Projet scientifique pour la période 2015-2019

 

 

Champ problématique « Forme et Sens »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le champ problématique ‘Forme et Sens’ réunit les travaux des linguistes, des philosophes du langage et des logiciens de l’UMR.

Les recherches menées ont pour objet le sens communiqué, dans des contextes variés.  Elles s’interrogent sur la manière dont ce sens se constitue et sur sa représentation formelle. Des méthodologies issues de différents domaines (linguistique, logique, philosophie) sont mobilisées en vue d’une analyse approfondie du sens et de sa forme, analyses qui soulèvent de nouvelles questions de recherche ou éclairent d’un jour nouveau des questions de recherche déjà débattues.

Les différentes approches de l’articulation entre les deux pôles, Forme et Sens, et l’attention apportée à l’un ou l’autre, permettent de regrouper la recherche en quatre thématiques :

 

 

Comme indiqué ci-dessous, cette recherche n’est pas cantonnée à l’UMR, les membres de l’équipe ayant développé un réseau de collaboration avec d’autres équipes et chercheurs français ou étrangers.

 

 

APPLICATION

Participants: Dany Amiot, Sophie Babault, Antonio Balvet, Sandra Benazzo, Bert Cappelle, Pierre Corbin, Georgette Dal, Claire Ellender, Laurence Delrue, Edwige Dugas, Nathalie Gasiglia, Natalia Grabar, Armand Heroguel, Rudy Loock, Rafael Marin, Tatiana Milliaressi, Carmen Nuñez-Lagos, Kathleen O'Connor, Marion Pescheux, Annie Risler, Annick Rivens, Liliane Santos, Eva Soroli, Thi Mai Tran, Fayssal Tayalati.

La thématique Application comprend un large éventail de recherches appliquées, que ce soit en termes de développement et d'évaluation d'outils dans une variété de contextes (enseignement dans l’acquisition et la didactique des langues ou rémédiation dans la pathologie du langage), de terminologie et de lexicographie, de compilation et d'exploitation de corpus, d'ingénierie linguistique ou du Traitement Automatique de Langues. En d'autres termes, la recherche dans ce domaine porte sur la façon dont nos connaissances concernant Forme et Sens peuvent être appliquées autant en linguistique pour aider les chercheurs à explorer mieux, plus systématiquement et plus rapidement les données textuelles, qu'à des domaines connexes (comme la didactique et l'acquisition) ou à d'autres domaines qui produisent et utilisent également des données textuelles (médecine, biologie, chimie, télécommunication, aérospatiale, électricité...).

 

Acquisition et didactique des langues


Les recherches « appliquées » de STL dans la thématique Acquisition et didactique des langues impliquent plusieurs personnes et traitent des différentes composantes des situations d’enseignement / apprentissage / acquisition d’une langue étrangère ou seconde (Sophie Babault, Sandra Benazzo, Claire Ellender, Armand Heroguel, Laurence Delrue, Kathleen O'Connor, Marion Pescheux, Annick Rivens, Liliane Santos), ou de la langue de signes française (Annie Risler).

Les objets des chercheurs de la thématique sont issus de champs de pratiques sociales en didactique des langues étrangères, d’analyse et de conception de dispositifs d’enseignement/apprentissage, notamment le FLE et l’Anglais LVE mais aussi le portugais ou le néerlandais, avec ou sans les TIC (Technologies de l’Information et la Communication). Ainsi, ces recherches « appliquées » peuvent se définir par le matériau empirique, constitué par des discours qu’on qualifiera au sens large de « discours didactiques », et produit dans des situations de communication didactique en classe de langue ou dans des communications pérididactiques liées à celle-ci (dans le cas de pratiques réflexives sur l’apprentissage), et ce, dans des dispositifs énonciatifs différents, en présence ou en ligne. Les objets de ces recherches sont, entre autres:
- les interactions en classe ou à distance
- la gestion des répertoires bi- et plurilingue par les acteurs sociaux de la classe
- l’articulation entre savoirs disciplinaires et compétences linguistiques plurilingues dans les contextes d’apprentissage scolaire ou universitaire en langue seconde
- le contenu et la structure des consignes et reformulations enseignantes ou apprenantes
- les relations entre l’input didactique et l’acquisition linguistique chez l’apprenant
- les processus de didactisation des théories linguistiques par les enseignants
- les objectifs et modalités de didactisation des supports par les enseignants
- l’entraînement à la phonétique et la compétence orale (en anglais en particulier)
- l’analyse de dispositifs spécifiques qui questionnent la place de l’enseignement et ses modalités d’accompagnement, par exemple en autoformation
- les modalités de communication spécifique en lien avec la CMO (communication Médiatisée par Ordinateur), l’analyse des pratiques langagières en ligne (écrits collaboratifs dans une approche socioconstructiviste) ou encore des modalités d’accompagnement (à partir des notions d’étayage entre autres)
- TIC et reconnaissance vocale pour l'apprentissage des langues
- Langue dans le dispositif d'apprentissage: grammaire, traduction, phonétique.

