Rapport de Mission

Claudio Majolino
Maître de conférence en « Philosophie du Langage »
Université Lille III, UMR 8163 STL

 

Du 12 au 26 septembre 2008 je me suis rendu à l’Université de Seattle, Washington, invité par le directeur du Département de Philosophie et titulaire 2007-2009 de la chaire Pigott-McCone, Burt C. Hopkins. L’invitation s’est déroulée dans le cadre des “Pigott-McCone Endowed Chair Lectures on Philosophy”, une série de conférences assurées par des chercheurs internationaux, organisée avec un budget spécial alloué au titulaire de la chaire Pigott-McCone. J’ai donc tenu deux leçons devant un publique de collègues dans le « Philosophy Seminar » au « College of Art and Science » (le 15/09 et le 18/09) et j’ai conclu mon cycle d’interventions avec la « First Fall Lecture », leçon plénière tenue devant un publique de collègues de différentes disciplines et d’étudiants au « Schaefer Auditorium » le 25 septembre (document joint). Puisque l’intitulé des conférences de cette année était The Digitalization of Reality, j’ai regroupé mes leçons autour de la question « What is real in “reality” »? A phenomenological sketch », question que j’ai déclinée de la manière suivante : j’ai d’abord discuté de la notion husserlienne de « caractère doxique » introduite dans les Idées directrices (§§ 103-114) ainsi que de la relation entre réalité et croyance (le Belief étant le mode doxique propre de la réalité), pour finalement analyser la possibilité et le statut de la « neutralisation » (§ 114) en tant que déni de réalité (l’intitulé de ce premier volet a été « How does reality appear ? Husserl and the doxa problem »). J’ai en suite essayé de comparer le double traitement réservé par la philosophie analytique post-fregéenne (notamment Russell et Quine) aux fictions en tant que expressions dénotantes déguisées, aux pages husserliennes consacrées aux ficta dans Husserliana XXIII. Une telle comparaison permet de comprendre le rôle très différent que les fictions jouent dans l’analyse logique du langage et dans la phénoménologie (notamment dans la pratique de la variation) (C’était le volet « Facts and fictions between analytical philosophy and phenomenology »). Les résultats de ces deux réflexions croisées convergent dans la thématique abordée lors de la leçon plénière dont le titre a été On Appearing. Aristotle’s Phenomenological Treatment of Imagination, où j’ai essayé de remonter aux sources du problème du réel et de l’apparaître en analysant la critique du traitement platonicien de la phantasia par Aristote dans De An. III.3. Une telle lecture permet d’opposer deux “traitements” différentes du problème de l’apparaître que j’ai qualifiées de « ontologique » (« c’est parce que x existe qu’il peut apparaître ») et de « phénoménologique » (« c’est parce que x apparaît de telle et telle manière qu’il existe »). Ces leçons, ainsi que les discussions qui en ont suivi, m’ont permis de mettre au point certaines thèses du travail de recherche que je mène depuis deux ans – et qui s’est déjà concrétisé dans l’organisation de deux séminaires de recherche (Facta et ficta 2007-8 et 2008-9) et deux journées d’études (Imagination, signification : parcours de la connaissance dans la philosophie antique, Lille 13 mars 2008 ; Phantasia, conscience d’image, référence vide : la phénoménologie face aux fictions, Lille 21 mars 2008), plus un volume en préparation (Numéro de la revue italienne « Paradigmi », Husserl : fantasia, conscienza d’immagine, riferimento vuoto, à paraître en 2010)sur le statut de la fiction au sein du discours phénoménologique. A l’occasion de ces conférences j’ai également eu l’occasion de discuter avec Burt C. Hopkins, qui est également éditeur du « New Yearbook for Phenomenology and Phenomenological Philosophy » (dont je suis moi-même membre de l’Editorial Board) ainsi que directeur de la collection « Contemporary Phenomenological Thought » chez Noesis Press LtD. de l’idée de co-éditer une nouvelle série franco-américaine d’études sur la phénoménologie : « Eidē: Concepts and Arguments in Phenomenological Research », publiée jointement par Noesis Press et les Presses Universitaires du Septentrion. Ce projet de collection assez novateur est en cours de négociation avec les éditeurs, avec lesquels des discussions sont en cours. Un engagement de la part de Noesis Press a déjà été formalisé.

Depuis mon retour en France j’ai à nouveau été sollicité par l’Université de Seattle pour d’autres activités de recherche communes (notamment participation aux séances du « Philosophy Seminar » à partir du mois de mars).