La mathématisation en chimie au XVIIIe siècle

 

par

 

Rémi Franckowiak

 

Jeudi 6 mars 2008 de 17h à 19h

Lille 1 (métro cité scientifique)

UFR de Physique – bâtiment P5 bis

Salle du Conseil – 2ème étage

 

Selon Buffon, aux mathématiques correspondent l’arbitraire, l’abstrait et l’évidence ; alors que la physique, ou plutôt le physique, exprime le réel et la certitude. Toutefois, les principes de la chimie doivent être selon lui réunis à ceux de la « haute physique » ; autrement dit, les affinités singulières de la chimie doivent, pour être comprises, être interprétées par la loi d’attraction de Newton exprimée suivant la raison inverse et exacte du carré de la distance des masses. De leur côté, les chimistes revendiquent une approche « approximative » de la même réalité certaine. Parler de « rapports », de « convenances à l’union », d’« affinités » et non d’une loi universellement applicable, est une « façon [qui] leur paroît très philosophique : elle est dans la bonne manière de Newton, et sera dans celle des Philosophes de tous les temps ». Aussi le très faible degré de mathématisation de la chimie au XVIIIe siècle a-t-il davantage représenté une difficulté pour certains newtoniens que pour les chimistes eux-mêmes, voyant l’application de la grande loi de la nature du maître ainsi limitée par les phénomènes chimiques. C’est en fait par une différence de regard porté sur le monde physique que peut se comprendre cette différence de position, plutôt que par un refus des chimistes de faire entrer le nombre dans leur discipline (qui se fera mais sous une autre forme). Les chimistes, depuis le début du siècle, affiche leur renoncement à toute forme a priori de maîtrise intellectuelle de la matière, prennent le parti d’un monde sans nature, sans principe d’unité, sans raison métaphysique, sans réalité invisible cachée sous le sensible ; un monde dans lequel il y a approbation inconditionnelle de l’existence des corps et des faits chimiques, et non plus acceptation de leur existence sous réserves de justification théorique.