Dans le cadre de la dernière thématique, Claire Ellender étudiera la traduction comme stratégie pour enseigner et évaluer le français dans le secondaire en Angleterre. Se concentrant sur un nombre d’écoles secondaires publiques dans une grande ville en Angleterre, cette étude pose certaines questions clefs afin de déterminer si, et comment, la traduction est actuellement utilisée comme stratégie pour enseigner et évaluer le français aux niveaux GCSE (16 ans), ‘AS’ (17 ans) et ‘A2’ (18 ans). Par la suite, elle examine les avantages, et moyens éventuels, d’utiliser des approches pédagogiques qui sont axées sur la traduction. La question centrale qui se pose est donc : Est-ce que les enseignants du français en Angleterre estiment que l’usage de la traduction comme stratégie pour enseigner et évaluer le français dans le secondaire pourrait susciter un regain d’intérêt pour l’étude des langues étrangères dans ce pays ? Cette étude se base sur quatre questionnaires (format à choix multiples); les réponses qu’ils génèrent feront l’objet de plusieurs analyses quantitatives qui permettront de répondre à la question centrale de l’étude.

Une thématique commune qui a émergé au sein du laboratoire est celle de l’analyse et la conception de dispositifs d’apprentissage en langue, certains intégrant les TIC mais pas seulement. L’objet de ces recherches est de comprendre l’influence de l’environnement d’apprentissage sur les pratiques langagières en général, plus spécifiquement dans une visée d’apprentissage.

Le projet PRO-Sign concerne l'enseignement de la langue de signes française, porté par Annie Risler, qui est le partenaire français dans un projet européen financé par le CELV (Centre Européen pour les Langues Vivantes). Le projet vise à instaurer des standards européens pour spécifier les niveaux de compétence linguistique en langues des signes à des fins professionnelles, en se concentrant particulièrement sur l’enseignement des langues des signes dans les programmes de formation pour l'enseignement de la LSF pour des futurs interprètes ou enseignants de LSF. Le projet fournira des définitions de niveaux de compétence pour les langues signées selon le Cadre européen commun de référence (CECR) et élaborera un échantillon de kit d’évaluation pour le niveau de compétence C1/C2 en langue signée attestant de la qualification des interprètes professionnels. Annie Risler est chargée d’animer cette recherche au niveau national, en particulier en lien avec les autres formations d’interprètes, et grâce aux ateliers de formation au CECRL (Cadre européen commun de référence pour les langues) et à la réalisation d’un DVD étalonné de locuteurs. Cette animation permet également de stimuler les travaux d’étudiants et des enseignants de LSF en direction de l’étalonnage de vidéos, de la collecte de fonds thématiques, et recherches sur les liens entre linguistique et grammaire de la LSF.

Une autre thématique concerne les recherches liées aux travaux en acquisition des langues, qui sont centrés sur les développements des lectes d’apprenants en L2 dans différents contextes (comme par exemple immersifs, institutionnel ou naturel) et sur les différents facteurs (linguistiques, cognitifs) qui peuvent en infléchir l’évolution (voir Cognition).

