Séminaire des Linguistes STL

 

14h-17h, salle D. Corbin

 

Année 2008-2009

 

Résumés des interventions

 

 

 

Vendredi 9 janvier 2009

 Intervenant : Nick Riemer (Université de Sydney, Australie)

Titre : “The 'Semantic evidence for polysemy' principle: counterexamples from English” (le résumé est en anglais mais la conférence devrait être en français)

Résumé 

The assumption that variation in grammatical form must be accompanied by variation in meaning is widespread in linguistics. Goldberg (1995), for example, articulates the ‘principle of no synonymy’, according to which ‘if two constructions are syntactically distinct, they must be semantically or pragmatically distinct (1995: 67).  More bluntly, Clark (1987:2) states the 'Principle of Contrast', according to which ‘any difference in form in a language marks a difference in meaning. Many research traditions in linguistics emphasize the fundamental isomorphism between a word’s semantic structure and its syntactic properties; Hovav and Levin, indeed, claim that the identification of a certain subpart of verb meaning as determinative of syntactic behaviour is ‘a major achievement of recent lexical semantic research (1998:106). In this talk I present evidence against a related and frequently-invoked heuristic in linguistic research: the use of syntactic phenomena as evidence for distinctions between putatively polysemous senses of words.  This ’Syntactic evidence for polysemy principle (SEP) is appealed to in many varieties of linguistic argumentation. According to SEP, a linguistic unit can be shown to be polysemous on the basis of the existence of differing syntactic options (valence, complement structure, construction, etc.) associated with each putatively separate sense.   The number of distinct syntactic options associated with a lexeme thus unambiguously individuates that lexemes senses.  A criterion like SEP forms an important part of many linguists working models of the lexicon, and plays a significant part in guiding inquiry into semantic representation. Discussion of the empirical and theoretical context of SEP will permit the examination of a constellation of related issues raised in explorations of the syntax/semantics interface and of polysemy (sense individuation).

Vendredi 13 février 2009

 

Intervenant : Roland Noske (Université de Lille 3)

Titre : « La ‘loi’ de Verner comme résultat de l’interaction entre voisement intervocalique et rétraction vers la coda »

Résumé

 

Verner (1877) présente sa ‘loi’ comme une exception à celle de Grimm : les plosives qui suivent une syllabe non accentuée en indo-européen sont voisées et deviennent donc des plosives sonores au lieu de fricatives sourdes comme le prédit la loi de Grimm. La loi de Verner a été l’objet d’une littérature abondante (voir Rooth, 1974). Parmi les problèmes majeures liés à cette ‘loi’ on peut mentionner :

i.   la chronologie du changement : la loi de Verner réfère à la place de l’accent dans l’indoeuropéen (libre ou phonémique), tandis que Verner la place chronologiquement après celle de Grimm (qui est conditionnée par l’accent initial du germanique).

ii.   les détails phonétiques du changement : Verner, et d’autres avec lui, supposent que sa loi s’est appliquée après celle de Grimm, raison pour laquelle on est forcé de postuler un processus de déspirantisation (ou d’occlusivisation) qui  annule le fonctionnement de la loi de Grimm : par ex. dans le cas du changement  t > d, comme   pitár (sanskrit) versus fædar (vieux anglais) : t > θ (par la loi de Grimm)> *đ(par la loi de Verner)> d (par occlusivisation).

Dans une proposition radicale et audacieuse, Vennemann (1984), s’inspirant de l’hypothèse glottale (pour un aperçu, voir Clackson 2007 : 45-48), suppose que le voisement de Verner avait lieu avant la mutation de l’accent en germanique et avant la spirantisation. Cette proposition implique que le voisement de Verner a en quelque sorte « saigné » l’application de la loi de Grimm dans des cas comme celui du vieil anglais fædar. Il n’y est donc plus besoin d’occlusivisation.

Cependant, Vennemann ne traite pas la question de savoir pourquoi le voisement n’a lieu qu’après une syllabe inaccentuée. Il ne mentionne que le terme ‘contexte de Verner’ (Verner-Umgebung, 1984 : 21).

Cette question sera l’objet de cette communication. Plus précisément, je montrerai que la rétraction d’une consonne vers la coda, constaté pour l’anglais par Hoard (1971) ainsi que par Wells (1990), est la base d’explication du fait que le voisement ne fonctionne qu’après une syllabe inaccentuée.

