maître de conférences en linguistique informatique recruté en 2004, est appelée à renforcer encore). Par ailleurs l'Université prévoit le recrutement de deux maîtres de conférences en 11e section, respectivement en industries de la langue et en traduction assistée par ordinateur, qui devraient renforcer cette thématique de recherche.

         Il est à remarquer que, par ses contenus de recherche spécifiques, l’opération ainsi rebap­tisée se trouve en harmonie thématique particulière avec l’intitulé du nouveau labora­toire (Savoirs, Textes, Langage) dans lequel doit s’intégrer SILEX, puisque l’objet qui lui donne sa raison d’être, à savoir les répertoires métalinguistiques, se présente comme une col­lection de textes dont la vocation est de compiler et de distiller des savoirs sur les langues.

         Parallèlement aux développements esquissés ci-dessous, des interactions nouvelles avec la morphologie constructionnelle et avec la langue des signes française sont envisagées, mais elles n’en sont pour l’instant qu’au stade exploratoire.

 

1. Lexicographie et métalexicographie.

         Les travaux seront principalement axés sur cinq thématiques :

– la théorie des pratiques lexicographiques, encore et toujours, sur laquelle Pierre Corbin aspire à développer la synthèse qu’il a présentée à EURALEX 2004 (cf. rapport d’activité de l’Opération 2) à une autre échelle et en poussant plus avant la réflexion théorique concernant d’une part la nature des relations entre lexicographie et terminographie (identité, altérité ou inclusion ?), et d’autre part, en collaboration avec Nathalie Gasiglia, l’incidence de l’élabo­ration d’ontologies sur la structuration de répertoires lexicaux (le lexique du football, déjà ex­ploré de façon significative depuis 2002, continuant à fournir un terrain privilégié aux inves­tigations empiriques) ;

– l’approfondissement de la méthodologie originale d’exploration métalexicographique que constitue l’analyse outillée et formalisée de la structure des répertoires métalinguistiques dé­veloppée par Pierre Corbin et Nathalie Gasiglia (ibid.) : après l’application du langage de structuration XML à l’analyse de la structure des articles de plusieurs dictionnaires actuels, au premier rang desquels le Robert & Collins Junior bilingue, qui s’est révélée fructueuse pour modéliser la séquentialité, l’optionnalité et l’itérativité de leurs éléments constitutifs, il semble prometteur de compléter le dispositif d’investigation en projetant le modèle d’organisation des bases de données relationnelles sur différents dictionnaires (en commençant par des réper­toires de complexité structurelle moyenne comme le Petit Larousse et le Larousse pratique) afin d’en faire ressortir la structuration profonde, souvent fortement masquée par des aména­gements de surface, et d’évaluer l’importance de la redondance informationnelle que ceux-ci servent à réduire ;

– la prolongation, par Nathalie Gasiglia, de la réflexion sur l’articulation entre la formation professionnelle des lexicographes et la recherche fondamentale, consignée par Pierre Corbin dans plusieurs publications de la décennie écoulée pour ce qui concerne la linguistique des­criptive classique, et qu’il s’agit maintenant de déplacer sur le terrain de la linguistique ou­tillée pour tenter un audit de l’apport effectif des technologies nouvelles au contenu des dic­tionnaires, par-delà la rationalisation de leur production qu’elle permet désormais à leurs édi­teurs : un numéro de la revue Lexique, codirigé par Nathalie Gasiglia et Pierre Corbin, sur le thème « Changer les dictionnaires » devrait fournir un terrain propice aux investigations dans cette direction ;

– de nouvelles avancées de Tatiana Milliaressi vers la constitution d’un dictionnaire bilingue onomasiologique informatisé français-russe / russe-français d’initiation aux mécanismes de création lexicale (ibid.), via la poursuite de l’exploration engagée des domaines sémantiques les plus pertinents pour le propos ;

– l’aboutissement des recherches théoriques, méthodologiques et empiriques de Constantin Bashi sur les problèmes que pose l’élaboration, à des fins de conservation patrimoniale et de réappropriation culturelle, d’un dictionnaire bilingue mettant en relation le français et une langue africaine en péril (en l’occurrence le mashi du Zaïre), sociolinguistiquement dominée et pour laquelle il n’est pas possible de mobiliser d’abondantes ressources écrites : la thèse en cours de rédaction, qui devrait atteindre son terme au cours du prochain quadriennat, compor­tera, outre une présentation linguistique et sociolinguistique de la langue mashi, une étude de divers dictionnaires bilingues français-langues bantoues (et en particulier d’un dictionnaire ciluba-français), et l’exposition des bases linguistiques et lexicographiques de la constitution du dictionnaire bilingue mashi-français projeté.

 

2. Traitement automatique des langues.

         En TAL, la composante la plus dynamique, puisque réunissant tous les acteurs locaux (Antonio Balvet, Pierre Corbin et Nathalie Gasiglia) et profitant de la richesse et de la con­jonction de leurs expériences antérieures, est la linguistique outillée, et en particulier le travail sur corpus. Différentes constitutions de corpus sont déjà engagées :

– dans le cadre de la campagne Technolangue (projet AGILE, sous-projet OURAL pour des corpus thématiques d’oral transcrit étiquetés morpho-syntaxiquement),

– dans celui de la collaboration de Pierre Corbin et Nathalie Gasiglia, étendue à des cher­cheurs extérieurs à SILEX (Hans Paulussen) ou associés (Ulrich Heid), pour le corpus théma­tique relatif au football constitué au sein du DESS (devenu M2) LTTAC,

– et par Antonio Balvet et des chercheurs et collègues de ses lieux d’insertion antérieurs (en particulier l’UMR MODYCO et l’entreprise THALES).

         Elles vont se poursuivre et se diversifier encore pour fournir à l’ensemble des membres de l’UMR des ressources de qualité sur lesquelles appuyer leurs recherches, offrant ainsi des espaces de collaboration sur des questions particulières (cf. rapport transopérations TAL pour quelques exemples).

         Ces travaux de constitution de corpus offrent également aux porteurs de projets des terrains d’observation et d’expérimentation les conduisant à réfléchir et à formuler des propo­sitions afférentes à la sélection et à la structuration des données réunies en corpus, qu’il s’agisse :

– pour la sélection, d’effectuer des tris indexés sur des besoins révélés par des applications industrielles (comme le travail sur un corpus de spécialité axé sur les dépêches financières mené par Antonio Balvet dans le cadre de son doctorat, alors qu’il profitait d’un contrat CIFRE chez THALES) ou sur la rentabilité supposée des collectes à venir (cf. les recherches sur les corpus “à haut rendement” déjà développées dans diverses publications par Pierre Corbin et Nathalie Gasiglia, en particulier à propos du corpus thématique sur le lexique du football) ;

– pour la structuration, d’adapter les préconisations de la TEI ou du CES (pour les données brutes et les données annotées morphosyntaxiquement, voir sémantiquement), ou de formuler des propositions plus novatrices, en particulier pour l’oral et ses transcriptions, la langue des signes ou des écrits non standard comme les sms.

         L’exploitation des données de ces corpus fournira un terrain pour la mise à l’épreuve de divers outillages et suscitera des réflexions sur les apports et limites des outils informa­tiques en fonction des objets traités (par exemple l’étiquetage morphosyntaxique des diffé­rents types de corpus permettra d’évaluer les performances de différents étiqueteurs en fonc­tion du type d’énoncés traités – écrits standard ou non, oral transcrit).

         C’est sur ces réflexions, avec une attention particulière portée aux explorations visant à l’extraction d’unités polylexicales (termes, collocations, segments répétés, patrons de phrases), que se fonderont les développements futurs d’outils comme CoPT (Corpus Pro­cessing Tools) pour Antonio Balvet, ou de coopérations d’outils existants, du type de celle déjà envisagée par Nathalie Gasiglia entre Cordial Analyseur et Unitex.

         Mais le travail taliste sur les corpus ne se limitera pas à la construction de ressources dont l’exploitation linguistique serait laissée à d’autres : Antonio Balvet et Nathalie Gasiglia sont intéressés à leur emploi dans le cadre des recherches qu’ils développent à titre personnel ou en articulation avec d’autres chercheurs et enseignants-chercheurs au sein de l’UMR ou plus largement :

– Antonio Balvet projette, pour l’évaluation et le perfectionnement des techniques existantes d’extraction d’unités, de travailler en langues de spécialité – dont la langue du droit, en coopération avec C. Chodkiewicz (CNRS, LLI Paris Nord) – et sur des transcriptions de langues signées – en coopération avec l’équipe LSF de l’université Paris VIII - Saint-Denis et les membres de SILEX travaillant sur la LSF, en particulier Annie Risler. Il souhaite, par ailleurs, évaluer d’un point de vue théorique, l’apport des Grammaires de Construction Radicales (W. Croft, 2001) pour la linguistique de corpus, et notamment proposer dans ce cadre des outils descriptifs et formels valables pour plusieurs langues et cognitivement plau­sibles, ne reposant que de façon incidente sur un savoir métalinguistique de type grammatical. Plus précisément, il compte évaluer l’apport de la programmation dynamique (recherche de similarités entre chaînes de caractères) en tant que véritable dispositif d’acquisition de régu­larités morphosyntaxiques à partir d’analogies de forme, et ainsi réhabiliter les processus ana­logiques en tant que processus génériques de découverte de régularités.

– Nathalie Gasiglia prévoit, pour sa part, d’exploiter les fruits des collectes en corpus pour l’élaboration de descriptions linguistiques d’unités lexicales articulées avec des ontologies ou des cadres sémantiques préétablis (comme les frames de Fillmore), en comparant les patrons syntatico-sémantiques des contextualisations effectivement observées à celles qui sont propo­sées dans les ouvrages métalinguistiques ou à celles exploitées dans les canevas de rédaction des répertoires lexicographiques ou terminographiques de certaines maisons d’édition. Ce travail viendra naturellement s’articuler avec la réflexion sur la formation des lexicographes et des terminographes, et, en particulier, avec la rédaction d’un ouvrage didactique présentant les outils, techniques et savoirs-faires informatiques nécessaires à ceux qui ambitionnent d’élabo­rer un répertoire métalinguistique à l’heure où ils revendiquent de présenter la “vraie langue” et où, donc, leurs rédacteurs exploitent des corpus d’où ils extraient les contextualisations présentées aux consultants, mais surtout à l’heure où les cadences imposées par le marché impliquent que les maisons d’édition soient en mesure de proposer rapidement des ouvrages nouveaux, qui ne seront souvent que des dérivations d’ouvrages existants, mais dont la pro­duction n’aura été rendue possible que par un outillage informatique bien maîtrisé.

 

 

Thématique 4. Acquisition et didactique des langues premières et secondes (responsable : Emmanuelle Mathiot).

         Les travaux menés dans cette thématique sont centrés sur l'acquisition et la didactique des langues, qu'il s'agisse de L1 ou de L2, à la fois dans leurs aspects théoriques et applicatifs. Ils sont menés dans un cadre de collaborations nationales (en particulier avec l'EA URECA de Lille 3 et l'UMR 5105 pour le rôle de la morphologie dans l'apprentissage de la lecture, avec l'UMR 5191 pour le FLE et les nouvelles technologies) et internationales (Max Planck Institut für Psycholinguistik de Nimègue pour l'acquisition multilingue, équipes belges pour l'enseignement bilingue), etc.

 

1. Locuteurs, stratégies et performances.

         Locuteurs et statut des systèmes linguistiques : approches comparatives

         S. Benazzo poursuivra ses travaux sur l’acquisition linguistique dans une perspective interlinguistique et comparative : la prise en compte de plusieurs langues ainsi que de plusieurs cas acquisitionnels permet d’une part d’atteindre des résultats plus généralisables, et d’autre part de mettre en évidence des traits spécifiques aux langues en question ou au type d’apprenant. Ainsi, les moyens mis en œuvre par le locuteur pour assurer la cohésion discursive (connecteurs, chaînes anaphoriques référant aux entités et au temps) diffèrent selon le statut (L1 ou L2) de la langue cible : les connaissances discursives de l’adulte débutant en L2 dépassent celles du jeune enfant qui dispose à quatre ans d’un répertoire linguistique déjà riche mais doit apprendre à l’exploiter pour construire un discours cohérent et cohésif. Cet avantage initial de l’adulte s’estompe cependant au niveau avancé, où l’adulte a tendance à garder le biais rhétorique de sa langue maternelle. La prise en compte de données relatives à d’autres langues (L1 et L2) permet d’observer la mise en place progressive de moyens spécifiques à une langue-cible donnée : en plus du français L1 et L2, seront étudiés le polonais et l’allemand L1, et l’italien L1 et L2. La comparaison de ces langues permet d’élargir l’étude de la structure informationnelle de l’énoncé en contexte, notamment le fonctionnement des particules de portée. Ces recherches sont menées en collaboration avec l'équipe de Clive Perdue de l'UMR 7023, et donnent lieu à des collaborations internationales avec le Max Planck Institut für Psycholinguistik à Nimègue.

         Par sa participation à l’atelier « Diversité des langues et cognition », A. Risler poursuivra ses recherches sur la comparaison interlangues, et plus particulièrement sur les spécificités de la langue des signes par rapport à la langue parlée. Poursuivant la description syntaxique de la langue des signes française (LSF) entamée lors du précédent contrat, et toujours dans la perspective d’une mise en relation syntaxe / sémantique, elle se penchera sur les pratiques d’interprétation en LSF, en s’intéressant notamment aux modalités énonciatives, au rôle du regard et au statut des verbes voir et regarder, ainsi qu’à l’utilisation de l’espace par des interprètes pour lesquels la LSF a ou non le statut de langue maternelle.

 

         (In)habiletés linguistiques et stratégies compensatoires

         L’actuel débat sur les origines du langage a renouvelé l’intérêt pour les systèmes linguistiques simples ou restreints (stades initiaux d’acquisition en L1 ou L2, langues de signes premières, pidgins, créole, langue des aphasiques grammaticaux) en tant que processus observables de la mise en place, la complexification ou la dégradation d’un système linguistique. Cette perspective amène à s’interroger sur l’existence de principes communs aux systèmes linguistiques mentionnés. Aux stades initiaux de l’acquisition d’une L2, les règles de fonctionnement des systèmes d’apprenants sont en partie indépendantes des spécificités de la langue-source et de la langue-cible. Une piste de recherche sera de vérifier si de tels principes sont également actifs dans d’autres cas acquisitionnels, notamment aux stades initiaux d’acquisition du français oral par des apprenants sourds (S. Benazzo, A. Risler), ainsi que dans la production de sujets aphasiques dont la capacité linguistique est dégradée (S. Benazzo, M. Tran). Sur la production lexicale en contexte (discours oral spontané ou narratif), M. Tran poursuivra la comparaison entre locuteurs ordinaires et pathologiques (sujets aphasiques ou déments).

         E. Mathiot poursuivra la collaboration mise en place au cours du précédent quadriennal autour du rôle de la morphologie dans l’apprentissage de la lecture (avec S. Casalis, URECA, Lille3 et P. Colé, CNRS UMR 5105 [LPN: Laboratoire de psychologie et neurocognition] et université Savoie). L'hypothèse envisagée est celle d’une relative indépendance des traitements morphologiques vis-à-vis des traitements phonologiques (des interactions sont à prévoir avec la thématique 1). Chez des dyslexiques, l’utilisation de l’information morphologique pourrait constituer une stratégie compensatoire, compte tenu de leurs déficits phonologiques. Sur ce point, un programme de remédiation, basé sur un entraînement à l’analyse morphologique chez les dyslexiques, a été mis en place auprès de collégiens (contrat PRS soumis). Le second versant de cette collaboration s’intéressera à l’amorçage du traitement morphologique en lecture chez les dyslexiques et les normo-lecteurs.

 

         Stratégie d’apprentissage, maîtrise stratégique et compétence sémiopragmatique dans l’apprentissage de langue étrangère

         L’intégration des TIC à l’enseignement introduit de nouveaux rapports à la distance et au temps avec des outils synchrones et asynchrones, des possibilités de perception visuelle et auditive à distance. Les étudiants à distance et en autoformation dirigée développent davantage de stratégies métacognitives que ceux qui sont en présentiel (Oxford, 1989 ; Wenden, 1995). A partir de ces tendances, il est pertinent de rechercher de quelle façon les nouveaux environnements d’apprentissage de langue en formation ouverte prennent en compte cette compétence : « apprendre à apprendre ». Il s’agit en effet de contribuer à la développer si l’on veut échapper à l’erreur de prendre l’autonomie pour un pré-requis (Linard, 2003). Marie-José Barbot et Annick-Rivens Mompean s'interrogent sur les stratégies – visées dès la conception ou la scénarisation des ressources – que devraient développer les sujets-apprenants pour un apprentissage efficace. Comment les apprentissages collaboratifs favorisent-ils l’acquisition langagière mais aussi culturelle, à partir des interactions ? Il s’agit d’identifier les tendances dans les structurations de la communication didactique médiatisée en langues, à partir de l’analyse des ressources (les mutations des écritures sollicitant de nouvelles stratégies de codage et de décodage). La thèse de doctorat de Corinne Dornier « Fonction des TIC dans l'apprentissage des langues à distance » et celle de Vasumathi Badrinathan « Enseignement d'une langue étrangère et identité culturelle », dirigées par M.-J. Barbot, s'inscrivent dans cette problématique de recherche.

         Marie-José Barbot envisage également de mener des enquêtes sur les usages d’apprentissages de FLE médiatisés : le propos sera d’observer l’acquisition des langues à travers des supports médiatisés en interrogeant les interactions entre les variables liées aux médias (degré d’ouverture) et les variables liées aux usagers : apprenants (compétence linguistique, culturelle, technologique, sémiopragmatique) et enseignants. L'étude sera fondée sur l'analyse de corpus d’interactions en situation d’apprentissage médiatisé entre apprenants et enseignants ; apprenants travaillant par binômes ; apprenants guidés de façon directive ; de façon interactive.