 

Les confluences entre la didactique et l’acquisition peuvent faire l’objet de recherches mutualisées ou coordonnées entre les chercheurs impliqués dans ces deux thématiques. La JE bisannuelle « Perspectives de Recherche en Didactique et Acquisition des langues » se trouve ainsi au confluent entre les deux thématiques de même que la JE annuelle ATENA-L (Autonomie, Technologies, Numérique et Apprentissage des Langues) qui regroupe des doctorants en langues et TIC depuis 4 ans, dans une approche interdisciplinaire.
Ces facettes multiples montrent la richesse des approches possibles autour des questions de didactiqueetacquisition et demandent à être articulées pour un enrichissement des approches et une mutualisation possible des objets de recherche.

 

Evaluation et rémédiation des troubles du langage et de la communication

Les recherches réalisées dans ce cadre visent à améliorer les conduites diagnostiques et thérapeutiques dans le domaine de la pathologie du langage à partir d’un contrôle plus rigoureux dans l’élaboration des outils cliniques des variables linguistiques et de la prise en compte des modèles théoriques de références du langage et de la communication. 

Elaboration d’outils d’évaluation du langage dans les pathologies acquises du langage :  batterie d'Evaluation des Troubles Lexicaux (Thi Mai Tran, Olivier Godefroy (CHU d’Amiens,  Université de Picardie) et Marie-Anne Mackowiak (CHU de Lille, Université de Lille 2)).
Les troubles de la production lexicale constituent une atteinte centrale dans la pathologie aphasique. Leur prise en charge nécessite une évaluation préalable fine des processus cognitifs sous-jacents perturbés et des variables linguistiques impliquées. La Batterie d’Evaluation des Troubles Lexicaux (BETL) a été élaborée à l’Institut d’Orthophonie de Lille afin de répondre aux besoins de la clinique. Il s’agit d’un outil informatisé, cognitivement fondé et linguistiquement contrôlé qui permet d’évaluer le traitement lexical de 54 items dans 8 conditions (ex. : production, compréhension orales et écrites, traitements sémantiques). Cet outil a été validé auprès de sujets témoins adultes puis normalisé auprès de 1500 sujets de 20 à 95 ans (en collaboration avec le professeur Olivier Godefroy du CHU d’Amiens). Sa validation auprès de patients aphasiques vasculaires et de patients Alzheimer fait l’objet d’un projet de recherche clinique validé par le CPP Nord-Ouest IV. Sa promotion est assurée par le CHRU de Lille (Dr Marie-Anne Mackowiak). Plusieurs études cliniques sont en cours afin d’apprécier l’intérêt de cet outil dans le cadre du suivi et la prise en charge des patients aphasiques adultes.

Ecole internationale d'été en orthophonie / logopédie (Thi Mai Tran, Dany Amiot et Georgette Dal).
L’Ecole Internationale d’été en orthophonie d’été a lieu tous les 2 ans. En 2013, elle a eu lieu du 1er au 5 juillet à l’Institut d’Orthophonie de Lille. Elle s’adresse aux orthophonistes/logopèdes de la francophonie mais également aux étudiants et professionnels des disciplines connexes de la santé (médecins, professionnels de la rééducation), des sciences humaines et sociales (linguistes, psychologues), de l’éducation et de la recherche. Elle vise à favoriser les échanges scientifiques entre les universitaires (enseignants et chercheurs) et les cliniciens autour des questions de pathologie du langage et de la communication. Elle est organisée autour de 5 journées thématiques (ex. : Morphologie et Orthophonie) avec des matinées consacrées aux présentations théoriques et les après-midis aux présentations cliniques autour de deux ateliers consacrés soit à une pathologie enfant soit à une pathologie adulte. Cette manifestation illustre un type d’échanges qui favorise les  collaborations et les applications dans le champ du handicap linguistique.

 

Lexicographie et Métalexicograpie

Les axes de recherche qui se déploient en lexicographie et métalexicographie présentent une certaine stabilité dans la durée. Cependant, les forces mobilisées sur les différents sous-thèmes de travail évoluent, avec en particulier une place croissante accordée aux projets de développements effectifs de dictionnaires, en réponse à des besoins ou dans le prolongement d'études métalexicographiques.