Références :

Clackson, James. 2007. Indo-European Linguistics. Cambridge: Cambridge University Press.

Grimm, Jacob. 1822. Deutsche Grammatik. vol. I. 2ème éd. Göttingen: Dieterich.

Hoard, James E. 1971. ‘Aspiration, Tenseness, and Syllabication in English.’ Language 47, 133-140.

Rooth, Erik. 1974. Das Vernerische Gesetz in Forschung und Lehre. Lund: Gleerup.

Vennemann, Theo. 1984. ‘Hochgermanisch und Niedergermanisch.’ Beiträge zur Geschichte zur deutschen Sprache und Literatur (Tübingen) 106, 1-45.

Verner, Karl. 1877. ‘Eine ausnahme der ersten lautverschiebung.’ Zeitschrift für vergleichende Sprachforschung auf dem Gebiete der indogermanischen Sprachen 23, 97-130.

Wells, John C. 1990. ‘Syllabification and Allophony.’ In Ramsaran, Susan (ed.), Studies in the pronunciation of English, a commemorative volume in honour of A.C. Gimson. London & New York: Routledge, 76-86. Téléchargeable de: http://www.phon.ucl.ac.uk /home/wells.

 

 

Intervenant : Anne Jugnet (Université de Lille 3)

Titre : « Des subordonnées introduites par "when" arguments ou adjoints ? »

Résumé

On s'intéressera aux propriétés de subordonnées introduites par "when" dont le statut sémantique et syntaxique n'a que rarement été étudié. Il s'agira en premier lieu de déterminer si les subordonnées, dans les exemples du type (1) à (4) ci-dessous, doivent être considérées comme des arguments objets du prédicat, ou plutôt comme des circonstancielles (indiquant le moment où la relation prédicative de la principale est validée, et décrivant indirectement l'objet).

(1) I hate it when mommy and daddy fight.

(2) I find it strange when someone says "I've never seen snow".

(3) I don't care when people say I'm ugly.

(4) The accident is going to delay when the plane will take off.

Il s'agira d'identifier quels paramètres syntaxiques et sémantiques classiques permettent de définir le statut de ces subordonnées, et d'identifier une frontière claire entre arguments et adjoints.

 

 

Les vendredis 13-03, 10-04 et 15-05

 

 

Coordinateur : Rafael Marin (Université de Lille 3)

Thème de l’atelier : Les nominalisations

Cet atelier, structuré en trois séances, fait partie du projet NOMAGE :

http://stl.recherche.univ-lille3.fr/programmesetcontrats/NOMAGE/NOMAGEenglish.html

mais il peut être suivi de façon autonome.

 

Organisation des séances, thèmes abordés :

séance du 13 mars : séance consacrée à l'étude des noms déverbaux statifs, animée par Pauline Haas, Richard Huyghe, Anne Jugnet et Rafael Marin.

travaux étudiés

 

séance du 10 avril : Isabelle Roy (Univ. de Tromso) : "Les noms déadjectivaux et la structure interne de l'adjectif".

Résumé

La plupart des travaux sur les nominalisations s'intéresse aux noms déverbaux, et beaucoup moins d'attention a été portée dans la litérature aux noms déadjectivaux dont les propriétés syntactiques et sémantiques internes sont pour une grande part méconnues. Prenant comme point de départ le contraste en (1), nous nous attacherons à montrer que la formation de noms déadjectivaux est contrainte par le type sémantique de l'adjectif servant de `base' à la nominalisation, restreignant les adjectifs possibles aux intersectifs, c'est-à-dire, descriptivement, ceux qui peuvent apparaître en position de prédicat:

(1)   a. une voyelle nasale --  la nasalité de la voyelle
       b. une cavité nasale -- *la nasalité de la cavité