         En outre, Marie-José Barbot compte effectuer une analyse des supports : mise en page, mise en texte, mise en écran attestent la mutation des textes (Lancien 2000) ; les écritures sollicitent de nouvelles stratégies de codage puis de décodage en regard. Les enseignants s’en approprient-ils ainsi que des nouvelles modalités de communication (synchrone, type babillard et asynchrone, type forum) ? Comment les ressources exploitent-elles les potentialités des multimédias ? Il s’agit de repérer des tendances dans les structurations de la communication didactique médiatisée en langues à partir de l’analyse des ressources.

 

2. Systèmes éducatifs et formation d’enseignants.

         Approche sociolinguistique de l’enseignement bilingue

         Dans la continuité des recherches qu’elle a effectuées précédemment, et qu’elle prévoit de poursuivre et d’approfondir, sur la coexistence de langues conjointes d’enseignement (comme le français et le malgache à Madagascar) au sein d’un même système éducatif, S. Babault mènera une étude sociolinguistique de l’enseignement de langue étrangère comme support d’apprentissage de cette langue en milieu scolaire, en s’appuyant sur la situation d’écoles bilingues (français / néerlandais) en Belgique. Un projet de recherche international est en cours de montage sur cette problématique, avec la collaboration de chercheurs belges de la Hoger Instituut vor Vertalers en Tolken d'Anvers et de l'Université libre de Bruxelles (projet de demande de PAI et d'ACI). Au-delà de l’intérêt didactique, il s’agira aussi d’étudier le développement de compétences plurilingues et la perméabilité des espaces conceptuels d’un point de vue cognitif.

 

         Spécificités de l’enseignement-apprentissage précoce des langues

         Dans une perspective voisine, E. Mathiot et A. Rivens-Mompeans poursuivront une collaboration entamée lors du précédent contrat. Elles se proposent d’étudier les caractéristiques de la communication multimodale entre pairs et avec l’adulte dans l’enseignement-apprentissage de l’anglais par de jeunes enfants. On s’intéressera aux effets de la primauté de l’oral (statut d’objectif prioritaire du rythme, de l’intonation et de la distinction phonémique) sur les formes enseignées et les modalités d’enseignement. Grâce à des contacts établis au cours du précédent contrat, ce travail sera élargi à l’étude des pratiques en vigueur dans d’autres pays européens (Belgique, Allemagne, Hongrie, Slovaquie).


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Domaine B.- Formes et interprétations des discours poétiques et philosophiques
de l'Antiquité grecque et latine

(responsable : Philippe Rousseau)

 

         Ce domaine de recherches est en soi déjà interdisciplinaire. Il regroupe en effet deux axes qui étaient en relation constante l’un avec l’autre (voir le bilan des axes 1 et de 2 de l’UMR « Savoirs et textes »). Tous deux appliquent une méthode philologique stricte et les études qui y sont menées impliquent des échanges constants entre philosophes et « littéraires », dans la mesure notamment où les textes poétiques influent sur le mode d’énonciation et bien souvent de réflexion des textes philosophiques anciens, et, en retour, utilisent fréquemment les discours systématiques (philosophiques, juridiques, etc.). Ainsi, par exemple, le travail sur les poètes élégiaques (Thématique 1) et les philosophes présocratiques (cf. Thématique 2) se fait et continuera à se faire en étroite collaboration. La politique de séminaire impliquant des chercheurs apprentis ou confirmés est toujours allée dans ce sens et les doctorants sont invités à participer aux groupes de travail portant aussi bien sur les textes poétiques que philosophiques et réunissant des chercheurs et enseignants chercheurs philosophes et littéraires. Cette conjonction des études littéraires et philosophiques est sans équivalent en France dans le domaine des études anciennes.

         L’intégration dans ce domaine des travaux sur la Renaissance allait de soi. Les recherches prévues pour cette période se sont centrées sur la réception des textes antiques philosophiques et littéraires et la connaissance du devenir des textes classiques à la Renaissance est un élément important des études sur l’Antiquité. La revue Philosophie antique et le réseau Collegium politicum (voir le bilan scientifique de l’Axe 2 de l’UMR « Savoirs et textes ») intégrent d’ailleurs les recherches sur l’héritage humaniste. La collaboration nécessairement étroite entre chercheurs antiquisants, qui tentent non seulement de comprendre les textes, mais d’analyser la manière dont leur sens s’est ensuite construit au fil des lectures, et chercheurs renaissants qui travaillent sur la façon dont l’Humanisme a réélaboré et repensé les textes anciens conduisait tout naturellement à ce regroupement, qu’avaient anticipé dans le dernier contrat des collaborations effectives étroites entre les uns et les autres.

         Sera constitué ainsi un pôle philologique fort, en ce qu'il tente d'aborder les textes anciens d'une manière aussi complète que possible, selon le présupposé que littératures grecque ou latine forment un tout  dont il serait artificiel, voire improductif de cloisonner les objets de recherche par époque ou par genre sans une étude constante des interrelations qui se sont opérées au-delà des divisions qui n'existent que pour faciliter la présentation des travaux. Ce travail, pour être vraiment complet se fera, comme il s'est d'ailleurs toujours fait, en rapport avec les autres domaines constitutifs des activités de recherche de l'équipe, et plus particulièrement avec les recherches qui se feront dans l'équipe autour de l'herméneutique et des sciences de la culture. La compréhension de l'Antiquité, pour être véritablement critique et féconde, doit en effet être pleinement consciente des présupposés qui ont contribué à construire son objet. La réception des textes se fait sur un fond d'attendus philosophiques et de théories de l'interprétation qu'il faut analyser pour comprendre les lectures qui en ont été données et pour mettre en perspective la sienne propre. Ce lien étroit entre étude philologique des textes et réflexion théorique sur l'herméneutique, qui, quand elles se pratiquent en France le sont pour la plupart du temps isolément l'une par rapport à l'autre, est aussi un point fort, et original dans les études classiques, de ce domaine de recherche.

         La présence forte de la linguistique dans la nouvelle équipe constitue un apport évident pour les travaux de ce domaine philologique, tant au niveau technique de la connaissance du fonctionnement de la langue qu'au niveau plus théorique de la réflexion sur ce fonctionnement, qui permet d'affiner les paramètres à considérer lorsqu'on interprète un texte. Cette présence devrait permettre de repenser et de renforcer l'association avec d'autres équipes françaises de linguistes, qui existait déjà grâce au GDR de linguistique grecque (1038) mais que nous désirions développer sans en avoir totalement les moyens puisque l'ancienne équipe "Savoirs et textes" ne comptait qu'un linguiste spécialiste.

 

 

Thématique 1. Formes des discours poétiques dans l’Antiquité classique et leurs interprétations

(responsables : Fabienne Blaise et Philippe Rousseau).

         Les travaux engagés sur un certain nombre de chantiers (les Elégiaques grecs, la tragédie et son rapport à la comédie) vont se poursuivre en affinant encore les méthodes de recherche adoptées pour lire les œuvres poétiques anciennes. Notre souci est, dans une perspective philologique qui tente d’articuler moments critique et herméneutique, de toujours tenir ensemble la totalité des opérations qui conditionnent l’interprétation d’un texte, de l’analyse paléographique à la construction argumentée d’une interprétation qui intègre une réflexion plus théorique sur la manière dont se différencient les formes de discours et sur les réquisits de l’interprétation. Le travail conjoint des "littéraires" et philosophes se poursuivra donc lui aussi, et trouvera par exemple une de ses réalisations immédiates dans la préparation du Colloque CorHaLi organisé en 2005, qui portera sur la langue poétique des Présocratiques (voir infra, relations internationales : Colloque CorHaLi).

         Plusieurs de ces travaux vont trouver dans les années qui viennent un prolongement nouveau. Plusieurs chercheurs de l’équipe (voir aussi la thématique 2) ont en effet été sollicités pour participer à deux programmes de traductions qui viennent d’être lancés l’un par les éditions Bayard, l’autre par les éditions Verdier (voir infra, projets de traduction).

            Les relations avec des chercheurs d'autres équipes, françaises et internationales, se poursuivront. Il est d'autant plus nécessaire en effet de confronter les diverses approches des textes poétiques que l'objet même des études, lorsqu'il s'agit de poésie, reste souvent à définir.

 

1. Homère et la tradition homérique.

-Les travaux entrepris sur la poésie épique vont se poursuivre et s'intensifier.

Philippe Rousseau, dont le mandat de Président de l'Université prendra fin en 2005, pourra reprendre de manière plus intensive ses recherches sur Homère. Sa thèse d'Etat, Dio;" d j ejteleiveto boulhv. Destin des héros et dessein de Zeus dans l'intrigue de l'Iliade, qui n'avait pu être éditée en raison des fonctions de Président, sera retravaillée et publiée dans les années qui viennent.

- György Karsaï poursuivra quant à lui les recherches qu'il mène sur l’épopée homérique. Il prépare un livre : Nestor et les personnages dits « secondaires » de l’épopée , qui devrait être terminé fin 2005.

- A côté de ce travail sur l'interprétation de l'Iliade et de l'Odyssée, le travail commencé par Marie-Andrée Colbeaux sur la réception antique d'Homère devrait se poursuivre et s'élargir. Elle aura soutenu en novembre 2004 sa thèse sur la tradition des Vies d'Homère et elle a l'intention d'élargir dans les années qui viennent son étude des biographies de poètes de l'antiquité grecque archaïque et d'approfondir son étude sur l’histoire de la critique littéraire dans l’Antiquité. Elle travaille parallèlement à un projet de traduction de certaines de ces vies d'Homère (voir ci-dessous la rubrique "Projets de traduction")

 

2. La réflexion sur la pratique dans la poésie archaïque grecque.

- Le travail de Fabienne Blaise sur la réflexion de la poésie archaïque grecque sur la pratique (politique et éthique) se concrétisera dans un premier temps sur un livre en voie d'achèvement qui portera notamment sur les grands poèmes politiques de Solon (4, 13 et 36 West). Il s'agit d'un commentaire linéaire qui étudie de manière précise la manière dont se construit dans ce poème, à travers les mots choisis et les formules de la tradition poétique reprises et retravaillées, une position politique cohérente. Sera ainsi résolu le problème de la contradiction que l'on souligne fréquemment entre le poème 4 W., qui pose clairement l'hypothèse d'une autonomie humaine, et le poème 13 W. où est fortement affirmé le rôle déterminant des dieux et l'incertitude humaine vis-à-vis des résultats de son action. L'apparente incohérence vient de ce que l'on opère en général avec des concepts et des oppositions trop figés dont les énoncés montrent clairement le caractère non pertinent et réducteur.  Le commentaire du premier et du troisième est quasiment achevé. Reste l'"Elégie aux Muses" (13 W.), dont le commentaire est en cours et devrait être achevé dans l'année qui vient.

Fabienne Blaise étendra ce travail aux autres poèmes de Solon, en particulier à ceux qui portent non plus sur l'action politique, mais sur le développement de l'individu, conçu comme un système qui permet à l'homme à la fois d'être reconnu comme une individualité et d'avoir, en son temps, une fonction sociale qui lui assure une identité dans la collectivité. Cette recherche confrontera cette conception de l'homme à celle de Tyrtée, dont les poèmes présentent un homme qui n'a de sens que dans et par la collectivité qu'il limite le sens de son existence. Dans tous les cas, ce sont des positions fortes, et cohérentes, sur la manière dont il faut entendre l'action morale et politique qui s'élaborent.

La traduction d'un certain nombre de ces poèmes est prévu à moyen terme (voir ci-dessous la rubrique "Projets de traduction")

Ce travail sur les débuts de la réflexion éthique et politique dans la poésie archaïque grecque, exclue du corpus présocratique en raison de la construction aristotélicienne selon laquelle les premiers philosophes étaient des philosophes de la nature, bien que s'y développe des positions fortes et cohérentes sur la manière dont il faut entendre l'action morale et politique, s'associera à celui qui va se développer dans les années qui viennent autour d'André Laks sur la pensée présocratique (voir ci-dessous, Thématique 2). Cette association est inédite et devrait s'avérer féconde, puisque, pour les raisons énoncées ci-dessus, la relation entre la tradition de la réflexion cosmologique et la tradition de la réflexion éthique et politique n’a jamais été vraiment étudiée.

- Fabienne Blaise voudrait aussi travailler et lancer des travaux de recherche sur la réception antique de Solon. Solon en effet a eu une influence significative sur Platon et plus généralement sur la pensée politique du IVème siècle, qui a vraisemblablement construit une image de l'homme politique athénien du VIème de sorte à pouvoir en faire l'autorité qui justifie une ligne politique opposée à la démocratie radicale du Vème siècle. C'est sur cette reconstruction qu'elle voudrait travailler parallèlement à ses études sur la poésie grecque archaïque et classique. C'est une recherche de longue haleine dans la mesure où elle implique de s'intéresser de près au contexte politique du IVème siècle et à la rhétorique qui est déployée à cette époque par les différents acteurs du débat politique qui agite ce siècle.

         - Dans le sillage de ce travail sur la poésie élégiaque, des post-doctorants organiseront un groupe de lecture sur le corpus théognidéen. La longévité de ce groupe, qui devrait commencer en 2005, dépendra bien évidemment de la situation future des doctorants qui ont décidé de le mettre en place.

 

3. La poésie dramatique grecque (tragédie et comédie).

         - Le travail collectif sur la relation entre tragédie et comédie se poursuivra dans deux directions complémentaires. D'un côté, après nous être intéressés à l'usage de la tragédie par Aristophane, nous examinerons l'usage qu'Euripide fait du comique, indéniablement présent dans certaines de ses pièces. Pour ce faire, on abordera en séminaire l'Alceste, dont la particularité est d'échapper à toute définition classique de la tragédie.  Occupant la place d'un drame satyrique sans en être un, considérée comme pas assez pathétique et trop pleine d'éléments burlesques pour être une tragédie, cette pièce apparaît comme un champ idéal d'investigation pour mieux saisir la nature tout à fait particulière du drame euripidéen et de son esthétique.

         - Nous voudrions aussi dans les années qui viennent poursuivre l'étude des comédies d'Aristophane et de leur rapport critique aux grands courants culturels de son époque. Après nous être intéressés à sa satire de la tragédie euripidéenne, nous voudrions engager un travail sur la critique qu'il fait de la philosophie à travers la satire de Socrate développée dans les Nuées. Notre objet sera d'examiner si la critique fonctionne de la même manière et de tenter de comprendre la fonction et le sens qu'elle peut avoir.  Pour ce séminaire aussi travailleront conjointement "littéraires" et philosophes de l'équipe.

         - Dans le cadre de ce travail sur le rapport entre comédie et tragédie, Xavier Riu (Université de Barcelone, auteur de Dionysism and Comedy, Lanham, 1999) sera invité en 2005 à animer une journée de travail sur le dionysisme comique d'une part, et sur le blâme poétique et son utilisation dans la comédie de l'autre.

         - Rossella Saetta-Cottone organisera par ailleurs, avec Fabienne Blaise, et en collaboration avec le Département d’études classiques de l’Université de Palerme (“ Aglaia ”) et la fondation INDA (Istituto Nazionale del Dramma Antico, Syracuse), un séminaire international d’études sur le théâtre antique, et sur les problèmes liés à la traduction et à la mise en scène des textes classiques. Ce séminaire prévoit la participation de jeunes chercheurs en formation et des acteurs de l’école de théâtre “ Giusto Monaco ” (Syracuse).

 

Les travaux individuels engagés sur ce thème se poursuivront.

         - Jean Bollack prépare deux commentaires, déjà bien avancés : l'un sur l'Antigone de Sophocle et l'autre sur l'Hélène d'Euripide. Ces deux commentaires, qui devraient paraître aux Presses Universitaires du Septentrion seront accompagnés du texte grec et d'une traduction. 

         Il a en outre le projet de réunir un recueil d'études sur la tragédie, constitué de textes, déjà parus dans diverses revues ou inédits, qu'il a consacrés à ce sujet.

- György Karsaï organisera quant à lui en 2005 une table ronde sur les "Fins de tragédie".

- Rossella Saetta-Cottone poursuivra le travail entamé parallèlement au séminaire qu'elle a animé avec F. Blaise sur les relations entre le comique d’Aristophane et le tragique d’Euripide. Elle s'intéressera plus particulièrement au rôle du travestissement dans la réflexion sur les genres dramatiques menée par les deux poètes. Elle réunira en outre ses lectures des Thesmophories dans une petite monographie.

- La thèse d'Anne de Crémoux sur les Acharniens d'Aristophane sera soutenue en novembre 2004. A. de Crémoux poursuivra ensuite le commentaire de scènes des Acharniens afin de vérifier ses hypothèses interprétatives actuelles et travaillera à la publication de certains points déjà dégagés dans sa recherche ainsi qu'à la traduction de la pièce (voir ci-dessous la rubrique "Projets de traduction").

 

4. Poésie latine

Simone Viarre, dont l'édition de Properce devrait paraître fin 2004 poursuivra les études qu'elle a entamées sur Ovide, Properce et la survie médiévale de la poésie augustéenne.

         Voir aussi, dans la Thématique 2, "Epicurisme".

 

Projets de traduction.

         Une grand partie des chercheurs qui travaillent sur les diverses formes de discours poétiques et philosophiques de l'Antiquité ont été contactés pour participer à deux projets de traduction qui ont été lancés indépendamment l'un de l'autre. 

- Il s’agit pour le premier d’un projet des Editions Bayard qui veulent créer un domaine qui s’intitulera « Nouvelles traductions » ou « Traductions nouvelles ». Le but sera de publier une série de traductions de textes étrangers importants, en commençant par des œuvres poétiques et théoriques de l’Antiquité classique. Cette collection sera dirigée par Marc B. de Launay (C.N.R.S.), qui s’est adjoint Pierre Judet de La Combe (C.N.R.S.-E.H.E.S.S.) comme consultant pour les textes grecs et latins.

         Les principes adoptés pour cette série de traduction correspondent pleinement à ceux qui ont toujours été défendus dans l’UMR, avec une idée bien définie de la traduction non seulement comme un acte d’écriture mais aussi d’interprétation, pour laquelle il ne s’agit pas simplement d’actualiser, par une écriture plus adaptée, une vulgate du sens et pour laquelle aussi, par conséquent, le travail philologique doit être premier (lecture rigoureuse, choix scientifiquement argumenté entre les variantes, connaissance des traditions interprétatives).        