Le noyau dur des activités lexicographiques et métalexicographiques pour le prochain contrat sera constitué par :

l'élaboration de produits lexicographiques de factures diverses, comme le lexique des nominalisations élaboré dans le cadre de l'ANR Nomage (portée par Rafael Marin et Antonio Balvet) puis, à l'initiative du même binôme, les lexiques monolingues et bilingues, voire multilingues, à concevoir et à élaborer dans le cadre d'un partenariat en cours de montage avec l'entreprise Ergonotics, le dictionnaire bilingue onomasiologique explicatif informatisé français-russe / russe-français d'encodage en langue étrangère auquel travaille Tatiana Milliaressi ou encore le dictionnaire juridique français-néerlandais / néerlandais-français élaboré par Armand Heroguel ;

l'approche critique et théorique des dictionnaires et des connexions entre les pratiques lexicographiques, la linguistique descriptive et l'informatique éditoriale, qui mobilise Pierre Corbin et Nathalie Gasiglia, et qui trouve pour cette dernière certains prolongements dans l'élaboration de prototypes dictionnairiques (en particulier consacrés aux prédicats dénotant des actions de jeu du football, ou de langue générale et destinés à des publics d'âge scolaire). Nathalie Gasiglia travaillera par exemple sur les dictionnaires modernes ; elle entreprendra des analyses structurelles (qui portent sur les relations entre les types d'informations fournis et les composants des articles) ou relatives à la lisibilité des dictionnaires en fonction des publics destinataires et de leur projet éditorial, à la généalogie des textes dictionnairiques (quand des filiations s'observent, comme c'est le cas pour certains répertoires des éditeurs majeurs). Elle développe des réflexions relatives à la lexicographie destinée aux publics d'âge scolaire et en particulier aux possibilités que peuvent offrir les éditions électroniques pour l'acquisition de compétences linguistiques par ces jeunes publics, ce qui la conduit à conjoindre lexicographie et informatique éditoriale pour le développement de prototypes dictionnairiques.

 

L'annotation de textes d'auteurs réunis en corpus XMLisés à des fins d'études menées par ou avec différents collègues


Les corpus peuvent être (c'est même recommandé) constitués de documents sélectionnés et annotés en fonction d'objectifs scientifiques. Dans le cadre de collaborations avec différents collègues dont en particulier Fabio Acerbi (UMR 8560 Centre Alexandre Koyré) et Dejan Stosic (Grammatica, Université d'Arras), pour ce qui concerne les collaborations passées, et Anne-Pascale Pouey-Mounou (EA ALITHILA) et Pierre Corbin, pour les travaux encore en élaboration. L'équipe compile des textes d'auteurs et les balise en XML afin d'expliciter leur structure interne et d'annoter différents objets étudiés, comme par exemple les relations entre épithètes et substantifs dans les textes de Ronsard traités avec Anne-Pascale Pouey-Mounou ou la terminologie et l'intertextualité dans les écrits de Danielle Corbin en collaboration avec Pierre Corbin.

 

Traductologie de corpus


Dans le cadre du projet de recherche CorTEx (Corpus, Traduction, Exploration), auquel participent Rudy Loock (coordinateur), Carmen Núñez-Lagos et Bert Cappelle, il est question d'appliquer les outils de la traductologie de corpus (corpus-based translation studies) à l'épineuse question de l'évaluation de la qualité en matière de traduction. Spécifiquement, il s'agit de montrer que les choix grammaticaux en langue cible sont cruciaux, alors que l'accent est souvent mis sur la traduction du lexique et de la phraséologie, et qu'une traduction grammaticalement correcte ne suffit pas à assurer une bonne qualité. Selon cette hypothèse, sur laquelle une série d'études sur corpus d'apprenants et corpus de référence en langue originale et traduite est en cours, il existerait une forme de corrélation entre sur-/sous-représentation d'un phénomène linguistique donné en langue cible et la qualité des traductions. En d'autres termes, homogénéisation grammaticale (entre langue originale et langue traduite) et qualité iraient de pair, contra les universaux de traduction. Les recherches menées au sein du projet CorTEx se veulent donc porteuses en termes d'application pour la formation des étudiants et pour l'évaluation de leurs travaux. Ces applications se feront directement auprès des étudiants de l'UFR des Langues Etrangères Appliquées de l'Université de Lille 3. (voir traduction)

 

