Résumé de l’exposé de F. Worms

 

Les deux sens du pouvoir et de la vie

 

 

         L’hypothèse de F. Worms est que la relation entre vie et pouvoir est constitutive du moment 2000 en philosophie. Pour étudier une telle relation, il procède en trois moments : (1) un parcours de l’œuvre de Foucault à travers cette relation, (2) une comparaison entre biopouvoir et relations de pouvoir, (3) une réflexion sur les limites du biopouvoir.

(1)  On peut décrire le parcours philosophique de Foucault comme une réflexion sur la relation de soi à l’autre, avec un détour par l’extériorité. Dans les premiers travaux de Foucault, ce qui se présente comme une exclusion, celle du fou, est aussi une relation à soi, à travers le moment du Cogito (comme l’a vu Derrida). C’est ce qui éclaire l’intérêt de Foucault pour la psychanalyse existentielle. Foucault étudie comment se constitue une relation entre une vérité et un sujet, entre un pouvoir et un sujet, entre la morale et un sujet. Il y a une relation à un sujet jusque dans ces limites du discours qu’il a patiemment explorées. On peut dire que Les mots et les choses et l’Archéologie du savoir donnent le modèle d’une telle extériorisation. Il ne s’agit pas dans les derniers travaux de Foucault d’un retour au sujet : il y a une ruse dans l’usage du terme de sujet dans L’herméneutique du sujet. Il s’agit plutôt d’un passage de la question de la différence à la question de la relation.

(2)  La relation de pouvoir est au cœur de La volonté de savoir. La thèse de Foucault est d’abord que les relations de pouvoir sont d’abord un instrument au service du savoir, puis elles prennent une consistance propre. Comment passe-t-on de l’institution de la souveraineté au réseau des activités de pouvoir sur la vie ? Foucault procède à un dépassement du modèle de la discipline par un double mouvement : par le haut (avec le concept de population) et par le bas (avec l’étude de l’individualisation). La vie est à la fois ce que l’homme peut manipuler dans le vivant, mais c’est aussi un ensemble de relations entre des vivants. Le pouvoir n’est plus une instance centralisée mais il se distribue en relations de pouvoir. Il y a du pouvoir partout où il y a relation inégale entre des forces. Mais la relation de pouvoir ne se réduit pas au rapport de forces. Le pouvoir n’est pas seulement l’exercice d’une force sur une force mais aussi et d’abord l’exercice d’une action sur une autre action. C’est pourquoi le pouvoir ne s’exerce pas sans résistance. Si l’on dit qu’il y a du pouvoir partout, alors il faut dire qu’il y a de la liberté partout. C’est pourquoi la vie ne peut pas être caractérisée comme vie nue : c’est une vie qui existe toujours historiquement comme résistance. Ainsi le racisme n’est pas le retour à un minimum biologique mais un ensemble de constructions biologiques historiquement situées. Toute relation de pouvoir est qualifiée : ce sont des relations entre le sensé et l’insensé, le geôlier et le prisonnier…

(3)  Il y a alors un risque chez Foucault : c’est que les relations de pouvoir sont distribuées sans limites. On peut affirmer contre Foucault qu’il y a deux limites au pouvoir : a) par le bas, dans l’esclavage comme pure contrainte ou rapport de forces qui objective l’humain au lieu de l’assujettir (Foucault reconnaît lui-même cette limite puisqu’il invoque le droit à la vie, c’est-à-dire le droit de résister à la force), b) par le haut, on peut penser une liberté qui est plus qu’une résistance, dans les créations des grandes vies singulières.

La question sur laquelle conclut F. Worms est celle-ci : peut-on faire pour le savoir une analyse semblable à celle que Foucault a faite sur le pouvoir et la morale ?