Les éditeurs attendent des traducteurs qu'ils donnent une présentation historique des textes, une traduction nouvelle et une interprétation, qui pourra faire l’objet d’un essai. Des dossiers, en fin de volume, proposeront des extraits ou des reprises de lectures qui ont marqué l’histoire des interprétations des œuvres. Des analyses concrètes, pour certains passages, de plusieurs traductions modernes montreront comment la traduction proposée se rattache à l’histoire de l’emploi de ces œuvres, et comment elle s’en différencie.

 

         Pour ce qui concerne les textes poétiques, sont en projet ou déjà en cours de préparation :

- Fabienne Blaise et Pierre Judet de La Combe : Hésiode, Théogonie.

- Fabienne Blaise : un volume autour de Solon et de la pensée politique grecque archaïque. Ce volume fera pendant à ceux qui sont consacrés aux théories physiques des Présocratiques (voir Thématique 2.), ce qui permettra de mettre en relation pensée éthique et cosmologique archaïque, un lien qui n'a jamais été exploité jusqu'à présent.

- Rossella Saetta-Cottone : essai et notes accompagnant la traduction d'Aristophane, Les Thesmophories, par Pierre Judet de La Combe.

 

- Le second projet est lancé par les éditions Verdier, sous la direction de Marie Cosnay et Myrto Gondicas. Ce projet pour le moment s'oriente plutôt vers la seule traduction de textes poétiques. La définition de l'orientation générale est en cours d'élaboration et les traducteurs de l'équipe concernés seront invités à participer à ce travail de préparation.

         Sont en projet pour le moment :

         - Marie-Andrée Colbeaux : Les vies d'Homère     

- Anne de Crémoux : Aristophane, Les Acharniens.

         - Caroline Plichon : (Ps)Euripide, Rhesos.

 

Relations internationales

         - CorHaLi.

         Les rencontres CorHaLi, qui réunissent des chercheurs et doctorants des Universités de Cornell, Harvard, Lille, Princeton, Lausanne et désormais de l'EHESS (Paris), et permettent à chaque fois des échanges fructueux entre différentes approches de la poésie grecque, se poursuivront. La 16ème rencontre, organisée en juin 2005 à l'EHESS par Claude Calame et Pierre Judet de La Combe, portera sur la langue poétique des sages présocratiques. Le thème choisi correspond à notre manière de travailler sur les textes anciens, qui associe toujours étroitement travail sur l'énoncé et son mode d'énonciation.

         - L'équipe continuera à s'impliquer dans le doctorat international de philologie classique qui associe les universités de Trente, Lille et Barcelone et l'EHESS. Plusieurs enseignants chercheurs de notre équipe font partie du collège qui veille au bon fonctionnement de ce doctorat, organise le concours annuel qui permet aux doctorants d'y accéder et assure le suivi des travaux de ces doctorants lors de séminaires réguliers organisés généralement à Trente (mais parfois aussi à Lille) et durant la période d'accueil dans l'une des universités tutélaires.

         - Est à l'étude un projet de collaboration avec le Département d’études classiques de l’Université de Palerme (“ Aglaia ”) et avec la fondation INDA (Istituto Nazionale del Dramma Antico, Syracuse) qui devrait déboucher sur un séminaire international d’études sur le théâtre antique, et sur les problèmes liés à la traduction et à la mise en scène des textes classiques, séminaire qui impliquera des doctorants, chercheurs plus confirmés et des acteurs de l’école de théâtre “ Giusto Monaco ” (Syracuse).

 

 

Thématique 2. Formes de l'argumentation et de la tradition philosophiques dans l'Antiquité

(Responsable : André Laks).

La recherche sur la philosophie antique se poursuivra selon des principes qui se sont avérés opérants. La mise en évidence de l’argumentation développée dans les textes philosophiques, nécessaire au travail d’analyse conceptuelle, prendra appui sur une lecture philologique des textes, elle-même basée le plus souvent possible sur leur étude paléographique, comme c’est le cas pour le travail d’édition engagé sur la Métaphysique. On approfondira en outre la réflexion sur la différenciation des modes de discours, tant à l’époque de la constitution de la philosophie en discipline, que postérieurement, en accordant une attention particulière d’une part à l’herméneutique du dialogue platonicien et d’autre part au développement du commentarisme.

S’agissant de la philosophie présocratique, la recherche se fera en étroite collaboration avec l’axe I, dans la mesure où, avant la fin du Ve siècle, les tentatives de compréhension du monde ne se sont pas opérées sous une forme de discours unique et où il s’agit précisément de définir les types de rationalité qui ont été proposés. S’agissant du dialogue et du commentaire comme forme philosophique, et plus largement, de l’étude de la réception des textes philosophiques anciens à l’époque moderne, elles continueront tout naturellement de croiser des questionnements des philosophes de notre équipe qui travaillent sur les sciences de la culture et l'herméneutique d'une part et sur la logique et l'argumentation de l'autre (voir désormais thématique 2 et 4 du Domaine 3).

Le projet de s’intéresser à la philosophie de l’action développée par Platon et à la manière dont elle a été comprise et utilisée par la philosophie moderne n’a pu être mené à bien comme annoncé, mais sera remis en chantier.

La discussion indispensable avec des modes d’approche des textes philosophiques différents amènera à poursuivre et même à développer les échanges avec des chercheurs d’autres équipes, françaises et internationales.

 

1. La doxographie.

André Laks et Heinz Wismann publieront une traduction commentée du Traité des sensations de Théophraste, dans le même cadre que le projet de traduction annoncé dans le paragraphe suivant.

 

2. La "philosophie présocratique".

La parution de divers travaux, la soutenance de plusieurs thèses, et la formation de plusieurs doctorants au cours de ces quatre dernières années, permettent d’envisager une nouvelle étape dans le développement des études présocratiques, qui se traduira – outre par la participation de membres de l’équipe aux prochains Symposia Presocratica – par la mise en place d’un programme de traductions commentées de divers ensembles (les Milésiens, Parménide et les Eléates, Empédocle, etc) en principe commandités par les éditions Bayard (voir Thématique 1. Rubrique "Projets de traduction").  Cette entreprise est conçue comme un moyen de rendre publics, et sous une forme accessible, les résultats et les effets du travail poursuivi au cours de ces dernières années d’une part sur la doxographie, et d’autre part sur les catégories qui président à l’appréhension des origines de la philosophie.

Un séminaire fermé, coordonné par A. Laks, sera mis en place à partir de la rentrée 2004 à cette fin. En l’absence d’André Laks au premier semestre 2004/2005 (au cours duquel il donnera, entre autres, un cours intensif consacré à la philosophie présocratique à l’Université de Michigan), Frédéric Gain et Claire Louguet animeront le séminaire, qui sera consacré à une lecture du livre Alpha de la Métaphysique d’Aristote, dont la majeure partie est consacrée à un exposé des doctrines de ses prédécesseurs. 

Il est prévu, en mars 2005, une journée consacrée à la lecture du chapitre de la Réfutation de toutes les hérésies d’Hippolyte de Rome consacré à Empédocle, qui joue un rôle capital dans la discussion de la relation entre les deux poèmes. J. Mansfeld et O. Primavesi ont donné leur accord pour participer à cette journée.  

 

 

 

3. Aristote

La priorité sera donnée à l'édition de la Métaphysique d'Aristote. Il importe de faire la synthèse de ce qui a déjà été fait et qui représente déjà un certain volume, mais qui a été produit en ordre dispersé en fonction de diverses occasions et contraintes. L'équipe internationale initialement prévue resserrée et réorganisée autour de Lille. L'arrivée de Myriam Hecquet-Devienne comme ingénieur de Recherche en analyse des sources à partir de 2005, qui aidera à coordonner le travail de paléographie et d'édition, devrait contribuer à redonner un nouvel élan à ce travail.

Myriam Hecquet-Devienne poursuit son travail d’édition, traduction et commentaire du livre D de la Métaphysique, la collation du traité dans le manuscrit E (Parisinus gr. 1853, Xème siècle) et supervisera les collations de l’ensemble du traité. Elle a déjà collationné le livre D dans les trois principaux manuscrits, et l’édition traduite des premiers chapitres est prête. La collation des quatre premiers livres du traité dans le manuscrit E est achevée elle aussi.

Indépendamment de l'édition du texte et de la traduction, M. Crubellier compte en outre écrire un commentaire philosophique plus développé de l'ensemble des quatre premiers livres.

 

         La traduction des Premiers Analytiques par Michel Crubellier sera terminée en 2005. Elle sera publiée avec un texte grec révisé et un commentaire léger dans la collection Garnier-Flammarion. Il organisera des séminaires de recherche, en collaboration avec Shahid Rahman, pour présenter et discuter une partie des résultats de ce travail.

         Dans le même domaine, mais avec une perspective un peu plus large, M. Crubellier souhaite reprendre l'ensemble des communications orales qu'il a faites au cours des sept ou huit dernières années sur divers problèmes de gnoséologie aristotélicienne, en vue de leur donner plus d'unité, et les réunir en un volume.

Outre la préparation des actes du XVIe Symposium Aristotelicum consacré à Métaphysique Beta qui s’est tenu à Lille en 2002 (voir le bilan des activités de l'UMR "Savoirs et textes"), à paraître chez Oxford University Press, Michel Crubellier prévoit  aussi :

- une pré-publication du texte du livre B en 2001-2002, en vue du XVIè Symposium Aristotelicum ;

- la publication avant 2005 d'une version remaniée et complétée de sa thèse (les livres M et N de la Métaphysique), intégrant les fragments du Peri Ideon et une partie du livre A de la Métaphysique ;

- la publication avant 2006 des livres A, a, B et G de la Métaphysique.

 

         Le séminaire commun avec Paris-I et l'ENS-Ulm se poursuivra, avec un nouveau programme, dans le prolongement du thème original "Mouvement, puissance, acte".

 

         Alain Lernould, dans le cadre de son travail sur la tradition des commentaires grecs anciens, mettra au point la version française de la traduction anglaise annotée du commentaire d'Alexandre d'Aphrodise au Deuxième Livre du De anima d'Aristote par R. Sharples (Londres, Duckworth, 2004), qui doit paraître aux Belles Lettres.

 

On essaiera par ailleurs de concrétiser l’invitation de S. Fazzo, de l’Université de Padoue, spécialiste d’Alexandre d’Aphrodise et du commentarisme grec et arabe, pour laquelle un poste rouge n’a pu être débloqué, en dépit de tentatives répétées. Sa présence pendant un semestre au sein de l’équipe permettrait de donner une impulsion décisive à plusieurs travaux en cours, notamment s’agissant de la Métaphysique d’Aristote et du commentaire de la Physique de Simplicius.

 

4. Platonisme et néoplatonisme

Les recherches dans ce domaine suivent différentes voies. Outre les études qui porteront sur certains concepts platoniciens liés à la théorie de l’action du philosophe, l’intérêt pour la réception antique, puis moderne de Platon prendra une part accrue dans les projets de recherche.

 

La théorie de l'action chez Platon

Plusieurs études préparatoires d’A. Laks relatives aux Lois de Platon ont été fondues dans une introduction en langue espagnole qui devrait paraître aux éditions de la UNAM (Mexico) en 2006. C’est dans le cadre de ce travail, qui se poursuit, qu’on voudrait revenir, en relation avec le prochain Symposium Aristotelicum, qui aura lieu à Venise en 2005 et sera consacré au livre VII de l’Ethique à Nicomaque, en grande partie consacrée à ce problème, sur le problème philosophique de l’acrasie ou faiblesse de la volonté. En effet les Lois de Platon, dans leur structure philosophique profonde, reposent sur une interprétation inédite du "nul n’est méchant volontairement" socratique (et explicitement écartée par le Socrate du Protagoras), en vertu de laquelle, dans certaines circonstances, il est impossible de résister à son désir (de plaisir, de pouvoir). Une importante discussion contemporaine s’est développée autour de cette question, notamment chez les philosophes de l’action anglo-saxons. Elle touche, plus généralement, la question de l’unité du sujet. André Laks envisage de promouvoir la connaissance de cette problématique, qui doit permettre un retour sur la spécificité du traitement platonicien.

 

La philosophie politique ancienne dans la philosophie politique moderne

Les activités du Collegium Politicum, dont le centre d’intérêt principal est de savoir comment les grands textes politiques de l’Antiquité, et parmi eux la République et les Lois en première ligne, ont été lus et exploités dans le contexte de la philosophie politique moderne depuis la Renaissance se poursuivent. Cette question, qui recoupe celle de la loi naturelle, ne peut être entreprise sans la collaboration de compétences, philosophiques, juridiques, historiques, venues d’horizon divers. Il est en effet clair qu’une réévaluation du "platonisme politique", rendue plus difficile par la victoire de l’aristotélisme, ne peut être opérée indépendamment d’une réflexion plus générale sur le devenir des modèles anciens dans les théories de la modernité émergente.

Deux autres chantiers sont en cours :

- La relecture de Platon à la Renaissance (voir ci-dessous, thématique 3)

- A. Laks prépare un volume réunissant un certain nombre d’études, en partie déjà parues, en partie inédites, consacrées à la réception philosophique moderne de Platon (notamment chez Schleiermacher, dans l’école néo-kantienne, chez Patocka, et Gadamer). 

 

Le néoplatonisme.

C'est toujours dans l’idée que les commentaires sont des œuvres, qui, à leur manière, ne sont pas moins systématiques que les ouvrages auxquels on prête une forme ou un dessein systématiques (comme les Éléments de théologie ou la Théologie platonicienne de Proclus), qu’Alain Lernould a entrepris de travailler sur le commentaire de Simplicius sur la Physique d'Aristote pour en faire une traduction annotée sur le modèle des traductions des commentaires de Proclus par Festugière (il travaillera dans un premier temps sur les livres 1 et 2).

La question du rapport entre physique, théologie et mathématiques (auxquelles on attribue le rôle de pivot dans le mouvement de conversion de l'âme du sensible vers l'intelligible) est un des fils directeurs dans cette entreprise de traduction du commentaire de Simplicius. Un autre point important sera d'éclairer le fonctionnement chez lui du recours à la doxographie (notre source principale pour la connaissance des Présocratiques) à la lumière de la notion " pythagoricienne " d'"amitié" (en vertu de laquelle la recherche de l'accord des doctrines devient une finalité de l'exégèse). Mais l'idée directrice du projet est bien, fondamentalement, que le commentaire de Simplicius suit une progression, qu'il est composé, que cette composition ne peut être réduite à un formalisme scolaire, et qu'elle est philosophique au sens plein du terme, c'est-à-dire que forme et contenu sont étroitement liés. L'idée que le commentaire de type néoplatonicien est un exercice spirituel pourra prendre ainsi tout son sens philosophique.

         Ce travail de longue haleine nécessite de réunir une équipe de collaborateurs dans l'équipe et au-delà, en France et à l'étranger. Un partenariat avec les Universités de Catane (notamment avec Francesco Romano) et de Leuwen (avec Gert van Riel) est en train de s'organiser.

         Dans cette perspective Alain Lernould organisera un colloque sur le commentaire en octobre 2005 et un colloque  sur Simplicius, commentateur d’Aristote en janvier 2006.

 

         Par ailleurs, le travail sur le commentaire par Proclus des Eléments d'Euclide se poursuivra en collaboration avec Bernard Vitrac (Centre Louis Gernet). Une traduction française avec notes des deux premiers prologues est en préparation. Elle devrait paraître aux Editions Bayard, dans le cadre du projet de traduction présenté supra.

 

5. Épicurisme

Mayotte Bollack prépare un commentaire du livre V du De Natura rerum de Lucrèce.

 

         Annick Monet poursuivra ses travaux sur le philosophe épicurien Philodème. Elle met au point la traduction du livre V des Poèmes, de La colère et du PHerc. 1005 , qui doit paraître dans le volume que la Bibliothèque de la Pléiade va consacrer aux Epicuriens (publié sous la direction de D. Delattre et J. Pigeaud).

         Elle poursuivra également son travail sur le PHerc. 1413, qui préserve des fragments d'un livre d'Épicure sur le temps. Souvent très abîmé, ce papyrus est pourtant particulièrement intéressant car les fragments du PHerc. 1413 viennent compléter, malgré leurs lacunes et leurs ruptures, les paragraphes très condensés de la Lettre à Hérodote sur le même sujet.

 

André Laks organisera dans les années qui viennent un colloque qui visera à faire le point sur les acquis, du point de vue de notre connaissance de la pensée philosophique d’Epicure, qui ont été rendus possibles par le développement des études de papyrologie épicurienne depuis une vingtaine d’années. La multiplication des études ponctuelles, évidemment nécessaire, a en effet souvent fait perdre de vue les grands enjeux interprétatifs. C’est sur ceux-ci que le colloque mettra l’accent.   

Une nouvelle traduction des 3 lettres d'Epicure, réunies en un seul volume, est en outre à l’étude.

 

Activités internationales.

L’activité internationale sera toujours aussi intense dans les prochaines années. Nous ne mentionnerons pas ici les invitations de chercheurs étrangers qui seront liées aux séminaires organisés dans les années qui viennent par l’équipe. Elles ne sont pas encore fixées, mais, au regard de ce qui s’est pratiqué jusqu’à présent, elles devraient être relativement nombreuses.

Le séminaire Cambridge/Lille, qui permet de faire tous les ans le point sur des textes courts et relativement peu explorés par la critique et donne la parole aux étudiants avancés autant qu’aux chercheurs et enseignants chercheurs, se poursuivra dans les prochaines années.

Pour des exemples de journées d’études prévues, voir supra, "Philosophie présocratique", et "Epicurisme".

         Comme il a été annoncé également ci-dessous, Alain Lernould travaillera à organiser un partenariat avec diverses universités pour le chantier engagé sur Simplicius. Une collaboration étroite avec les Universités de Catane (Italie) et de Leuwen (Belgique) devrait s'instaurer dans ce cadre.

 

Activité éditoriale

Les trois premiers numéros de Philosophie ancienne (voir supra) montrent que la revue créée en 2001 répond à un réel besoin. On s’efforcera d’accroître la participation internationale, et de travailler à la promotion de la revue, dont la diffusion, bien qu’honorable, pourrait être de beaucoup accrue.