Cette généralisation peut être expliquée si nous admettons deux sources pour l'adjectif (une structure prédicative PredP vs. un simple AP) et que les suffixes nominaux sont la réalisation de la tête Pred (présente avec les adjectifs intersectifs seulement) dans le domaine nominal. Cette analyse semble impliquer que les noms deadjectivaux doivent se comporter comme une classe homogène en ce qui concerne leur structure argumentale et leur interpretation (propriétés que nous lions à la présence vs. absence de Pred; comme c'est le cas dans les approches syntactiques récentes à la formation des noms déverbaux; cf. Alexiadou 2001, Borer 2001, 2003). Hors, nous montrons que les noms déadjectivaux se divisent en deux classes distinctes: noms d'état et de qualité, dont les propriétés diffèrent. Nous montrerons comment les propriétés respectives des deux classes de noms peuvent être dérivées de notre analyse; et par là même en quoi la formation de noms déadjectivaux diffère de celle des déverbaux.

séance du 15 mai : l’étude sémantique d’un type particulier de nominalisations, celles que l’on dit « concrètes » ou « de résultat ».

cette séance est reportée à une date ultérieure (à préciser).

 

A la fin du semestre (18-19 juin), est prévue une double Journée d'Études sur les nominalisations, à laquelle seront conviés des spécialistes du domaine (le programme n’est pas encore définitivement arrêté, il sera publié dès que possible).

- séance supplémentaire du 3 avril 2009

Intervenant : Rudy Loock (Université de Lille 3)

Titre : « L‘antéposition attitude’ : phénomène de mode ou morphosyntaxe innovante ? »

Résumé

Dans le cadre de cette communication, nous proposons de nous pencher sur la présence au sein du système linguistique français de la structure N1 N2, où N2 serait le nom-tête tandis que N1 serait un modifieur. Si le substantif peut en français servir dépithète (cf. travaux de Noailly notamment), celui-ci est en règle général postposé (ordre progressif), le nom-tête étant placé à gauche du modifieur. Or, corpus à lappui, nous souhaitons montrer que, sous une certaine influence de la langue anglaise dont il conviendra de déterminer lampleur, lordre inverse, à savoir lordre régressif, est également possible. Si la plupart des exemples se trouvent hors syntaxe et représentent soit un calque direct de langlais ("la Star Academy ", "un box-office record"), soit une pulsion ludico-médiatique voulant imiter la langue de Shakespeare ("un job salon", "un droite test"), on peut néanmoins sinterroger sur une possible indépendance de ce type de composition vis-à-vis de la langue anglaise : que dire en effet dexemples tels que "la Marcelle solidarité" ou encore des exemples " la N attitude" qui inondent les médias et pour lesquels aucun « équivalent direct » anglo-saxon ne peut être trouvé ?

Intervenant : Marine Vuillermet (DDL / Université de Lyon 2)
Titre : Complexité aspectuelle : le cas de l’ese ejja

Résumé 

L’ese ejja [ese?exa] est une langue tacana parlée en Amazonie (SE du Pérou et NO de la Bolivie) par environ 1500 locuteurs. Les données présentées proviennent de mes terrains effectués en Bolivie entre 2005 et 2008. Cette langue a des verbes de posture utilisés non seulement pour la construction locative de base mais surtout dans le discours pour exprimer une grande variété de nuances aspectuelles et temporelles, en plus de marques de temps/aspects spécifiques au domaine de l’espace. Par exemple,  être assis, debout, allongé ou flottant sont utilisés pour marquer le présent (PRS). Être assis est la forme la plus neutre qui perd souvent son sémantisme, alors que les autres formes conservent leur sémantique –souvent lorsque la position est marquée. L’imperfectif (IPFF) – dans un autre ‘slot’ du gabarit verbal – semble également utiliser être assis par défaut, être debout paraissant impliquer plus de contrôle sur l’action. Aller marque l’itératif (ITR), et danser semble marquer un itératif moins bien connoté.
        D’autre part, deux constructions plus complexes l’une avec un auxiliaire, l’autre avec un verbe déictique et un verbe de posture –venir debout, servent également à exprimer une forme de progressif. Ces constructions surprenantes ne marquent pas leurs arguments de manière prototypique : dans cette langue ergative, les deux arguments sont marqués à l’absolu (ø).
        Après avoir fait leur inventaire, nous tenterons de dégager quels traits sémantiques interviennent dans le choix des différents morphèmes et constructions.

ANNEXE : exemples de l’utilisation de verbes de posture pour exprimer temps/aspect en ese ejja :

  1. Ekwana     iña-iña-neky-ani.

1pl.ABS      attraper-RED-ê.debout/IPFF-ê.assis/PRS
Nous attrapons (les poissons).