Terminologie


La terminologie en tant que discipline a pour objet l'étude des dénominations des objets ou des concepts utilisés par un domaine scientifique ou technique donné (comme la médecine, la biologie, l'électricité, la télécommunication, la chimie). Elle s'intéresse aussi au fonctionnement des unités terminologiques dans la langue, ainsi qu'aux problèmes de traduction, de classement et de documentation qui se posent à leur sujet. De plus, les ressources terminologiques sont maintenant le plus souvent créées pour être exploitables et utilisées par des applications automatiques, comme par exemple, la recherche et l'extraction d'information en Traitement Automatique de Langues ou le Web sémantique. Ces deux particularités (étude des langues de spécialité et création de ressources pour des applications automatiques) différencient la terminologie de la lexicographie. Quant à la complémentarité avec les travaux de recherche en lexique (voir interprétation), la terminologie vise à étudier le fonctionnement et d'utilisation des termes, tandis que le lexique va en proposer une description plus théorique.
Au sein des travaux en terminologie, plusieurs grandes branches peuvent être distinguées, comme par exemple : (1) la détection et l'extraction d'unités terminologiques dans le but de recenser ces unités pour un domaine de spécialité donné et dans la visée d'une application donnée, (2) la détection et l'extraction de relations sémantiques entre ces unités dans le but d'organiser et de structurer ces unités entre elles et de fournir une base solide aux outils automatiques, (3) la détection et l'organisation de variantes de ces unités terminologiques, (4) les méthodes d'exploitation de ressources terminologiques. Les travaux en terminologie reposent le plus souvent sur les méthodes et outils en Traitement Automatique de Langues. De manière plus formelle, les ressources terminologiques structurées peuvent être formalisées avec des modèles spécifiques, passer par des étapes d'audit de qualité sémantique et syntaxique et évoluer ainsi vers des ontologies. Au sein de STL, Natalia Grabar travaille sur ces différents aspects, en collaboration avec Dany Amiot, Mai Thi Tran, Georgette Dal, Eva Soroli et les étudiants de Master et en thèse. L'équipe présente une compétence assez importante, comme en témoigne la participation aux différents projets de recherche, comme par exemple les projets sur les domaines de médecine et biologie (ANR TecSan RAVEL, FP7 IMI PROTECT, MESHS Emergents Comete, I2B2), alimentation (DEFT 2013), chimie (CNRS PIR REACH, PNRPE Dico-Risk).

 

Traitement automatique des langues


Le Traitement Automatique de Langues (TAL), parfois associé avec l'ingénierie linguistique, est une discipline à la frontière de la linguistique, de l'informatique et de l'intelligence artificielle. Le TAL concerne le développement de méthodologies et l'application de programmes et techniques informatiques à tous les aspects du langage humain. Parmi les différentes applications du TAL, mentionnons par exemple la recherche d'information, la traduction automatique, la catégorisation des documents, l'extraction d'information ou les systèmes de questions-réponses. Un lien fort avec la linguistique repose sur le fait que le traitement automatique de la langue nécessite obligatoirement une description de la langue aussi précise que possible et en respect avec les requis de l'application visée. De ce point de vue, la description de la grammaire, la création de corpus, la construction de lexiques et de terminologies, l'étude des spécificités lexicales, syntaxiques et sémantiques sont autant de briques et d'indices qui permettent d'évoluer vers de meilleurs systèmes automatiques de TAL. Au sein de STL, les chercheurs (comme par exemple Dany Amiot, Edwige Dugas, Fayssal Tayalati et Natalia Grabar) mettent justement au profit les collaborations entre les travaux en linguistique fondamentale et les travaux de TAL pour contribuer à ces disciplines respectives, comme par exemple au sein du projet ANR TecSan RAVEL pour la description linguistique de la modalité et incertitude en français et son implémentation au sein d'un système d'extraction d'information hospitalière
Notons que différents aspects de cette présentation (comme par exemple, la lexicographie, la terminologie, le Traitement Automatique de Langues, l'ingénierie linguistique) concernent aussi la linguistique de corpus, bien qu'à chaque fois les enjeux et méthodes sont différents et spécifiques aux problèmes de recherche traités.