 

         Programme interdisciplinaire en projet

         André Laks a déposé dans le cadre des programmes de l'Institut national Erasme un projet sur "Le texte classique et son commentaire: étude comparative du rapport aux Anciens dans les grandes cultures (gréco-latine, chinoise, latino-américaine et si possible arabe)" qui s’inscrit dans le prolongement du programme sur la différenciation des disciplines classiques animé par A. Lernould au sein de la MSH. Ce projet est né de la conviction, alimentée par la participation d’A. Laks, dans les années 1995-2000, à une série de colloques interdisciplinaires sur les disciplines textuelles organisées par G. Most à l’université de Heidelberg (et dont les actes ont été publiés dans 5 volumes de la série Aporemata; Vanderhoeck und Ruprecht), que ce nous appelons les études classiques avait beaucoup à apprendre de la manière dont les traditions scientifiques et lettrées différentes de la notre se rapportaient à leur propres traditions classiques. Paradoxalement, cette confrontation avec des cultures extérieures à la tradition gréco-romaines, ou qui se rapportent autrement à elle (comme dans le cas de la culture arabe), permet aussi de porter un regard critique sur ce qui représenta, dans la seconde moitié du 20e siècle, le grand sauvetage des études classiques, avec le grand tournant anthropologique pris par M. Gernet puis J.P. Vernant. Dans quelle mesure la catégorie de l’altérité peut-elle rendre compte du rapport complexe, fait de reprises et de ruptures, qui caractérise une tradition à ses origines, et des phénomènes comme les renaissances, qui scandent l’histoire de la culture européennes? Que nous apprennent, de ce point de vue, les autres traditions? Ce sont ces questions que le présent programme voudrait poursuivre en s’appuyant sur une réflexion déjà en marche en divers lieux, mais qui gagneraient à être coordonnées.

 

 

Thématique 3. Réception et interprétation humanistes de la pensée antique (Responsable : Laurence Boulègue).

Le travail de Laurence Boulègue, même s'il implique un dialogue constant avec les "médiévistes" de l'équipe l'amène toutefois à discuter d'abord avec les philologues et philosophes de l'Antiquité. C'est pourquoi, dans la restructuration de l'équipe, il constituera une thématique du domaine de recherche qui porte sur l'Antiquité.

Il s’agira de poursuivre le travail d’édition d’une partie de l’œuvre d’Agostino Nifo dont nous ne disposons, dans la plupart des cas, que d’éditions du XVIème siècle. A la suite du De Pulchro, devrait paraître aux Belles Lettres, courant 2005, une édition bilingue du De Amore, précédée d’une introduction. Il serait intéressant de continuer ce travail d’édition et de diffusion des traités du philosophe dont nous espérons pouvoir donner aussi une traduction du De solitudine. Ces traités permettront de définir le péripatétisme de l’auteur et d’évaluer la présence d’une forme d’averroïsme.

Ces travaux pourraient permettre d’approfondir les thématiques déjà abordées et de les insérer dans des perspectives plus vastes, notamment sur la question de l’immortalité de l’âme et des processus de connaissance qui continue de faire débat malgré interdictions et censures diverses. Pour cela, les auteurs empruntent parfois de nouveaux moyens d’expression, utilisent les ouvrages en vogue (comme le montre la profusion des traités d’amour ou des traités de cour), où se soutiennent des thèses contestataires derrière des stratégies discrètes.

        

Les actes des deux journées d’études des 4 et 5 juin 2004, « Théories du plaisir et discours philosophiques dans l’Antiquité et à la Renaissance », devraient paraître en 2005-2006. Nous souhaitons également, à partir des différentes rencontres qui seront organisées dans le cadre du GDR « Cultures latines de la Renaissance européenne », approfondir l’idée de secte philosophique à la Renaissance en nous demandant comment on se pensait platonicien, aristotélicien, stoïcien ou encore épicurien à la Renaissance et comment s’est élaborée la relecture et l’actualisation de la philosophie antique. Querelles, débats mais aussi tentatives multiples de syncrétisme posent l’existence de la notion tout en impliquant une réévaluation du sens que ces philosophes lui accordaient.

 

         Dans le cadre du même GDR, les séances de séminaire sur les poétiques néo-latines de la Renaissance devraient se poursuivre et déboucher sur un ouvrage collectif sous la direction de Virginie Leroux et Emilie Séris. Cette Anthologie des poétiques latines de la Renaissance (Quattrocento, XVIe siècle en Italie et en France) devrait paraître sous forme d’un « livre de poche », ou d’une publication « grand public », et vise à rendre accessibles aux spécialistes comme aux étudiants (lettres modernes, lettres classiques, italianistes, etc.) des textes théoriques de base. Les textes seront présentés par thèmes : imitation-inspiration, poétique et rhétorique, théorie des genres, poésie et autres arts. L’édition comportera un répertoire des poétiques et des principaux commentaires de textes poétiques contemporains, ainsi que des notices sur les auteurs et les oeuvres sélectionnés. Les éditions Droz ont accepté d’éditer le volume (sans doute dans la collection « Titre courant »). Publication possible : courant 2007.


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Domaine C.- Concepts et pratiques philosophiques

(Responsable : Denis Thouard)

 

Si la philosophie n’est pas le seul dépositaire de la pensée, elle contribue à l’élucidation des formes dans lesquelles s’articulent les savoirs et les opérations de l’esprit. A ce titre, elle pourvoit en concepts critiques les différents domaines de la recherche, à charge pour elle de reprendre réflexivement leurs apports. C’est ainsi que la philosophie se détermine comme recherche critique, retour sur les formes de l’agir commun, de la signification, de l’expression et enfin de la pensée.

Les règles qui sanctionnent le vivre ensemble, qu’elles soient déposées dans des lois ou dans de simples habitudes, mais aussi les règles plus impérieuses peut-être portant sur l’exigence de rapports éthiques, correspondent à l’effort pour l’esprit d’individuer la part qu’il prend à la formation de l’existence en société. Elles représentent l’articulation dans la raison d’un « je », d’un « tu » et d’un « nous ».

Dans l’effort d’élucidation des activités porteuses de sens par lesquelles les sociétés humaines se savent comme des cultures, c’est aussi du travail de la raison plurielle d’un « nous » qu’il s’agit, non plus dirigé vers les normes qui régissent ou doivent régir le vivre ensemble, mais vers les effets symboliques qui confèrent aux activités humaines une portée culturelle et symbolique, valant au-delà de leur simple réalisation. Ce rapport des sociétés à leur propre altérité médiée par les traces et les symboles correspond au travail d’une interprétation où le « je » et le « nous » ne s’atteignent que par le détour de l’autre.

C’est dans l’activité artistique que s’exprime plus directement le « je » dans des formes. Mais ces formes ne sont pas moins des effets de pensée, renvoyant à une dimension essentielle de l’activité symbolique, qui équilibre les dimensions plus abstraites ou pratiques de la pensée. La pratique artistique peut revendiquer le champ d’une exploration formelle où le « je » multiplie ses possibilités. L’esthétique est la réflexion qui élève cette dimension critique au concept.

En elle-même et prise dans sa plus grande universalité, l’activité philosophique est art de penser, logique. Mais l’argumentation, qui s’adresse à un interlocuteur particulier, suppose en elle-même une pluralisation de cette logique, faisant découvrir les possibilités multiples de la raison formelle.

 

Thématique 1. Ethique, droit et société

(Responsable : Patrice Canivez).

Pour la période 2006-2009, l’équipe développera dans ce domaine différents projets dont le point de convergence est la question du droit. Cette question donnera lieu à des travaux sur :

-                l’action politique et l’argumentation

-                les droits de l’homme

-                les relations morales asymétriques

 

La question de l’action politique et de l’argumentation (Patrice Canivez) sera traitée en fonction de trois paramètres : a) l’action politique s’inscrit dans un contexte de rapports conflictuels entre groupes et communautés. Elle se développe dans un champ social, économique, culturel structuré par des institutions. Une théorie de l’action est donc inséparable d’une théorie de l’Etat envisagé, non comme une forme fixe, mais comme une structure en évolution. Les rapports entre Etat et société, d’une part, entre Etat et nation, d’autre part, doivent être analysés dans cette perspective qui suppose, en dernière analyse, une théorie des processus historiques. La question de la réalisation et de l’évolution du droit est l’une des points centraux de cette théorie. b) l’action politique implique une forme de débat public spécifiquement distinct du dialogue scientifique ou philosophique. Il faut donc analyser la logique de l’argumentation politique, s’agissant notamment de la revendication et de la réalisation des droits. Il faut, par exemple, poser la question d’une « logique du compromis » où l’échange d’arguments prend une forme spécifique. c) la recherche sur les institutions historiques et les structures argumentatives doit d’emblée tenir compte de la dimension internationale des problèmes politiques. L’Etat doit être envisagé comme un acteur politique engagé dans des relations internationales d’interdépendances. Cela pose le triple problème de la représentation politique, de la souveraineté, et de la constitution d’une communauté internationale.

 

Cette problématique conduit à donner une place centrale à la question des droits de l’homme (Anne-Christine Habbard). Elle amène à poser la question de l’évolution et de la garantie de ces droits. L’analyse portera ainsi sur la question des normes de l’espace mondial, sur les rapports entre morale et politique dans les relations internationales, sur l’articulation entre rationalité économique et rationalité éthique. Elle s’intéressera en particulier aux différents types de violence liées aux transformations de l’Etat contemporain et à la genèse d’une société mondiale : violence du nationalisme, violence socio-économique, problème de la raison d’Etat.

 

Enfin, la recherche sur les relations morales asymétriques (Frédéric Worms) mettra en œuvre l’hypothèse suivante : loin d’être des relations marginales et ambiguës, voire contradictoires, notamment entre la hiérarchie classique et l’égalité démocratique, les relations asymétriques (parent/enfant, professeur/élève, médecin/malade par exemple) sont un modèle central, le seul même qui préserve à la fois l’autonomie et l’égalité de leurs termes (laquelle égalité est de principe dans un cadre démocratique, qu’elle définit) et leur différence ou leur interdépendance qui résulte de l’objet et de la structure même de la relation (parentalité, soin, éducation, par exemple). Il s’agit donc bien de transformer l’approche de ce qui est un voire le problème central des sociétés démocratiques (comment fonder l’autorité dans un cadre défini par l’égalité ?) en y voyant le principe même de relations qui font justement la force des sociétés démocratiques, au plus près des exigences morales des relations humaines en général. Une telle recherche portera au moins trois aspects :

               - le modèle général des relations asymétriques comme relations morales ;

               - les applications sociales, notamment les trois suivantes : parentale, pédagogique, médicale ;

               - les autres relations morales (amour, amitié, par exemple), et les valeurs en cause (le respect avant tout comme valeur relationnelle, entre respect de l’autre et respect de soi).

 

Ces recherches seront développées au sein de l’UMR « Savoirs, Textes, Langage », mais également dans le cadre de partenariats inter-universitaires et internationaux. Elles donneront notamment lieu au développement de trois réseaux et programmes inter-institutionnels :

               - le réseau « Europe centrale et orientale » de recherche et de formation à la recherche, dont les travaux portent sur les rapports entre éthique et société (réseau OFFRES coordonné par  Patrice Canivez, cf. note ci-dessous).

               - le programme « la place du droit dans la constitution d’une société internationale » coordonné par Anne Christine Habbard dans le cadre de l’Institut Erasme (MSH du Nord/Pas de Calais)

               - le réseau de recherche sur les relations morales asymétriques constitué par Frédéric Worms en partenariat avec l’Université Libre de Bruxelles (Nathalie Zaccai-Reyners) et l’Institut Erasme. Cette recherche interdisciplinaire alimentera les travaux du « réseau éthique » développé actuellement par la Région du Nord/Pas de Calais. Elle sera menée en partenariat avec plusieurs institutions régionales (Centre Hospitalier Régional de Lille, etc.).

 

Opérations prévues :

               - Colloque international sur le thème « droit et argumentation » 26-29 avril 2005. Organisation : Patrice Canivez et Shahid Rahman. Cette opération est commune aux axes « éthique, droit et société » et « logique et argumentation ». Elle témoigne de l’intégration de la recherche au sein de l’UMR « Savoirs et Textes ».

               - Dans le cadre du programme « la place du droit dans la constitution d’une société internationale », journées d’étude en novembre 2004, février 2005 et avril 2005 sur les droits de l'homme, la guerre et l'OTAN. La journée d’étude de novembre 2004 portera sur le droit de propriété. Organisation : Anne-Christine Habbard

               - Dans le cadre du programme « la place du droit dans la constitution d’une société internationale », colloque international sur le thème « La frontière » (juin 2005). Organisation : Anne-Christine Habbard et Jean-Marc Besse (UMR « Géographie-cités »).

               - Dans le prolongement du colloque « Pensée et problèmes de l’éthique chez Soren Kierkegaard, organisation d’un colloque international sur Kierkegaard en 2005 (150ème anniversaire de sa mort) avec les universités de Louvain, Courtrai et Copenhague, ainsi qu'avec le Centre de Recherches sur Kierkegaard (Copenhague). Organisation : Anne-Christine Habbard. Cette opération pourrait déboucher un « colloque tournant » Lille-Bruxelles- Louvain.

               - Dans le cadre du réseau OFFRES : organisation d’Universités Européennes d’Eté à l’ENS Ulm (Paris) du 7 au 15 juillet 2005, sur le thème « Langues et langages » (en partenariat avec Francis Wolff et le département de philosophie de l’ENS), à Cluj-Napoca (Roumanie), en partenariat avec Ciprian Mihali, en juillet 2006. Des Universités Européennes d’Eté sont également à l’étude à l’ENS Lyon (2007) et à Varsovie (2008). Dans le cadre de ce réseau, sont également en projet des séminaires internationaux, notamment à Athènes (2006), sur le thème de « l’identité » et à Belgrade (2006) (thème envisagé : « culture et démocratie »).

 

Les options « éthique du vivant » et « métiers des droits de l’homme » du master de sciences humaines, mention philosophie, de l’Université de Lille 3 s’appuieront sur les recherches menées dans le cadre de ces programmes.

 

D’une manière générale, les recherches dans le domaine « éthique, droit, société », sont abondées par les travaux de tous les membres de l’ancien Centre Eric Weil, s’agissant aussi bien des rapports entre éthique et herméneutique (Ch. Berner) que de la question de la laïcité et des humanités (C. Kintzler), des rapports entre art et société (A. Boissière), de la question des droits de l’homme (P. Canivez, A.-C. Habbard, F. Worms), etc.

 

Publications programmées :

Collectives :

               - 2005/2006 : édition des actes du colloque « Pensée et problèmes de l’éthique chez Soren Kierkegaard ». Editeur : Anne-Christine Habbard (ouvrage proposé aux Presses Universitaires du Septentrion)

               - 2006/2007 : édition des actes du colloque « argumentation et droit », dans la collection « Logic, Epistemology and the Unity of Science », dirigée par Sahid Rahman aux éd. Kluwer (Bruxelles).

 

Individuelles :

               - Patrice Canivez : deux ouvrages sur : a) les rapports entre la politique et l’histoire chez J.-J. Rousseau, b) la théorie de l’Etat (en fonction des problèmes développés ci-dessus).

               - Catherine Kintzler, ouvrage : La philosophie française et la laïcité, (synthèse de recherches effectuées ces dernières années sur les concepts de tolérance et de laïcité.

 

 

 

Note sur le réseau OFFRES

L’OFFRES est un réseau francophone de recherche et de formation à la recherche en sciences humaines. Européen par vocation, il concerne plus spécifiquement les pays d’Europe centrale et du sud-est.

Pays déjà impliqués : Albanie, Bulgarie, Croatie, Grèce, Hongrie, Macédoine, Moldavie, République Tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Serbie-Monténégro et Kosovo. Des contacts sont en cours en Pologne. En Europe occidentale : France, Belgique et Suisse. Partenaires associés : Autriche, Grande Bretagne, Pays-Bas.

Ce réseau est coordonné par l’Université de Lille 3 (Patrice Canivez) en partenariat avec l’Université de Nice-Sophia Antipolis (Centre de Recherche en Histoire des Idées, Département de philosophie), les Associations ARCHES (Association des chercheurs roumains francophones en sciences humaines) et JAN HUS (coopération avec la République tchèque et la Slovaquie). Il est soutenu par le Ministère français de l’Education Nationale (Délégation aux Relations Internationales et à la Coopération) et par le Ministère français des Affaires Etrangères. Différents projets sont en cours d’élaboration pour la Commission européenne (dans le cadre du 6e PCRD).

 

Objectifs poursuivis :

- Développer la recherche et la formation à la recherche en sciences humaines, sous la forme de collaborations européennes en langue française.

- Participer à la constitution d’un espace public européen permettant aux universitaires d’Europe de l’Ouest  et à ceux d’Europe du Centre et de l’Est d’élaborer des analyses et des réflexions communes.

- Œuvrer au rapprochement des élites intellectuelles d’Europe centrale et orientale, notamment dans le contexte de sortie de conflit qui est celui des pays du Sud-Est européen.

- Contribuer au renouvellement des cadres universitaires dans les pays partenaires, par la formation à la recherche de doctorants et des jeunes assistants en poste dans les universités étrangères concernées. Il vise à instaurer un partenariat durable avec une nouvelle génération d'enseignants francophones dans ces pays. Toutefois, ce réseau ne concerne pas seulement les échanges entre la France et les pays d'Europe Centrale et du Sud-Est. Il cherche à favoriser la collaboration entre ces pays eux-mêmes, amenés à tisser des liens autour de recherches communes.

- Contribuer à la mise en œuvre du réseau européen de formations universitaires, fondé notamment sur la mobilité des chercheurs et des étudiants. Les universités européennes d'été, les publications communes et les traductions, l'accueil en France de doctorants ou d'enseignants préparant une habilitation à diriger des recherches, le développement de diplômes francophones à l'étranger, constituent des exemples de retombées concrètes.