  1. Onaya (…) pa-ani-naje-tii                          meka-xe.

3pl.ABS      pleurer-ê.assis/IPFF-PAS-INTENS         la.nuit
Ils ont pleuré toute la nuit.

  1. Ma  ona-a,      etii-kya-a         wowi-ka-poky-ani-naje             dexa-jo.

cela 3indef-ERG                      anciens-PL-ERG                         raconter-3-aller/ITR-ê.assis/IPFF-PAS homme-LOC
C’est cela que les anciens avaient l’habitude de raconter sur l’homme.

  1. Ejyaxi-a  ke-jo        sanino    tewe   bana-majamaja-ka-(a)ni.

père-ERG champ-LOC           pastèque noir     semer-danser/ITR-3- ê.assis/PRS
(Son) père sème n’arrête pas de semer des pastèques noires.
(lit : il sème-danse-assis des pastèques noires).

  1. Jackson  exawi wesh ixya   po-ba'e.

1pl.ABS-ø   banane         cru-ø  manger         AUX.intr-flotter/PRS
Jackson est « flottant » en train de manger une banane.
(lit : il flotte à manger des bananes)

  1. Owe  kwiixi-ø    akwixaxa-ø  wojo   kwe-ki.

un      homme-ø  fruit-ø        cueillir venir-ê.debout/PRS
Un homme est en train de cueillir des fruits..
(lit :il vient debout à cueillir des fruits)

 

Vendredi 12 juin 2009

Après-midi thématique sur les grammaires de l’Inde

Intervenant : Pascale Haag (EHESS)

Titre : « La grammaire de Panini. Structure et méthodes »

Résumé

Nous proposons une introduction aux principes techniques de la grammaire de Pânini, qui mettra en évidence la logique interne de la théorie pâninéenne (qui diffère beaucoup des présentations classiques occidentales en systèmes) ; celle-ci apparaît en effet comme une méthode qui procède par substitutions successives, à partir des fonctions logiques et des classes grammaticales les plus générales, pour aboutir aux formes spécifiques de la langue sanskrite que l'on veut obtenir.

 

Intervenant : Émilie Aussant (EHESS)

Titre : « Pravrtti-nimitta : la “cause d'application” des mots »

Résumé

Il a souvent été dit que les théoriciens indiens du langage ne distinguaient pas entre « sens » et « référence », le terme « artha » étant en effet employé pour désigner ces deux concepts. Mais il est une notion, celle de « cause d'application » (pravrtti-nimitta), qui montre que « sens » et « référence » constituaient bel et bien deux notions distinctes pour ces penseurs. C'est ce que nous montrerons lors de notre intervention, à travers la lecture de textes sanskrits de grammaire et de logique.

 

Vendredi 26 juin 2009

 

 

Intervenant : Céline Corteel (Université de Lille 3)

Titre : « Vous avez dit même ? Sur l’encodage des arguments de même exprimant l’identité »

Résumé 

 

La présentation portera sur l’adjectif même, dont les propriétés – pour le moins déroutantes – en font un véritable trouble-fête dans le paysage adjectival. Nous nous attacherons à mettre en lumière la spécificité sémantico-référentielle de l’adjectif, sur la base de l’examen des différentes possibilités d’encodage syntaxique de ses arguments sémantiques. Il en ressortira que l’interprétation de même est foncièrement liée à des effets de distributivité, sans lesquels on ne saurait accéder aux arguments de l’adjectif.

 

 

Intervenant : Christopher Pinon (Université de Lille 3)

Titre : « Une sous-classe d'adverbes de manière : les adverbes de degré de perfection »

Résumé

Les adverbes comme 'parfaitement', 'bien', 'admirablement', '(il)lisiblement' etc. sont des adverbes de manière qui expriment quelque chose à la fois sur le degré de perfection de l'événement et sur le résultat de cet événement :

(1)  Juliette a peint admirablement.

(2)  Thomas a écrit illisiblement.

(1) et (2) impliquent que le produit de l'événement en question (la chose peinte, la chose écrite) est admirable ou illisible. Dans cette intervention, je tenterai de voir comment de tels adverbes peuvent être analysés.