Les chercheurs de la thématique Application travaillent souvent en collaboration étroite avec les chercheurs d'autres sous-thématiques de STL et d'autres disciplines (informatique, philosophie, domaines de spécialité concernés), de même qu'avec les industries, comme par exemple, VIDAL et MEDASYSdans le projet ANR TecSan RAVEL, les industriels de la branche pharmaceutique dans le projet FP7 IMI PROTECT ou la société Ergonotics pour la création de lexiques.

 

COGNITION

 

Participants : Sandra Benazzo, Marc Capliez, Natalia Grabar, Martin Haiden, Maarten Lemmens, Kathleen O’Connor, Cédric Patin, Katia Paykin, Annie Risler, Gerhard Schaden, Efstathia Soroli, Thi Mai Tran.

La thématique Cognition rassemble des travaux interdisciplinaires alliant l’apport des sciences du langage (linguistique descriptive et formelle, linguistique de corpus, typologie) et de la linguistique cognitive expérimentale dans l’étude de l’acquisition du langage et des systèmes adultes pouvant informer les modèles et théories sur la faculté et le traitement langagier. Les méthodes utilisées sont variées et issues à la fois des sciences du langage et de la psycholinguistique, contribuant ainsi à l’étude des systèmes linguistiques (diversité des langues, universaux) et à l’étude du système cognitif (son développement, son fonctionnement, ses dysfonctionnements etc.). Les projets de cette thématique sont principalement consacrés à l’étude conjointe des déterminants universels et spécifiques au langage, et s’inscrivent dans une approche comparative et expérimentale visant à étudier toutes les composantes de la compétence linguistique (phonologie, morphologie, syntaxe, sémantique, lexique, pragmatique), ainsi que les relations entre les contraintes du système linguistique et celles du système cognitif. Cette démarche se décline en trois dimensions:

  • Typologie, linguistique de corpus et linguistique expérimentale
  • Acquisition des langues premières et secondes
  • Pathologie du langage et neurolinguistique

 

Typologie, linguistique de corpus et linguistique expérimentale

Les analyses comparatives interlinguistiques constituent un point fort des recherches sur la diversité des langues et des invariants. La perspective typologique translinguistique proposée ici permet de déterminer l’impact relatif des propriétés générales et spécifiques des systèmes linguistiques sur le processus de traitement et de verbalisation chez les locuteurs d’un large éventail de langues (romanes, germaniques, slaves, grecques, sémitiques, langues de signes etc.), et de comportements étudiés (production, compréhension, catégorisation, mémorisation). 

La recherche structure informationnelle : relations discursives de nature additive, contrastive et temporelle, menée par Sandra Benazzo, Katia Paykin, Cédric Patin, en collaboration avec des chercheurs étrangers (Cecilia Andorno (Université de Turin), Christine Dimroth (Université d’Osnabrück), Patricia Giuliano (Université de Naples) et Giuseppina Turco (Université d’Osnabrück)) poursuit les études actuellement en cours dans le cadre du projet franco-allemand ANR/DFG Langacross II qui étudie les déterminants linguistiques et cognitifs des usages langagiers à travers les langues. L’analyse concerne des discours narratifs produits par des locuteurs dans différentes langues et en L2 à partir d’un même support (corpus de récits Finite Story), l’attention étant focalisée sur les différents moyens (lexicaux, morpho-syntaxiques, prosodiques) que les locuteurs mettent en œuvre pour renforcer la cohésion discursive en exprimant des relations de nature additive et contrastive (dans le domaine des entités et des intervalles temporels). Ce travail présente un volet typologique et un volet acquisitionnel. Le premier volet implique une mise en regard contrastive des productives natives dans différentes langues (romanes, germaniques, slaves) visant à déterminer la manière dont les propriétés spécifiques des langues prises en compte exercent une influence dans la perspective discursive privilégiée par leurs locuteurs natifs (cf. Slobin ‘Thinking for speaking’).  