 

Thématique et méthode de travail

Le réseau a engagé des travaux sur des thèmes relatifs au droit et aux rapports entre éthique et société. La diversité des doctorants et des chercheurs impliqués – diversité des pays, des institutions universitaires, des disciplines concernées – est ainsi structurée par des problèmes clairement identifiés, débouchant sur des publications et des programmes de travail cohérents.

Les travaux sont menés dans un esprit interdisciplinaire. Lors des universités d’été, des séminaires ou colloques organisés par le réseau, l’approche philosophique est conjuguée avec d’autres approches : historique, sociologique, juridique, économique, linguistique, littéraire, etc. Le réseau se constitue ainsi par une extension progressive aux différentes disciplines des sciences humaines, à partir de la philosophie elle-même abordée dans ses différents champs : philosophie morale et politique, mais aussi esthétique, épistémologie, histoire des sciences, le fil conducteur restant l’éthique et le droit.

 

Activités et réalisations

1.      Organisation d’Universités Européennes d’Eté (en réponse aux appels d’offres de la DRIC : Délégation aux Relations Internationales et à la Coopération du MEN)

2.      Organisation, dans les différents pays partenaires, de « séminaires régionaux » réunissant en différents lieux (par exemple, à Cluj, Sarajevo, Dubrovnik) des participants de quelques unes des universités partenaires. Ce dispositif assure un fonctionnement « en réseau » pendant toute la durée de l’année universitaire. Certains de ces séminaires préparent aux Université Européennes d’Eté. D’autres poursuivent un programme de recherche spécifique.)

3.      Développement de la mobilité des étudiants et des enseignants, co-directions de thèse, accueil de jeunes maîtres de conférence préparant une habilitation française à diriger des recherches (HDR), traductions et publications communes, enseignements assurés par des universitaires français dans les universités des pays partenaires du réseau, etc.

4.      Participation à l’évolution des cursus universitaires dans les pays partenaires. Certaines actions ont déjà été entreprises. Elles préfigurent ce que le réseau permettra de mettre en place à plus grande échelle. Ainsi, les universitaires du Kosovo qui ont participé à l’Université Européenne d’Eté de Lille, en 2001, sont engagés dans la rénovation du premier cycle universitaire à l’Université de Pristina. La participation à l’évolution des structures universitaires prend également la forme de la mise en place de diplômes français délocalisés. En particulier, un DEA de philosophie francophone fonctionne déjà à l’Université de Cluj, en Roumanie. D’une manière générale, il est prévu de mettre en place des masters européens rassemblant plusieurs universités du réseau, et débouchant sur des études doctorales dans les différentes universités françaises associées au projet.

5.      Le but du réseau est de créer des coopérations durables entre les institutions (universités, centre de recherche, associations) partenaires, sur la base de recherches menées en commun sur les thématiques évoquées plus haut. Le but est aussi de contribuer à la rénovation et à l’évolution des cursus, en France comme dans les pays partenaires d’Europe centrale et orientale, notamment dans le cadre de la mise en place du système « Licence-master-doctorat ».

 

 

Thématique 2. Sciences de la culture et herméneutique

(responsables : Christian Berner et Denis Thouard).

 

1. La discussion herméneutique

Denis Thouard envisage à moyen terme l’élaboration d’une “ herméneutique critique ”.

L’herméneutique visée entend rendre intelligible l’articulation entre la reconnaissance de la singularité des œuvres (la lettre) et l’affirmation de procédures universalisables et communicables (en tant que science), mais aussi entre des modèles holistes et analytiques, “ compréhensifs ” et “ explicatifs ”. Elle vise à intégrer le moment d’adhésion de l’herméneutique, sa dimension pratique et participative, au sens où Wittgenstein indique que comprendre un jeu de langage, c’est l’effectuer (PhU § 71), et le moment de distanciation et de l’objectivation propre à la critique. Elle pourrait ainsi prendre en compte les spécificités de la démarche des “ sciences de la culture ” comme interprétatives tout en maintenant leur exigence cognitive (relevant de critères) et tâche pratique pour l’orientation du citoyen – à savoir du sujet en société de droit présupposé libre. Critique et herméneutique, à paraître, constituera l’ouvrage de synthèse de ces recherches sur l’herméneutique et la tradition philologique. Il s’articule en trois parties : la première a pour toile de fond les discussions consacrées aux Ecritures et comprend une longue analyse de la Clavis Scripturae Sacrae (1567) de Mathias Flacius Illyricus, une discussion de l’herméneutique logique de Dannhauer et Clauberg, une reconstitution des débats sur l’allégorie entre Chladenius et Hamann, puis entre Kant et l’Ecole de Göttingen ; la seconde se déroule sur fond d’engouement pour la Grèce dans l’Allemagne d’après Winckelmann et contient un chapitre consacré aux herméneutiques romantiques et une longue discussion sur le statut des sciences de la culture ouvrant sur les trois positions typiques de Hermann Usener, F. Nietzsche et W. Dilthey ; la dernière partie aborde le XXe siècle sur fond de débats autour de la parole poétique à partir de l’inflexion ontologique de l’herméneutique opérée par Heidegger jusqu’à ses conséquences chez Gadamer et Derrida dont la lecture des poèmes de Paul Celan est analysée de façon critique ; cette critique débouche sur la tentative, à partir de discussion de la situation de la critique littéraire de la seconde moitié du XXe siècle et d’une discussion des positions de Peter Szondi et de Jean Bollack, sur l’esquisse d’une herméneutique “ critique ”. La publication de ces livres de synthèse permettra de montrer à partir de quelles analyses Denis Thouard envisage le projet d’une “ herméneutique critique ”.

 

Dans le cadre d’une constitution d’une “ herméneutique philosophique ”, c'est-à-dire réflexive et critique, Christian Berner poursuivra la recherche dont son habilitation (Au détour du sens. Etudes d’herméneutique et de philosophie allemande) est un jalon. Partant d’une critique de l’herméneutique philosophique telle qu’elle est ordinairement entendue comme application de la pensée de Gadamer, Christian Berner cherche à préciser ce qu’on peut entendre par “ rationalité herméneutique ”. S’appuyant non seulement sur la tradition herméneutique et philosophique, mais encore sur la philosophie de la communication (K.-O. Apel, J. Habermas, J.-M. Ferry) et la philosophie contemporaine de l’interprétation et du signe (Josef Simon, Günter Abel, Hans Lenk), l’élaboration de cette herméneutique philosophique cherchera à tenir compte des apports du pragmatisme et de la philosophie analytique du langage, permettant d’éviter la réduction à une ontologie du comprendre ou à une discipline philologique. A ce titre, dans le prolongement de ses recherches sur le “ devoir de comprendre ” et l’ “ élan vers la compréhension ”, Christian Berner étudiera plus particulièrement les rapports entre éthique et herméneutique. La réflexion porte là sur les dimensions morales impliquées dans l’acte et dans l’effort de comprendre à partir de l’étude des conditions de possibilité et des conséquences de la communication et de l’interprétation. Christian Berner prévoit la publication de : Au détour du sens. Perspectives d’une herméneutique philosophique et de Qu’est-ce qu’une conception du monde ? (Vrin)  

 

Holger Schmid s’attachera plus particulièrement à la connaissance historique, et plus particulièrement au pyrrhonisme vers 1700, dans son questionnement sur le statut de la transmission des textes. L’interrogation sur les rapports entre texte et histoire et sur l’interprétation historique ouvrira sur un débat avec l’herméneutique de Paul Ricœur. S’attachant par ailleurs  à la phénoménologie dans ses textes fondamentaux, Holger Schmid étudiera le rapport, en 1959, de Heidegger et Merleau-Ponty à Husserl, en s’attachant notamment à la question du langage.

 

Ces lignes de recherche seront mises en œuvre en développant les possibilités de formation et de direction de travaux avec de jeunes chercheurs, en poursuivant la collaboration avec différents réseaux internationaux et en amplifiant les contacts interdisciplinaires. Cela permettra en particulier l’exploration de la structure des théories herméneutiques et l’étude des conflits d’interprétation, tant à travers leur histoire qu’à travers les concepts qu’ils engagent. La mise en place de séminaires consacrés à ces problèmes devrait favoriser la formation aux problématiques herméneutiques.

Le projet consacré aux “ concepts de l’herméneutique ” (voir le bilan d'activités de l'UMR "Savoirs et textes", Axe 5) débouchera sur la publication à terme d’un dictionnaire conçu par Chr. Berner et D. Thouard.

L’analyse des fondements de l’herméneutique conduira par ailleurs à la constitution d’un corpus de textes classiques mais méconnus, dans le cadre d’éditions critiques et commentées (premiers volumes prévus : Flacius, Clavis [Denis Thouard] Georg Friedrich Meier, Essai d’un art universel de l’interprétation [Christian Berner] …)

 

Jean Bollack poursuivra son travail herméneutique sur la poésie de Paul Celan. Un nouveau livre est prévu, qui portera sur le rapport entre création et lecture. Il travaille en outre à une série de publications sur l'herméneutique.

 

2. La fondation des sciences de la culture.

Dans un ouvrage en préparation, Kant et le sentiment du sujet, D. Thouard reprend sous une forme entièrement revue la première partie de sa thèse. Il part de l’hypothèse que Kant trouve avec le sujet de sentiment “ de plaisir et de peine ” de la troisième Critique une médiation entre les sujets “ théoriques ” et “ pratiques ” des deux premières. Le rapport à soi esthétique rend possible l’auto-réflexion sans impliquer la construction d’un système spéculatif. Il libère simplement l’espace du jugement critique. C’est pourquoi Kant traite de pair le sentiment et le jugement dans la troisième Critique.

A moyen terme, D. Thouard envisage de terminer le travail accompli dans le cadre de l’édition critique des Œuvres complètes de Benjamin Constant, pour laquelle il est chargé du tome III du De la religion (futur OCBC t. XIX) qui comprend les livres VI à VIII du livre de Constant, consacrés au polythéisme sacerdotal (Egypte, Inde), au polythéisme indépendant (Grèce) et à Homère, occasion d’une discussion avec les théories de F. A. Wolf. Le De la religion de Constant, peut-être l’œuvre de sa vie, en tout cas celle à laquelle il a travaillé avec le plus de continuité sur près de quarante années, est un chef d’œuvre méconnu est particulièrement intéressant pour la théorie de l’interprétation des formes religieuses, du mythe et l’herméneutique qu’elle suppose, mais aussi parce que la conjonction entre herméneutique et sentiment religieux est explicite chez Constant, comme chez Schleiermacher : elle constitue même le moteur du passage d’une religion à l’autre, dans la mesure où vient un moment où les formes dans lesquelles le sentiment se reconnaissait deviennent étrangères et perdent leur signification, suscitant le besoin de l’invention d’autres formes.

Enfin, D. Thouard a le projet d’un ouvrage présentant non la “ doctrine ” de Hamann, mais son modus operandi, dans toute sa singularité ; une telle étude est requise par une situation française où cet auteur reste amplement méconnu. D. Thouard envisage de s’appuyer sur ses deux textes les plus connus, les Sokratische Denkwürdigkeiten et l’Aesthetica in nuce pour donner à entendre la réflexion hamanienne. Le modèle de la “ métacrititique ”, dans toute son ambiguïté, demande à être présenté à partir de l’œuvre de son inventeur.

 

Dans l’analyse de la naissance des sciences de l’esprit ou de la culture, Christian Berner nourrit le projet d’en analyser à la fois la constitution et le rapport avec les sciences de l’interprétation. Poursuivant ses recherches systématiques sur Schleiermacher, il s’agira de comparer l’élaboration des sciences de la culture à partir de son “ éthique ” en procédant à une comparaison avec les projets de Dilthey et de Cassirer. L’activité interprétative y sera analysée tant dans l’élaboration des conceptions du monde (Dilthey) que dans celle des “ mondes symboliques ” (Cassirer). Les sciences de l’esprit et de la culture seront ainsi étudiées dans leur prétention à la scientificité, tout en tenant compte de leur prétention à assumer le besoin humain, individuel et social, d’orientation. Dans ce cadre, Christian Berner réalisera, dans le prolongement de ses essais antérieurs, un ouvrage intitulé Etapes du symbolisme allemand qui montrera, partant des premiers romantiques (Novalis, Schlegel, Schleiermacher), comment le concept de symbole a conduit la philosophie aux sciences de l’esprit (Hegel, Dilthey, Cassirer) et comment les théories de l’interprétation y tiennent leur place. Une attention toute particulière sera consacrée à la détermination de ce que Hegel appelait “ l’esprit objectif ”, repris et transformé par Feuerbach dans l’analyse de la conscience projective et, concernant les sciences de l’homme, au centre de l’édification des sciences de la culture chez Dilthey et Cassirer.

 

Parallèlement, Holger Schmid s’attachera lui aussi à repenser les premiers moments de l’idéalisme allemand à partir du “ Plus ancien programme systématique ” et permettra de mettre en relief la question de l’homme à travers une rigoureuse analyse de l’exemplaire confrontation entre Cassirer et Heidegger lors des débats de Davos (1929).

 

Philippe Sabot poursuivra son travail sur Feuerbach. Il convient en effet de relier plus précisément la démarche de pensée de Feuerbach à ce que Foucault appelle la “configuration anthropologique de la philosophie moderne”, en mettant en valeur le paradoxe interne d’une réflexion qui, tout en voulant dépasser certaines apories liées à la systématicité de la spéculation hégélienne, en en “renversant” les principes, se trouve reconduite en-deçà des exigences propres de la philosophie de Hegel,  en privilégiant notamment un naturalisme anthropologique qui évacue toute référence à l’historicité des pratiques humaines. Ph. Sabot s'attachera à reconstituer l’itinéraire de pensée de Feuerbach, en étudiant notamment la manière dont le débat avec Hegel se poursuit dans les textes (très nombreux) d’histoire de la philosophie, totalement délaissés jusqu’ici en France, alors même que s’y trouvent à l’état germinal les fondements de l’anthropologie philosophique de Feuerbach. L’intérêt pour ces textes pourrait notamment se déployer selon une double dimension : il faudrait d’une part se demander comment émerge la thématique du renversement, et quel type de philosophie peut l’incarner ; et d’autre part, sur un plan opératoire, analyser et essayer de caractériser le mode de lecture feuerbachien de l’histoire de la philosophie. L’herméneutique de la religion dont L’essence du christianisme marque l’aboutissement ne se double-t-elle pas d’une sorte d’herméneutique de la philosophie qui en forme la matrice ?

Cette analyse interne de la constitution de l’anthropologie philosophique de Feuerbach devra être complétée par l’analyse de certains de ses prolongements, explicites - chez Marx par exemple - ou implicites - chez Sartre, qui intéresse particulièrement Ph. Sabot en ce qu'elle recoupe les recherches menées dans le cadre d’une “histoire littéraire de la philosophie”). Son itinéraire d’écrivain et de philosophe, de La transcendance de l’Ego et aux écrits sur l’imagination aux Cahiers pour une morale en passant par certains textes dramatiques, paraît en effet largement imprégné par les analyses feuerbachiennes du processus d’élaboration de l’illusion religieuse et de la dynamique de projection-inversion qui en est le support. La mise en évidence des points saillants d’un tel rapprochement entre Feuerbach et Sartre devrait conduire à une lecture nouvelle des premiers essais sur L’imagination et sur L’imaginaire, et du prolongement original que leur donne la réflexion sartrienne sur la théâtralité, mais aussi des Cahiers pour une morale, dans lesquels le schème feuerbachien du renversement fonctionne de manière inattendue, en rapport avec une référence à l’Essai sur le don de Mauss. Cette recherche sur Sartre et Feuerbach s’élabore ainsi à la jonction de l'intérêt philosophique de Ph. Sabot pour la littérature et d’une investigation sur les conditions d’une critique de l’anthropologie.

Ces différentes questions seront abordées lors d’un colloque consacré à Feuerbach qui doit avoir lieu à Lille en 2005.

 

 

Thématique 3. Esthétique : art, critique, théorie

(Responsables : Anne Boissière  et Catherine Kintzler).

Dans ce domaine, les recherches engagées dans le cadre du Centre Eric Weil seront poursuivies. Catherine Kintzler mènera plus particulièrement des travaux sur :

-         la théorie du rire classique, de la fin du XVIe siècle à Freud et à Bergson.

-         l’étude des critiques du spectacle et du spectaculaire de Bossuet à Debord

-         la théorie des humanités comme discipline.

 

Dans le prolongement de son travail sur l'Ecole de Francfort, Anne Boissière mènera une recherche élargie sur le rapport entre art et société, notamment le statut d'une théorie esthétique qui prendrait en compte les déterminations économiques de l'art. Un partenariat est amorcé avec le département « Culture et Société » de l’EDHEC de Lille (responsable : Isabelle Sequeira). Ce partenariat débouchera dans un premier temps sur une journée d’étude commune. Anne Boissière poursuivra également son travail sur la danse, en s’attachant particulièrement à la dimension symbolique du sentir.

Dans cette perspective, un programme de recherche est en cours d’élaboration pour l'Institut International Erasme, sous le titre : « Sensation, émotion, perception à travers les arts ». Responsables : Anne Boissière et Catherine Kintzler, en partenariat avec Joëlle Caullier (Lille 3, musicologie, CEAC), Jasmine Getz (Lille 3, poésie, CEAC), Philippe Guisgand (Lille 2, danse, CEAC), Marie-Pierre Lassus (Lille 3, musicologie, CEAC), Suzanne Liandrat-Guigues (Lille 3, études cinématographiques, CEAC), Vincent Tiffon (Lille 3, médiologie, CEAC)

L’idée directrice du projet est que l’art est le lieu où se fabrique l’ « aisthesis », le sentir : l’art n’existe pas seulement à travers les œuvres ni à travers le jugement qu’on porte sur elles, l’art est une opération qui constitue le sentir lui-même. Cette hypothèse rencontre deux grands champs théoriques par rapport auxquels la direction de recherche trouve sa spécificité. D’un côté, dans le domaine de l’esthétique philosophique, il s’agit de la phénoménologie qui développe une réflexion originale et incontournable, avec toutefois des limites qui tiennent à la conception du corps qu’elle présuppose ainsi qu’au domaine de l’art sur lequel elle s’appuie, qui peut paraître limité et parfois abstrait dans les analyses. L’autre grand courant est celui des sciences cognitives qui développe un champ d’investigation tout aussi important, à un autre niveau, dans l’explication des mécanismes en jeu dans la sensation, l’émotion, et la perception. Mais là, la question des rapports entre l’art et le sentir n’est abordée que de façon périphérique, et à partir d’une conception de l’art qui s’avère en réalité très pauvre. Le présupposé du projet est que la prise en compte de la diversité des arts, ainsi que l’évolution de l’art, sont des aspects à partir desquels la question du sentir peut-être retravaillée dans une direction féconde. Serait alors possible une réévaluation des rapports complexes qui existent entre sensation, émotion, et perception, dans une perspective qui serait politique et sociale.

Cette direction de recherche est au carrefour de l’esthétique philosophique, de la théorie et de la pratique des arts, mais elle rencontre aussi d’autres champs disciplinaires comme l’anthropologie, l’ethnologie, la sociologie, la géographie, l’économie. Elle donnera lieu à l’exploration des modalités et des enjeux du sentir dans la création et la réception artistiques contemporaines, à partir des œuvres. Selon cette direction, qui est purement esthétique, un axe temporel et historique qui intègre le point de vue de l’évolution de l’art et des arts sera privilégié. Mais il s’agit aussi de développer un axe culturel et sociologique, partant de l’idée qu’on ne peut pas penser l’art aujourd’hui indépendamment de circuits sociaux et de décisions économiques qui sont extra esthétiques.

Partenaires impliqués :

-         la MSH Paris Nord, thématique n°5, « Création, Pratiques, Publics », (directeur Jean-Marie Pradier) ;

-         le Réseau thématique dirigé par Suzanne Liandriat-Guigues/Lille3 (en cours de signature) , « La dimension du sensible dans la pensée artistique contemporaine », avec l’université de Genève (Centre "Pensée cinématographique et pensée contemporaine" dirigé par Patrizia Lombardo), l’université de Pau (CICADA, dirigé par Bertrand Rougé), la MSH de Paris Nord (programme dirigé par Jean-Louis Déotte « Arts, appareils, diffusion », liant Paris VIII et Paris III : Centre de recherche sur les images et leur réflexion dirigé par Mireille Gagnebin et Jean-Louis Leutrat)

-         le Centre de recherche sur la perception musicale de l'université de Gand, dirigé par Marc Leman (lié au réseau thématique "le geste acousmatique" de Lille3)

-         le Collège International de Philosophie (programme de Jehanne Dautrey)

-         l'EDHEC de Lille

-         l'Ecole d'architecture de Lille, Equipe de recherche sur la conception architecturale (Frank Vermandel, Gérard Engrand, Daniel Treiber)

 

Opérations prévues

-  février 2005 : journée d’étude sur le thème « Art et Culture : de la société à l’industrie » en partenariat avec le département « Culture et société » de l'EDHEC de Lille (Isabelle Sequeira)

-  2005 : colloque sur le thème « Quelles formations d'espace dans l'activité artistique ? ». Organisation : Anne Boissière (Centre Eric Weil) et Anne Volvey (Arras, UFR de géographie)

-  2005 : journée de l’Ecole doctorale TESOLAC sur « Le statut de la main ». Organisation : Catherine Kintzler et Joëlle Caullier.

-  2006 : colloque « Dispositifs d'écoute, dispositifs sonores ». Organisation : Anne Boissière (UMR STL), Joëlle Caullier (Centre d'Etude des Arts Contemporains), Jehanne Dautrey (Collège International de Philosophie).

-  2005-2007 : journées d'étude du réseau thématique « La dimension du sensible dans la pensée artistique contemporaine ».

 

Publications programmées

Collectives :

- Le Geste dansé, actes des journées de mars 2003 et mars 2004. Editeurs : Anne Boissière et Catherine Kintzler (avec des textes d’A. Boissière et C. Kintzler). Editeur pressenti : Presses Universitaires du Septentrion, collection « Esthétique et science des arts ».

Individuelles

- Anne Boissière, « Micrologie et fétichisme : pour une conception critique de l'apparence », publication des actes du colloque "Expérience et fragment dans la pensée musicale d'Adorno », Université de Paris VIII, sous la responsabilité de Jean-Paul Olive, Mai 2004

- Anne Boissière, « De l'improvisation au vide », Le Geste dansé, op.cit.

- « L'essai comme méthode philosophique d'interprétation des œuvres d'art chez Adorno », actes du colloque Musique et philosophie organisé par Danielle Cohen Levinas, Centre de recherches en esthétiques et théories musicales , Université de Paris IV, Janvier 2003

- « Geste et composition dans l'esthétique musicale de Pierre Boulez », Rue Descartes, revue du Collège International de Philosophie, numéro sous la responsabilité de Véronique Fabbri

 

 

Thématique 4. Logique et argumentation

(Responsable : Shahid Rahman).

            Cette thématique, où sont étudiées philosophie du langage, argumentation et logique, a pour caractéristique de concilier les travaux spécialisés sur ces objets de recherche et leur mise en relation avec les sciences humaines, en réfléchissant aux formes de rationalité avec lesquelles elles opèrent. Elle est donc transversale et dialoguera naturellement non seulement avec les autres thématiques du Domaine 3, mais aussi avec les autres Domaines de recherche de l'UMR "Savoirs, textes, langage", comme en témoignent les projets présentés ci-dessous, qui impliquent linguistes, philosophes et historiens des sciences.

            La thématique sera renforcée par l'arrivée dans l'équipe de deux enseignants chercheurs. Parallèlement et en relation avec son travail sur l'idéalisme allemand (voir ci-dessus "thématique 2"), la recherche de Holger Schmid porte également sur la philosophie du langage comme philosophie première (Hölderlin, Humboldt, Wittgenstein). L'arrivée prévue dans l'équipe d'un maître de conférences en philosophie du langage, recruté sur les postes "Fillon" et correspondant totalement à la logique scientifique du regroupement des UMR "Savoirs et textes", SILEX et du centre Eric Weil, renforcera aussi cette thématique, née des travaux de Shahid Rahman et de ses doctorants (voir le bilan d'activités de l'UMR "Savoirs et textes", "nouvel axe de recherche : Logique et argumentation").

 

Programmes interdisciplinaires en projet.

         Shahid Rahman continuera à organiser les activités du programme "La science et ses contextes" et à participer au Programme sur "La Preuve" (voir le bilan des activités de l'UMR "Savoirs et textes" : "Programmes interdisciplinaires").

Il voudrait mettre en œuvre également, en collaboration avec Laurent Keiff, deux nouveaux projets interdisciplinaires qui tenteront de mettre au jour de "Nouvelles pistes pour la coopération entre histoire et philosophie des sciences". En tant que posture épistémologique, le positivisme logique a aujourd'hui pratiquement disparu. Toutefois, ses assises théoriques restent largement dominantes dans la recherche. Une de ces structures fondamentales est la théorie de la signification, dont le trait essentiel est l’indépendance du contexte. Le sens d’un énoncé est ainsi conçu comme une fonction exclusive de ses composantes internes, sans qu’on cherche à y intégrer une référence au sujet qui énonce, pas plus qu’aux circonstances et aux conditions de cette énonciation. Cette décision épistémologique est particulièrement importante en théorie des sciences, dans la théorie du langage qu’impliquent les sciences cognitives, ainsi qu’en logique. Elle ôte à l’épistémologie une de ses caractéristiques principales : l’historicité du développement de la science.

La visée générale des projets est d’étudier systématiquement et historiquement un concept de raisonnement scientifique qui récuse le principe de l’indépendance du contexte, mais qui ne s’effondre pas non plus dans un réductionnisme socio-psychologique. Le but visé est d'injecter dans la théorie de la science tous les aspects de son contexte et de son effectivité concrète, sans pour autant renoncer à en formuler les normes. Ces projets proposent de revenir une fois encore au point d’où la philosophie et la science partirent : l’argumentation et le dialogue, et de faire de ces notions les éléments premiers d’une épistémologie pragmatique. Le problème théorique principal à étudier ici est la notion de preuve, conçue comme jeu et comme type, qui servira ensuite de point de départ pour considérer à nouveaux frais la relation entre sémantique et pragmatique au sein de la logique et du raisonnement. L'objectif est de produire une nouvelle proposition de conciliation entre les traditions historique et analytique de philosophie des sciences, inspirée par l’esprit de l’Encyclopédie française.

La logique elle-même et la linguistique d’une part, et la biologie et les sciences de la culture d’autre part, serviront de terrain privilégié à ces recherches.

         L'un des projets devrait se concentrer sur la notion d'"encyclopédie" comme base de la connexion entre histoire et philosophie des sciences. L'autre insistera sur l'usage de la "microhistoire" dans la philosophie des sciences. Ce concept n'a jusqu'à présent été utilisé que dans le cadre de l'histoire, mais pas pour l'épistémologie ni la philosophie des sciences. Le projet voudrait notamment s'intéresser à l'utilisation du concept de "microhistoire" par Hugh MacColl, qui est présenté dans l'histoire de la logique comme un "outsider" du XIXème siècle, mais qui remet en question en fait l'idée des origines mêmes du pluralisme logique basée sur Hilbert et Poincaré.

        

Colloques

  Alexandre Thiercelin organisera, avec S. Rahman et Patrice Canivez (Centre Eric Weil) en 2005, un colloque international consacré à la logique juridique (voir projets interdisciplinaires).

         Laurent Keiff et Shahid Rahman prévoient également d'organiser en 2006 un colloque sur "L'antiréalisme : figures extrêmes". L'antiréalisme constitue une tradition dans la philosophie des sciences formelles, étroitement associée au courant constructiviste, et auquel on peut rattacher de grandes figures telles que, pour le vingtième siècle, Wittgenstein et Carnap. La thèse caractéristique de l'antiréalisme est la suivante : les énoncés mathématiques ne réfèrent pas à des entités dotées d'une existence indépendante du sujet de la connaissance mathématique. De façon plus générale, la vérité des énoncés n'est jamais un caractère indépendant du sujet de la connaissance, comme c'est le cas dans la tradition frégéenne. En 2002, un article de J. Dubucs, paru dans Synthèse (vol. 132), proposait une version extrême de l'antiréalisme, selon laquelle l'antiréalisme traditionnel n'est pas conséquent avec lui-même lorsqu'il admet des moyens de preuve qui dépassent les capacités cognitives effectives de l'homme. Pour un antiréalisme assumé jusqu'au bout, une preuve ne garantit la vérité d'un énoncé qu'à la condition qu'elle respecte des critères de faisabilité, c'est-à-dire qu'elle soit à la portée du sujet réel de la connaissance. J. Dubucs propose d'utiliser les ressources de la logique linéaire pour spécifier les contraintes formelles de la faisabilité.

C'est autour de cette thèse, en tant qu'elle présente une sorte de cas limite, que le colloque sera organisé. Celui-ci constituera un espace de discussion associé au travail, entamé au début de cette année, de production d'un volume d'articles consacrés à ce thème, édité par M. Marion (UQAM) et L. Keiff, qui paraîtra dans la série Kluwer : Logic, Epistemology and the Unity of Science.

 

Activité éditoriale

Hassan Tahiri, en collaboration avec s. Rahman et N. Rao, prépare l’édition d'un volume à paraître chez Kluwer (toujours dans le cadre de la collection Logic, Epistemology and the Unity of Science) sur la logique et l’épistémologie arabe.

         Plusieurs volumes (près d'une vingtaine) de cette collection, dirigée par S. Rahman, sont en cours de préparation et devraient paraître à un rythme régulier dans les années qui viennent. Pour la plupart d'entre eux, les auteurs qui contribueront à ces volumes sont dès à présent déterminés. Nous ne citerons ici que les ouvrages dirigés par des membres de l'équipe.

- The Influence of Genetics in Scientific  and Philosophical Thinking : édité par Anne Fagot-Largeault  (Collège de France), Shahid Rahman, Juan Manuel Torres (Bahia Blanca).

- On extreme antirealism and pluralism. Autour des articles de J. Dubucs (Paris) and M. Marion (Ottawa) : édité par Shahid Rahman et Laurent Keiff.

- On logical Pluralism. Autour des articles de G. Restall (Melbourne): J; Beall (Princeton) :  édité par Shahid Rahman et Laurent Keiff.


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Domaine D : Différenciations et mutations des savoirs

(Responsable : Bernard Maitte)

 

L’unité du domaine « différenciations et mutations des savoirs » est méthodologique.

Au centre des activités de recherche qui y sont regroupées se trouve le concept de savoir.  Mais ici le terme est entendu au sens d’ensemble structuré de connaissances qui se transmettent selon des règles à l’intérieur d’une culture. Nous considérons alors comme savoirs, aussi bien la science reconnue que certaines « fausses sciences » comme l’alchimie, les sciences humaines voire la littérature pour autant qu’elle n’est pas ramenée au plan d’une activité purement esthétique, voire certains systèmes philosophiques contemporains.  

Dans un premier temps, l’ensemble est interrogé à partir d’un examen soigneux des textes visant à approcher autant que possible la réalité des débats intellectuels, passés ou contemporains. Ce n’est que dans un second temps que devient possible leur inscription dans l’histoire générale des savoirs.

On comprend alors qu’il puisse être légitime de rapprocher des travaux qui se réclament tous de cette méthodologie, et qui portent sur l’histoire des savoirs philosophiques et scientifiques du Moyen Age au XVIIe siècle, sur l’histoire des sciences du XVIIIe siècle à l’époque contemporaine, sur l’épistémologie des sciences humaines, ou sur des philosophes contemporains comme Bergson ou Eric Weil.

 

 

Thématique 1. Les savoirs de la première modernité

(Responsable : Bernard Joly).

         Le fait que la période concernée par cette thématique aille du Moyen Age à la fin du XVIIème siècle n'indique nullement l'adhésion à une quelconque forme de continuisme, mais tient compte de l'existence au XVIIème de débats médiévaux, comme en témoigne l'importance reconnue de la néo-scolastique. Les références explicites ou implicites à l'Antiquité sont en outre fondamentales dans les œuvres aussi bien scientifiques que philosophiques de cette période. La méthode qui suit, qui part pour le Moyen Age du déchiffrement des textes, consiste non seulement à reconstituer les problématiques mais aussi les solidarités conceptuelles qu'elles impliquent, sans préjuger de leur domaine d'appartenance, ni de leur validité, ni de leur trans-historicité. Comme pour les différentes thématiques du Domaine 2, avec qui le dialogue est bien évidemment constant, l'interprétation d'un texte suppose la mise en contexte avec d'autres types de texte, contemporains ou non.

 

1. Philosophie naturelle et mathématiques au moyen âge.

Plusieurs études sont actuellement achevées ou en passe de l’être. Leur publication devrait intervenir avant la fin du présent contrat ou au début du suivant. Il s’agit notamment de l’édition des Questions sur la Physique d’Oresme, par S. Caroti (Univ. De Parme), J. Celeyrette, S. Kirschner (Univ. De Hambourg) et E. Mazet, de l’ouvrage sur Clavius par S. Rommevaux, de l’article de J. Celeyrette et J.- L. Solere sur le problème de l’intensification de la charité dans les milieux dominicains post-thomistes.

Max Lejbowicz, dans la suite de ses dernières publications, oriente sa recherche vers l’étude des rapports qui se sont établis du Xe au XIIe siècle entre les cultures d’expression arabe et latine.

En philosophie naturelle, le travail effectué sur la problématique du continu nous a convaincus de la nécessité d’étudier plus soigneusement le débat parisien entre les années 1330 et 1340. Il conviendrait en particulier de savoir s’il y a une ou plusieurs sortes d’atomistes, ce qui permettrait une mise en perspective des positions de Nicolas d’Autrécourt, actuellement considéré comme le seul anti-aristotélicien déclaré. Jean Celeyrette envisage ainsi d’éditer le traité du maître “ atomiste ” Michel de Montecalerio, adversaire de Buridan dans une dispute célèbre. D’autres maîtres atomistes comme Michel de Massa devraient être étudiés. Ces travaux devraient déboucher sur un ouvrage collectif sous la direction de S. Rommevaux et J. Celeyrette.

Les travaux déjà réalisés sur le mouvement doivent être complétés par plusieurs études sur le traité des calculs de Richard Swineshead, dont certains chapitres, particulièrement difficiles techniquement, n’ont pratiquement jamais été examinés, ainsi que sur la réception à la Renaissance (Marliani, Vittorio, Achillini etc) des règles médiévales. Le tout devra être rassemblé dans une publication collective.

Les travaux sur les notes de cours d’Etienne Gaudet ont montré l’intérêt exceptionnel de ce texte, le seul à donner une idée précise de l’enseignement parisien dans le milieu de la Sorbonne au début des années 1350. Une étude globale de ce manuscrit, particulièrement difficile à lire, est en cours par J. Celeyrette et Zénon Kaluza (CNRS Paris).

Les travaux de l’équipe, comme on l’a vu, couvrent le double champ des mathématiques et de la philosophie naturelle. Or un texte parisien occupe une position intermédiaire : il s’agit des Questions sur la Géométrie d’Euclide de Nicole Oresme. L’édition procurée par Busard est très fautive. Par ailleurs les allusions aux Questions sur la Physique d’Oresme, inconnues lors de l’édition, sont nombreuses. Il conviendrait d’en envisager une réédition que projettent S. Rommevaux, E. Mazet et J. Celeyrette.

Enfin la place de l’alchimie dans les commentaires aristotéliciens reste à approfondir. Les commentaires sur les Météorologiques, en particulier sur le livre IV, devraient être ceux où la place de l’alchimie est la plus vraisemblable. Or ceux-ci n’ont guère été étudiés. Nous envisageons donc d’examiner de ce point de vue et dans un premier temps les questions du pseudo-Scot, d’Oresme, d’Albert de Saxe, de Thémon le Juif.