Dans le cadre du même projet Langacross II, Efstathia Soroli en collaboration avec Maya Hickmann (CNRS et Université de Paris 8), Henriëtte Hendriks (Université de Cambridge) et Christina Papadimitraki (Université de Heidelberg) mène des travaux sur la relation entre  Typologie et Cognition : représentation de l’espace dans le langage et au-delà. Elle poursuivra ainsi les travaux qu’elle conduit depuis sa thèse (Soroli 2011) sur les  propriétés linguistiques des langues typologiquement différentes (anglais, français) et leur impact sur la cognition spatiale (Soroli & Hickmann 2010). Dans cette recherche comparative elle examinera de manière expérimentale l’impact des propriétés générales et spécifiques de trois langues, l’anglais, le français et le grec, sur la représentation du mouvement dynamique et de la localisation statique auprès de locuteurs natifs adultes et enfants (Soroli 2012 ; Soroli & Papadimitraki 2013). La méthodologie utilisée met en relation différents comportements au moyen d’une série de tâches expérimentales complémentaires (production, compréhension, catégorisation verbale/non-verbale, mémoire verbale/non-verbale), qui sont associées à des mesures de l’attention visuelle (suivi des mouvements oculaires) afin contribuer plus généralement aux débats sur les dimensions universelles et variables des processus cognitifs d’une langue à l’autre. Ce projet interagira avec le projet ORA « SpaBlindChild » coordonné par Maya Hickmann (CNRS & Université de Paris 8) et le projet LABEX TransferS « Espace, temps, existence », coordonné par Anne Carlier et Laure Sarda (ENS-Paris ; CNRS – UMR 8094), et donnera lieu à une intervention dans le cadre du Congrès de la Societas Linguisticae Europeae, qui se tiendra à Split (Croatie) en septembre 2013 (Soroli 2013a) (voir Interpretation). Dans la même lignée expérimentale et en adoptant une nouvelle approche inter-langues en criminologie (forensic linguistics)  Efstathia Soroli se propose de s’interroger sur la diversité linguistique,  l’organisation discursive, la représentation spatiale et le comportement non-verbal des acteurs dans le domaine de la criminologie (investigateur/ témoin/ suspect/ criminel). Elle propose une analyse du comportement à la fois verbal (analyse des corpus de témoignage/productions sémi-contrôlées) et non-verbal (analyse des vidéos de témoignages, gestes, mouvements oculaires). Il s’agit d’un projet qui adopte une perspective interdisciplinaire et inter-langues innovante évoquant non seulement les aspects linguistiques (contraintes typologiques) mais aussi les aspects psychologiques qui entrent en jeu dans tous les niveaux de l’enquête criminelle (technique d’investigation, profilage, psychopathologie du criminel/témoin locuteur d’une langue étrangère etc.). 

Les travaux de Maarten Lemmens s’interrogent aussi sur les expressions spatiales, les verbes de posture et les gestes co-verbaux ainsi que sur l’interaction entre sémantique et cognition. En collaboration avec Mathilde Peyré, Juline Perrez (Université de Liège) et Marc Tutton (Université de Nantes) il effectue une analyse approfondie et comparative des expressions verbales et des gestes co-verbaux dans le domaine de l’espace. Un élément particulier de ces recherches concerne l’usage des verbes de posture en néerlandais, en suédois et en anglais, langues dans lesquelles ces verbes sont grammaticalisés à des verbes locatifs de base. Les diathèses verbales en anglais, font également l’objet d’une étude menée par Maarten Lemmens qui étudie, dans le cadre de la linguistique cognitive et la grammaire des constructions l’interaction complexe entre la sémantique lexicale d’un verbe et les diathèses qu’il permet. Pour ce faire, il a développé une nouvelle méthode d’analyse de données issues de corpus pour mesurer le degré d’alternance des verbes individuels. Ses recherches sur la verb auxiliation en collaboration avec Kalyanamalini Sahoo (EFLU, Hyderabad, Inde)) se focalisent sur l’étude de la grammaticalisation des verbes de localisation et de mouvement vers des semi-auxiliaires. Une dimension concerne la grammaticalisation des verbes de posture en néerlandais vers des auxiliaires marquant l’aspect progressif ; une autre concerne la grammaticalisation d’un groupe de verbes limité vers des verbes légers (light verbs) en Odia (une langue indo-arienne) où ils sont devenus des marqueurs de complétude et de surprise (voir Représentation)