 

2. La philosophie naturelle et l’histoire de la chimie à l’âge classique.

Les travaux se poursuivront en 2004-2005 avec l’invitation de chercheurs étrangers tels que Antonio Clericuzio de l’université de Cassino, Christoph Lüthy de l’université de Nimègue et Lawrence Principe de l’université Princeton à Baltimore. Ils trouveront un premier temps fort avec la participation des membres du groupe au colloque international “ La philosophie naturelle de Robert Boyle ” organisé à Bordeaux du 10 au 12 mars 2005 par le Centre de recherches philosophiques sur la Nature de l’université de Bordeaux  3, avec le soutien de l’UMR “ Savoirs et Textes ”. Ils donneront lieu, vers la fin de l’année 2005, à l’organisation à Lille de journées d’études, suivies d’une publication. Sont également prévues la publication de deux ouvrages de Bernard Joly (Descartes et la chimie et La philosophie chimique à l’âge classique), ainsi qu’une histoire de la chimie de Paracelse à Lavoisier par Rémi Franckowiak et Bernard Joly.

Dans les années suivantes sera poursuivie l’étude systématique des rapports entre les diverses doctrines philosophiques qui structurent les débats théoriques à l’âge classique et les différentes théories chimiques. Ce travail pourra donner lieu à l’élaboration de monographies sur des auteurs jusqu’ici fort peu étudiés, comme les chimistes français gravitant autour des cartésiens à la fin du XVIIe siècle et les premiers titulaires de l’Académie des sciences au début du XVIIIe siècle. On poursuivra également le travail d’édition de textes oubliés, dans le prolongement de la publication de la Nouvelle lumière philosophique (1641) d’Etienne De Clave dans le “ Corpus de philosophie en langue française ” en 2000, ou de l’édition électronique du Traité de la chymie de Nicaise Le Febvre (1660) sur le site “ Polib ” du Pôle universitaire européen de Lille en mai 2004. Ces travaux nécessaires ne constitueront cependant qu’une étape vers une entreprise plus globale de réévaluation des rapports entre la philosophie, la chimie et les autres sciences conduisant à modifier, sur des points parfois essentiels, quelques aspects de l’évolution de la pensée scientifique à cette époque.

 

3. Leibniz lecteur de Locke.

Marc Parmentier, dans la continuité de son travail sur Locke, projette de centrer sa recherche dans les qui viennent sur la lecture de Locke proposée par Leibniz.  La connaissance qu'il a acquise du texte de l’Essai sur l’entendement humain de Locke éclaire en effet d’un jour original la « réécriture-traduction » qu’en réalise Leibniz dans les « Nouveaux Essais ».

Il tentera de montrer que la logique du dialogue inventé par Leibniz entre deux personnages fictifs et deux philosophes bien réels, est particulièrement subtile. Comme dans de nombreux dialogues philosophiques, la partie n’est pas égale, l’un des protagonistes exposant les thèses de l’auteur qui le fait « vivre », alors que le second ne peut que répéter un texte déjà écrit et figé. On n’imagine pas que Leibniz mette dans la bouche de Philalèthe de vraies réponses à ses propres objections. Cela ne signifie pas que Philalèthe se borne à répéter textuellement des extraits de l’Essai de Locke. Le principe de fidélité au texte de Locke souffre en effet quelques écarts, dont le recensement reste à faire. Leibniz sélectionne les points dont il veut traiter, il les résume, infléchit voire modifie certaines formulations, met dans la bouche de Philalèthe des considérations surajoutées, ne figurant pas dans le texte original. C’est naturellement le cas chaque fois que Philalèthe réagit aux propos de Théophile. Enfin, même lorsque Théophile manifeste son accord, cet accord n’est pas totalement « désintéressé » et il signifie que Locke est très proche de son propre système.

 

 

Thématique 2. Différenciations et mutations dans les sciences après la  première modernité

(Responsable : Pierre Cassou-Noguès).

         Nous avons maintenu la séparation entre la thématique 1 et 2 qui avait déjà été opérée dans le bilan des activités de l'UMR "Savoirs et textes" (Axe 3 et 4) tout en étant pleinement conscients qu'établir une coupure à la fin du XVIIème siècle ne va pas de soi, comme le fait par exemple apparaître le fait que l'histoire de la chimie se répartit sur l'une et l'autre thématiques. Nous avons cependant décidé de garder cette structuration, parce que les textes scientifiques ont, à partir du XVIIIème siècle, un niveau de technicité en général plus grand qu'auparavant, même si une telle affirmation nécessite d'être nuancée. La mise en contexte avec l'environnement historique et philosophique sera dans cette thématique aussi mise en évidence, même si la technicité de certains textes étudiés la rend parfois plus difficile.

Les thèmes abordés sont en prise directe avec les recherches effectuées actuellement dans les sciences exactes et naturelles et/ou leur enseignement. Les chercheurs étudient les processus d’élaboration des sciences dans leurs contextes historiques et visent à reconstituer les problématiques du passé de manière à mieux appréhender – par l’identification des continuités, des permanences, des diversités existant dans les disciplines ou les grands thèmes – quels sont les objets actuels des sciences.

 

 

1. Histoire de la chimie

Le travail de Rémi Francowiack se poursuivra sur deux fronts. Il continue d’approfondir la période étudiée dans sa thèse, tout en essayant d’évaluer les rapports entre chimie et physique, en portant son attention particulièrement sur les années encadrant le renouvellement de l’Académie royale des Sciences en 1699, sur l’introduction de la pensée de Becher et de Stahl en France, et sur l’application du mécanisme aux phénomènes chimiques. Ce dernier point s’inscrit dans le cadre du séminaire de recherche sur « chimie et mécanisme au tournant du XVIIe et XVIIIe siècle » organisé par Bernard Joly. Parallèlement, sa recherche se porte sur la constitution de la pensée chimique des premières décennies du XIXe siècle, dans le but de proposer une lecture de la chimie qui s’inscrive davantage dans la continuité des deux siècles précédents, c’est-à-dire plus en accord avec le fait que Lavoisier a bien plutôt achevé une époque qu’il en a ouvert une nouvelle, la chimie du début du XIXe siècle, qui renoue avec des thèmes et des ambitions propres au XVIIe siècle en revendiquant des droits sur l’histoire naturelle, et en réactivant le débat sur la constitution intime de la matière.

 

2. La physique des Lumières

Gilles Denis poursuivra ses recherches sur l’histoire des relations existant entre la communauté des physiciens agriculteurs et le « mouvement des lumières » sur la question des maladie des plantes.

Anne-Lise Rey articule ses recherches autour de trois axes complémentaires. A partir de la mise en place de l’importance conceptuelle majeure que constitue la Dynamique de l’action dans la pensée de Leibniz, elle travaillera à l’étude des différentes définitions du concept de force et des formes de sa mathématisation entre 1728 et 1756, en prêtant une attention particulière au statut des Correspondances et au rôle des Académies des sciences, et tentera de proposer, à partir de là, une histoire philosophique du concept physique de force. Dans un deuxième axe de recherche, elle s’attachera, en une perspective différente, à analyser la figure d’un savant singulier : Denis Papin, à la fois contradicteur réfléchi de Leibniz sur le fondement de son principe de conservation de l’action motrice et inventeur ingénieux .

 

3. Les traditions nationales dans la science du XIXe siècle.

Gilles Denis contribuera à restituer les débats savants sur les maladies des plantes au XIXe siècle et mettra en perspective la naissance de la microbiologie. Il approfondira notamment les travaux de Pasteur sur les maladies du vers à soie, de même que les relations entre début de la phytopathologie et début de la microbiologie (1850-1890) en Europe et aux Etats-Unis. Ces deux études s’intéresseront aux transferts tout à la fois de concepts et de vocabulaires et de pratiques et de méthodes qui les caractérisent.

Ces différentes recherches, sur le long terme, doivent aider à éclairer l’histoire de l’évolution, les unes par rapport aux autres, de l’ensemble des disciplines abordant le vivant. Les frontières internes du champ des sciences s’intéressant au vivant et à la santé se sont en effet modifiées et ont évolué dans l’histoire, parfois différemment selon les pays. Ces différentes disciplines utilisent en partie certains concepts, théories, méthodes, instruments, en commun même s’ils n’ont pas souvent le même sens. G. Denis étudiera leurs transferts d’une discipline à l’autre et les conséquences que cela entraîne pour les disciplines d’accueil et pour la cohérence et la nature commune, s’il y a, de l’ensemble des sciences du vivant.

 

Robert Locqueneux va reprendre ses travaux sur la biographie d’Ampère, qui a reçu sa formation philosophique et scientifique des auteurs du XVIIIe siècle. Les positions qu'ils prirent pour intégrer l'attraction universelle à leur système de pensée ont pesé sur la manière d'aborder et d'interpréter les actions électrodynamiques ; en outre les premières préoccupations philosophiques d'Ampère sont dans la lignée de celles des encyclopédistes, ce que ses précédents biographes ont ignoré.

 

Bernard Maitte va développer ses recherches sur l’histoire de la cristallographie. Après avoir étudié la naissance de cette science au XVIIIe siècle et les œuvres de J.B. Romé de l’Isle  et de R.J. Haüy, il va s’attacher à montrer comment le XIXe siècle s’enrichit des traditions nationales qui s’y développent. La cristallographie française avec Delafosse et Bravais introduit et développe la notion de réseaux. En Allemagne, dans le cadre de la "Naturphilosophie", Weiss, Hessel, Schönche, Schöenflies introduisent les notions d’axes de symétrie   avec translation et dénombrent les classes de symétrie, les groupes d’espace. Toute cette activité s’accompagne d’une réflexion sur les relations entre propriétés physiques et symétrie qui s’épanouira avec les travaux fondateurs de Pierre Curie. Il s’attachera également à marquer les traditions nationales dans l’histoire des théories de la lumière.

 

Bernard Pourprix entame des recherches qui aboutiront à l’écriture d’un livre  « Dialogue  sur l’énergie ». Cet ouvrage s’inscrit directement dans le prolongement du précédent contrat de recherche. Il s’agit de mettre en perspective les travaux des deux illustres fondateurs de la physique de l’énergie, l’Allemand Hermann Helmholtz et le Britannique William Thomson (futur lord Kelvin). La position de la physique française à cette époque sera rappelée. Il s’agit là de problématiser le passage de la « physique de la force » à la « physique de l’énergie ». Les Français, attachés à la « physique de la force », ont tardé à franchir le pas…

 

4. Histoire et épistémologie des mathématiques.

François De Gandt poursuivra ses recherches sur la science physico-mathématique du XVIIIe siècle (d’Alembert et les prolongements de la science newtonienne ; les mathématiques de Maclaurin). Dans la continuité de ses travaux sur la phénoménologie husserlienne  et les sciences, il étudiera aussi les recherches de Husserl sur les objets mathématiques entre 1887 et 1900).

 

Sonia Couche s’attachera à mettre en évidence les ressemblances entre nombres entiers et polynômes, qui sont nombreuses : dans un cas comme dans l’autre, on a une division euclidienne, un entier se décompose de façon unique en produit de nombres premiers comme un polynôme se décompose de façon unique en produit de polynômes irréductibles…

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, il ne s’agit que de constatations sur deux domaines qui se sont développés indépendamment l’un de l’autre. L’analogie n’est d’ailleurs que rarement mentionnée. Mais dans un article de 1882, Dedekind et Weber se penchent sur ces ressemblances et développent une analogie effective entre nombres et fonctions algébriques. Elle aboutit à une théorie arithmétique des fonctions algébriques d’une variable. Revendiquée, cette analogie est particulièrement riche et relève plus d’une analogie multiple que d’une simple analogie.

Une lecture plus attentive permet de dégager une autre analogie dans leur travaux, plus discrète et subtile, qui permet de conjuguer rigueur algébrique et intuition géométrique. Si cette analogie est moins apparente et son action quasi souterraine, il ne faut pas pour autant négliger son intérêt provenant, en partie, de ce qu’elle est moins saisissable.

L’analogie entre nombres et fonctions, développée par Dedekind et Weber, marque le début d’une fécondation mutuelle des domaines numérique et fonctionnel, qui s’est poursuivie en 1902 par la création des nombres p-adiques de Hensel, et qui est encore à l’œuvre aujourd’hui.

 

5. Les transformations des sciences au XXe siècle.

Robert Locqueneux étudiera l’enseignement de la physique sous la Troisième République, lequel détermine profondément la réception qui sera faite en France de la physique quantique et de la relativité.

 

Bernard Maitte quant à lui développera son étude sur la notion de matière au XXe siècle en s’attachant à mettre en évidence comment la représentation réticulaire des cristaux et le principe de Curie nourrissent l’étude des propriétés physiques des solides (radiocristallographie, stéréochimie, études des spectres infra-rouge…).

 

 

Thématique 3. Savoirs et pratiques de pensée : sciences humaines, littérature (Responsable : Philippe Sabot).

Cette thématique se situe dans le prolongement de ce qui constituait l'Axe 6 (Philosophie, sciences humaines, littérature) de l'UMR "Savoirs et textes". Ce champ d’étude dont l'objet porte sur les disciplines aux limites parfois mal définies, moins nettement constituées que les sciences exactes, parce que leur contenu n’est pas toujours immédiatement objectivable, comme principalement les sciences humaines, dont l’épistémologie reste encore pour une grande part à élaborer, continuera à être exploré en étant clairement identifié de façon autonome comme un pôle de recherche à part entière. La « littérature » y sera étudiée comme un champ d’expériences de pensée qui, indépendamment de la dimension esthétique qu’elles peuvent présenter par ailleurs, concerne directement la philosophie et les problèmes théoriques et pratiques du savoir. Une des caractéristiques de cette thématique est la relation constante et nécessaire qu'elle entretient, par nature, avec les autres domaines de l'UMR "Savoirs, textes, langage".

 

"La philosophie au sens large" : groupe d'étude interdisciplinaire

 

Une coordination des différentes recherches poursuivies dans cette thématique continuera à être assurée par l'organisation d’un groupe d’études interdisciplinaire, “La philosophie au sens large”, animé par P. Macherey, qui réunit dans une même discussion des doctorants, chercheurs et enseignants chercheurs.

 

Archéologie de l'esthétique et des sciences humaines.

Le travail de Philippe Sabot sur Foucault se prolongera dans deux directions au moins.

Il voudrait d'une part redéfinir le domaine d’extension de l’esthétique foucaldienne en mettant en valeur la manière dont se nouent les rapports entre littérature et peinture dans l’œuvre de Foucault.  Il y a sans doute une archéologie de la peinture occidentale qui vient doubler et renforcer l’archéologie du savoir empirique : les analyses sur les tableaux de Vélasquez, de Magritte, de Manet (pour ne citer que les plus fameuses) complètent et élargissent l’analyse de l’expérience littéraire en s’inscrivant comme elle dans la perspective d’une mise en crise de la représentation. D'autre part, dans le but de rendre à l’“archéologie des sciences humaines” sa dimension de rupture, il conviendrait de mettre en perspective la lecture internaliste des Mots et les choses en la confrontant directement aux tentatives d’intégration philosophique des sciences humaines développés par Merleau-Ponty (La phénoménologie et les sciences de l’homme) et par Granger (Pensée formelle et sciences de l’homme) dans les années cinquante.

 

 

Philosophie et littérature.

Dans le cadre de la recherche sur les rapports entre littérature et philosophie, Philippe Sabot envisage d’abord de revenir (par la voie d’une publication) sur la seconde partie de son travail de thèse, consacrée à l’analyse d’œuvres de Sartre, Malraux et C. Simon, en montrant que l’“anthropoétique” qui forme l’inspiration commune des surréalistes (malgré leurs divergences), trouve sa limite dans une écriture de la guerre et de la “face cachée des choses” (pour reprendre une expression de C. Simon) qui manifeste, à un tout autre niveau et avec de tout autres enjeux, l’opération critique de la littérature comme opération de délégitimation du “grand récit” de l’Histoire.

Une autre dimension de cette investigation sur les rapports entre philosophie et littérature concernera ce que Philippe Sabot appelle une “histoire littéraire de la philosophie”, consistant à retracer, depuis les œuvres de la littérature, le cheminement de certains concepts, de certaines doctrines philosophiques (hégélianisme, nietzschéisme), en vue de faire ressortir les déplacements et les transformations qui affectent le philosophique lorsqu’il “passe” dans la littérature, lorsqu’il prend forme et sens dans une œuvre littéraire. Ph. Sabot a déjà pu mener cette investigation à partir du rapport entre Gide et Nietzsche (tel qu’il se noue et se dénoue dans L’Immoraliste autour de la question de l’individualisme) ou encore à partir des lectures ou relectures de Hegel qu’effectuent des écrivains comme Villiers de l’Isle-Adam (dont l’usage littéraire de l’hégélianisme de son époque diffère ainsi radicalement de celui qui prévaut chez Mallarmé, par exemple). Il voudrait donc, dans les années qui viennent, essayer de baliser davantage le champ de cette “histoire littéraire de la philosophie” (peut-être en privilégiant les différentes figures d’un hégélianisme littéraire à la française – ce qui lui permettrait de prolonger et de mieux mettre en perspective son travail  autour du surréalisme, et particulièrement de l’usage de certains aspects, variés et singuliers, de la pensée de Hegel chez Breton et chez Bataille).

 

Lecture de Deleuze

Le travail sur Deleuze, entamé avec la lecture de Différence et répétition, qui se fait dans un séminaire régulier de lecture qui rassemble doctorants et chercheurs confirmés se poursuivra également.

 

 

Thématique 4. Problèmes, moments et figures de la philosophie contemporaine (Responsable : Frédéric Worms).

Sous cet intitulé, l’équipe poursuivra l’entreprise de « généalogie critique de la philosophie contemporaine », déjà engagée dans le cadre du Centre Eric Weil. La recherche portera notamment sur l’analyse et l’édition critique de l’œuvre de Bergson, sur la philosophie d’Eric Weil (notamment sur le concept de reprise, qui permet de comprendre comment une même pensée, ou une même expérience, peuvent être exprimées dans des formes de discours différentes, éventuellement « distordantes ») et, d’une manière générale, sur la philosophie française après la deuxième Guerre Mondiale.

 

Opérations prévues :

- Journée d’étude sur Winnicott en 2005, dans le cadre du programme « Figures majeures de la philosophie des sciences humaines au XXe siècle » de l’Institut Erasme. Organisation : Frédéric Worms.

- Dans le cadre d’une convention entre l'Université de Lille 3 et l’Ecole Normale Supérieure de Paris, Frédéric Worms est par ailleurs directeur d’un centre international d’étude de la philosophie française contemporaine. Dans le cadre de ce partenariat entre l’UMR Savoirs, Textes, Langages et l’ENS de Paris, sera organisé en 2006 ou 2007 un colloque international sur « le moment philosophique des années 60 en France » (reprenant la méthode du colloque « le moment 1900 en philosophie » (octobre 2000, cf. bilan scientifique du Centre Eric Weil). Organisation : Frédéric Worms.

- Colloque pour le centenaire de l’Evolution créatrice en 2007 (organisation : Frédéric Worms).

Publications programmées :

Collectives

         - 2005 à 2007 : traductions d’ouvrages d’Eric Weil (coordination : Patrice Canivez, Gilbert Kirscher, Jean Quillien). Publications prévues : Logique de la philosophie (en allemand, aux éditions Dunkler & Humblot, Berlin), Philosophie politique (en roumain, aux éditions Pandora, Bucharest), Philosophie morale (en roumain, chez le même éditeur), Problèmes kantiens (en serbe, Belgrade)

         - sous la direction de Frédéric Worms, parution du volume III des Annales bergsoniennes (PUF, collection Epiméthée) : Bergson et la science (contenant notamment les Actes du colloque de Nice en 2003)

- 2007 à 2011 : édition critique des oeuvres de Bergson dans la collection PUF/Quadrige. Editeur : Frédéric Worms

Individuelles :

         - Histoire de la philosophie française au XXe siècle, Frédéric Worms (possible éditeur : Gallimard)

- Problèmes bergsoniens et Bergson et ses contemporains, recueils d’articles par Frédéric Worms

L’Attachement et la rupture. Essai sur les relations entre la morale et la vie, Frédéric Worms.


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ANNEXE : ARCHEOLOGIE EN NUBIE SOUDANAISE

 

Les travaux de recherche de Florence Thill en Egyptologie se poursuivront eux aussi. Durant les quatre années à venir, outre l’achèvement de la publication en cours de la nécropole égyptienne du Nouvel Empire SAC5 de Saï, est prévue l’édition d’un « Catalogue des inscriptions hiéroglyphiques de Saï », en collaboration avec deux autres égyptologues.


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Projets "transversaux"

 

         Il est un peu artificiel de distinguer ces projets de ceux qui ont été exposés dans ce qui précède, puisque les Domaines de la nouvelle unité de recherche, tels qu'ils sont définis, sont voués à entretenir un dialogue constant les uns avec les autres et que les projets présentés par Domaine sont pour beaucoup d'entre eux naturellement interdisciplinaires (voir, entre plusieurs autres exemples, le projet de Shahid Rahman et Laurent Keiff – ci-dessus, Domaine 3, Thématique 4 – sur les "Nouvelles pistes pour la coopération entre histoire et philosophie des sciences", qui implique la participation de linguistes, de philosophes et d'historiens des sciences, le séminaire de P. Macherey : "La philosophie au sens large" – Domaine 4, Thématique 3 –, ou le projet de séminaire sur l'argumentation aristotélicienne coorganisé par M. Crubellier et S. Rahman – Domaine 2; Thématique 2).

         On citera pourtant ici les projets qui impliquent la participation de membres des trois anciennes équipes de recherche. Certains ne font que perpétuer une collaboration scientifique qui s'est instaurée depuis plusieurs années déjà, d'autres ont émergé des possibilités nouvelles que permettra le regroupement des trois centres de recherche.

 

         On mentionnera tout d'abord deux colloques prévus en 2005, qui, avant même le regroupement prévu, marque la collaboration étroite qui existe depuis plusieurs années entre l'UMR "Savoirs et textes" et le Centre Eric Weil.

         Aura lieu du 26 au 29 mars à Lille 3 un colloque organisé par Patrice Canivez (Centre Eric Weil), Shahid Rahman et Alexandre Thiercelin (UMR "Savoirs et textes") : "Argumentation et droit".

L’argumentation et le droit se sont toujours constitués en interaction. Mais à l’époque de Leibniz, et dans le contexte général d’une réflexion sur l’unité du droit et la possibilité de le concevoir comme une science autonome, cette interaction a permis l’ouverture d’un nouvel horizon problématique : y a-t-il une logique qui caractérise en propre l’argumentation juridique ou faut-il dire que celle-ci n’est que l’application d’une “logique universelle” ? Ce serait certainement une erreur que de choisir l’un ou l’autre des termes du dilemme. En effet, si l’analyse de l’argumentation juridique doit faire apparaître une logique spécifique à l’œuvre dans la pratique des juristes, rien n’empêche ensuite d’appliquer cette logique à d’autres domaines que le droit. Les développements récents qu’ont connus les théories de la révision de la croyance et du raisonnement non monotone, elles-mêmes issues d’un intérêt initial pour l’argumentation juridique, en sont l’une des preuves les plus manifestes. Le projet problématique de Leibniz conserve donc toute sa radicalité aujourd’hui. C’est pourquoi ce colloque sera dédié à la mémoire de Carlos Alchourrón (1931-1996) dont l’ambition fut de reprendre la problématique leibnizienne sur la base des acquis les plus contemporains de la logique déontique. Ce colloque a pour ambition d’être un lieu de recherche inter- et transdisciplinaire, c’est-à-dire une occasion, pour des juristes, des philosophes et des logiciens, d’approcher ensemble la spécificité de l’argumentation juridique. Trois thèmes d’étude ont été retenus :

-         signification et argumentation juridique

-         logique et droit

-         fiction et droit

 

Deux journées d'étude sur "La vie pulsionnelle. Entre philosophie, métapsychologie, éthique et politique" seront organisées les vendredis 28 janvier et 13 mai 2005 par Olivier Putois (Paris IV), Guillaume Sibertin-Blanc (UMR "Savoirs et textes") et Frédéric Worms (Centre Eric Weil). Ces journées porteront sur un concept qui travaille un grand nombre de savoirs et de pratiques contemporains : le concept de pulsion. Sont évidemment concernées la psychopathologie clinique et la psychanalyse, mais aussi la politique et le droit, tant dans leur réflexion théorique que dans leur mise en œuvre effective par des pouvoirs spécifiques de jugement, de décision et de coercition. Dans le champ philosophique, il ne semble recevoir actuellement qu’une place mineure. Il fut pourtant une pointe créatrice des années 1960-1970, lorsque, le freudo-marxisme tombé en désuétude, certains philosophes « post-modernes » entreprirent un investissement direct des recherches en sciences humaines et sociales (Deleuze, Lyotard). Dans un contexte sans doute très différent, la question se pose aujourd’hui de savoir si cette notion serait susceptible d’une reprise, dans le mouvement pluriel de ce que l’on serait tenté d’appeler, à la façon impropre des étiquetages, les nouvelles philosophies de la vie (J.-C. Goddard, G. Le Blanc, P. Montebello, F. Worms).

Mais pour lors, le concept de pulsion ne semble pas susciter l’interrogation large que ces usages, actuels ou virtuels, appellent pourtant. La fécondité des recherches structuralistes d’une part, le succès emporté par les modes de formalisation privilégiés en sciences cognitives d’autre part, ont sans doute contribué fortement à cette éviction. C’est cette éviction même qui fait problème : elle semble avoir eu pour effet une dissémination et une dissimulation de l’impact théorique de la notion de pulsion, plutôt que son annulation.

Ce constat liminaire fournit, en forme d’interrogation, l’argument de ces journées d’études : il n’y a pas d’évacuation possible, psychanalytique ou autre, de la notion de pulsion, parce que celle-ci n’appartient en propre à aucune approche mais reste indissociable des multiplicités de discours et de pratiques dans lesquelles elle est sédimentée. Autrement dit, la notion de pulsion est redevable à la fois, quant à son sens, d’une généalogie complexe (philosophique, biologique, psychologique, clinique, politique et juridique), et quant à ses usages, d’une pluralité de contextes théorico-pratiques qui en différencient les niveaux de pertinence. C’est pourquoi elle réclame une thématisation proprement philosophique localisée à la croisée de ces contextes, et dont le but serait de les mettre en dialogue. Ce sera le but de ses journées où interviendront doctorants et chercheurs plus confirmés venus de domaine aussi divers que la philosophie, les sciences politiques, la psychanalyse, le droit, les études théâtrales.

Programme (certains titres sont encore à préciser)

28 janvier 2005 : Problématisations philosophiques et psychanalytiques de l’objet métapsychologique : vie, inconscient, affects – naturalisme et structuralisme

- Jean-Christophe Goddard (Université de Poitiers) : "Autour du problème du statut métaphysique de la pulsion"

- Arnaud François (Lille) : "Affect, instinct, pulsion chez Schopenhauer et Nietzsche".

- Frédéric Worms (Lille) : "Philosophie de la vie et concept de pulsion"

- Olivier Putois (Paris IV) : « Faut-il être naturaliste pour parler de pulsion ? ».

- Hervé Castanet (Psychanalyste, Université Aix-Marseille) : « L’ “objet a” comme fonction de l’inguérissable structural ».

- Christiane Alberti (Psychanalyste, Université de Toulouse) : « Lacan et Türing ».

- Anne Boissière  (Lille) : "Autour du rapport philosophie / psychanalyse".

20 mai 2005 : Problématisations éthiques, politiques et juridiques de la pulsion 

- Guillaume Sibertin-Blanc (Lille) : « Des pulsions dans l’infrastructure ? Divergences dans la trinité Marx-Freud-Nietzsche, du freudo-marxisme à la schizo-analyse ».

- Christophe Premat (IEP de Bordeaux) : « L’impasse pulsionnelle selon Castoriadis (Castoriadis lecteur critique de Freud et de Lacan) ».

- Hélène L’Heuillet (Paris IV) : « Éléments pour une généalogie de la violence politique : pulsions et terrorisme ».

- Armelle Talbot (Lyon II Lumière) : « Les pulsions fascistes dans la dramaturgie d’Ödon von Horváth ».

- Régis Ponsard (Paris I Panthéon-Sorbonne) : « Pulsions et catégorisation juridique : objectivité et idéologies dans l’énonciation, la science juridique et la concrétisation organique de dispositions du droit pénal ».

- Nicolas Barret (Substitut du Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Nîmes) : « Politiques du ministère publique, réquisitoires et pulsions : cécités, instrumentalisations ou expertises ? ».

- Stéphane Legrand (Lille) : « Pulsions et expertise psychiatrique ».

 

         Les activités dans le cadre du réseau international "Herméneutique, mythe et image" se poursuivront. Les responsables pour Lille III étaient et resteront Denis Thouard (avant membre de "Savoirs et textes") et Ch. Berner (avant membre du Centre Eric Weil), qui avaient organisé ensemble dans ce cadre le colloque de Lille en 2004 sur les concepts de l'herméneutique (voir le rapport d'activités de l'UMR "Savoirs et textes").

 

         Dès 2006 seront organisées des journées doctorales transversales. Le but est d'étendre ce qui se faisait déjà dans les Axes 1 et 2 de l'UMR "Savoirs et textes", où les doctorants travaillant sur des textes classiques, philosophiques ou littéraires, présentaient l'état de leur travail et les questions qu'il leur posait dans un séminaire commun aux deux axes ("Poésie et philosophie : présentation de travaux). Etant donné l'accroissement du nombre de doctorants produit par le regroupement de trois équipes, on substituera à un séminaire régulier une ou deux journées doctorales dans l'année, où les doctorants qui le désirent pourront présenter leur travail sous un angle qui puisse pleinement parler aux autres doctorants de l'équipe. Le thème choisi pour la première journée, naturellement fédérateur eu égard à la composition de l'UMR, sera le langage.

 

Nous travaillons en outre à un projet de groupe de travail qui serait coordonné par Laurent Keiff et Stéphane Legrand sur la traduction qui devrait se mettre en place dès 2006. Le sujet intéresse à des titres divers mais tout autant linguistes, philologues, philosophes et historiens des sciences de l'équipe, qui se sont tous à un moment ou à un autre, d'un point de vue théorique ou pratique, attachés à ce problème, et bénéficiera donc de l'expérience de tous sur un sujet crucial pour les sciences humaines. Y seront abordées les questions suivantes :

- peut-on considérer la traduction comme une science sans le cadre de référence d'une caractéristique ou d'une langue universelle, déterminant le contenu dans l'absolu d'un énoncé, auquel toute traduction est en droit mesurable ?

- quels critères élaborer pour déterminer l'identité de deux unités linguistiques dans deux langues différentes, différentes ; est-il possible de considérer des unités comme équivalentes dans l'absolu, ou cela est-il possible uniquement par rapport à un but donné ; et à quel niveau faut-il se placer pour construire les unités pertinentes pour la comparaison (niveau phonologique, morphologique, syntagmatique, textuel, etc.) ?

- la traductologie peut-elle faire abstraction de la coexistence de ces différents niveaux dans le texte ? A titre d'exemple, la prise en compte des différences de degré de subduction, au sens de G. Guillaume, entre auxiliaires de différentes langues, même romanes, qui interdit l'identification simple des « termes » de la langue, y compris là où l'un doit nécessairement être traduit par l'autre (e.g. esp. « ser », fr. « être »), impose de faire intervenir le contexte syntagmatique large pour réaliser la traduction pertinente d'un seul « mot » (la sélection de « ser » implique la non sélection de « estar », opposition sélective d'ordre paradigmatique non impliquée par l'usage de « être » et qui doit donc être indiquée par des modalisations accessoires dans la chaîne syntagmatique - la question de la traduction, du point de vue de la théorie linguistique, ouvre d'importantes perspectives sur le délicat problème du partage entre les deux axes de la langue).

- Les problèmes pratiques de la traduction n'interdisent-ils pas la présupposition d'un référent extralinguistique commun aux différentes langues (contenu de signification ; forme logique abstraite) ? La traduction est-elle « radicalement impossible » au sens de Quine ? Et si tel est le cas, la prise en compte des complications liées à l'activité de traduction ne pourrait-elle pas ouvrir à une meilleure compréhension du rapport intralinguistique entre expression et contenu ? Différentes positions seront représentées dans la future entité sur ces questions, ce qui doit conduire à des débats fructueux.

- A un niveau plus historique : quelles sont les formes canoniques du raisonnement par lequel on préfère une traduction à une autre ? Peut-on élaborer une méthode permettant de déterminer la meilleure traduction d'un texte ; ou bien seulement si une traduction donnée est effectivement la meilleure ; ou (encore moins ambitieux) de deux ou plusieurs traductions données laquelle est la meilleure ? (question posée par Chomsky à propos de l'évaluation possible des grammaires). Ces questions ont-elles un sens en général, ou seulement en fonction de buts précis de la traduction ?

En ce qui concerne le corpus de référence, ce qui nous intéresse serait de faire dialoguer : a) certains textes du corpus philosophique classique ; b) les tentatives de formalisation qu'on dira (très rapidement) logicistes [une meilleure expression serait à trouver] ; c) la jeune science nommée « traductologie » (Berman, Chevalier, Meschonnic, Delport, Bonnot...). En somme, chaque séance verrait la confrontation entre les analyses  classiques et les recherches contemporaines. La confrontation avec des linguistes pratiquant la traduction venant de SILEX et avec les projets de développement de la recherche et de la formation en TAO (Traduction Assistée par Ordinateur, cf. l'ouverture d'un poste de MCF spécialiste en TAO pour la campagne de recrutement 2005) ne pourra qu'être fructueuse. De même, les enseignants-chercheurs de SILEX travaillant sur la théorie et la pratique de l'interprétation entre une langue signée (LSF) et une langue orale (le français) devraient pouvoir contribuer de façon stimulante à la discussion, vu les spécificités de leur objet d'étude : traduction simultanée et intermodale.

 

         A moyen terme, nous projetons plus généralement de lancer un cycle de séminaires sur les confrontations entre approches linguistiques et philosophiques sur différentes questions centrales. Voici quelques exemples qui s'imposent immédiatement étant donné les champs de recherche des membres de la future UMR.

         Marleen Van Peteghem poursuit un travail internationalement reconnu sur les marqueurs grammaticaux signifiant l'identité et la différence (par exemple, entre autres, même, autre, différent, etc.) qu'il serait très intéressant de confronter à des approches logiques et ontologiques des mêmes questions.

         Daniele Van de Velde poursuit un projet de recherche important sur l'ontologie « naïve » incarnée par le langage naturel, notamment en ce qui concerne les actions, les événements, les états, les faits, les propositions. Cette problématique a été au centre des questions de métaphysique depuis Aristote jusqu'à Davidson et Chisholm, et il serait très utile de comparer de façon systématique les deux approches.

         Philip Miller travaille sur les verbes de perception. Une fois de plus, la perception est une des questions centrales de la philosophie depuis l'Antiquité jusqu'aujourd'hui et des travaux comparant le traitement linguistique ordinaire de la perception avec les théories métaphysiques et épistémologiques seraient du plus grand intérêt.

 

         Nous réfléchissons aussi à la possibilité de donner une extension nouvelle au GDR de linguistique grecque, dont l'UMR "Savoirs et textes" fait partie, et qui vient au terme de son existence en 2005.

 

         - La revue interdisciplinaire Methodos, créée par l'UMR "Savoirs et textes" et devenue depuis 2004 électronique (http://methodos.revues.org), a pour but de remettre en question l'opposition traditionnelle entre cultures littéraire et scientifique et accueille des articles qui mettent en évidence leur méthode et en perspective les catégories interprétatives utilisées. Les articles déjà publiés relevaient déjà non seulement des domaines de la philologie classique, de la philosophie et de l'histoire des sciences, mais aussi de la linguistique (voir l'article de F. Rastier, "L'être naquit dans le langage", n°1, p. 101-130) ou de l'esthétique (cf. l'article de Jenny Slatman, "L'imagerie du corps interne", n°4). A côté de ses revues spécialisées de linguistique (Lexique) et de philosophie ancienne (Philosophie antique), Methodos continuera donc tout naturellement de refléter les préoccupations interdisciplinaires de la nouvelle équipe.


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