Annie Risler mène des travaux sur le temps et l’aspect en LSF  dans le cadre du séminaire de linguistique LSF avec les étudiants de master 2 ‘interprétariat LSF/français’. Cette recherche répond à un manque de données sur l’expression de la temporalité en LSF. Elle s’appuie sur les travaux portant sur d’autres LS (danoise, belge, anglais) et tente de donner un éclairage nouveau à la question des lignes de temps au regard de l’ancrage énonciatif apporté par les prises de rôle en langue signée. Elle collabore également au projet la déixis dynamique en LSF, qui est financé par la fédération de typologie et Universaux Linguistiques, et dirigé par Alice Vittrat (UMR 7107 CNRS-LACITO,  Université d’Aix-Marseille) et Jean-Michel Fortis (UMR 7597 CNRS-HTL) qui rassemble des travaux sur une vingtaine de langues du monde. Il s’agit d’une étude typologique de la deixis dynamique, à travers l’expression du mouvement centripète ou centrifuge par rapport à un point de visée localisé sur le locuteur. L’objectif est de dresser un inventaire des formes : morphèmes et structures  utilisées dans l’expression de la deixis dynamique ; de s’intéresser à l’ancrage de ces relations ;  d’établir des contraintes d’emploi d’une ou l’autre forme, selon les dimensions sémantiques co-exprimées comme le mouvement, la manière, la directionalité, la visibilité.

 

Acquisition des langues premières et secondes

La perspective acquisitionnelle consiste à comparer plusieurs types de locuteurs (apprenants avec et/ou sans pathologie) de différentes langues (français, anglais, italien, néerlandais) afin de dissocier les contraintes linguistiques et cognitives au cours de l’acquisition typique et atypique de la phonologie, de la sémantique, de la syntaxe et  de la structure informationnelle pragmatique en L1, L2 et 2L1 (bilinguisme précoce).

Les travaux de Sandra Benazzo sur l’acquisition bilingue (2L1) : corpus enfant bilingue français / italien en collaboration avec Aliyah Morgenstern (Université de Paris 3), Dominique Boutet (Université Evry et UMR SFL) et Marion Blondel (CNRS UMR SFL Paris 8) prennent une perspective fonctionnaliste et développementale qui portent sur le bilinguisme précoce (exposition à 2 langues depuis la naissance) à partir d’un corpus de vidéos d’un enfant bilingue français / italien couvrant la tranche d’âge 1;5 et 3;5. Cette recherche s’inscrit dans la continuation des études entamées dans le cadre de l’ANR Colaje coordonnée par Aliyah Morgenstern. Dans un  premier moment, l’analyse vise à étudier l’exploitation de différents moyens expressifs (notamment gestuels vs. linguistiques, en français vs. en italien) dans l’expression de la négation, en comparant les productions de l’enfant bilingue français / italien avec celles d’enfants monolingues français. Par la suite, il sera question d’autres aspects qui concernent la grammaticalisation du système langagier de l’enfant dans deux langues. Dans la même lignée  le projet acquisition des langues secondes (L2): structure informationnelle - relations discursives de nature additive, contrastive et temporelle fait également l’objet d’étude de Sandra Benazzo, Katia Paykin, Cédric Patin, Cecilia Andorno (Université de Turin), Christine Dimroth (Université d’Osnabrück), P. Giuliano (Université de Naples) et Giuseppina Turco (Université D’Osnabrück). Cette étude constitue le deuxième volet d’une étude actuellement en cours dans le cadre du projet franco-allemand ANR/DFG Langacross II qui étudie les déterminants linguistiques et cognitifs des usages langagiers (voir rubrique A). Le présent volet implique une comparaison des productions en français L2 d’apprenants adultes de différentes L1 (germaniques, romanes, slaves) représentant différents niveaux de compétence en L2 (débutants, intermédiaires, avancés) dans le domaine de la cohésion textuelle. L’étude des productions en L2 se situe dans l’approche fonctionnaliste et vise à identifier l’influence des propriétés spécifiques de la L1 dans l’acquisition de la L2 (cf. facteur proximité vs. distance typologique dans les langues en contact) par rapport à la présence de tendances développementales universelles, propres à l’apprenant.

Maarten Lemmens prend aussi une perspective développementale dans son projet acquisition L2 d’expressions spatiales. En collaboration avec Julien Perrez (Université de Liège, Belgique), Marc Tutton (Université de Nantes) cette recherche aborde les problèmes qu’ont les apprenants pour apprendre les expressions spatiales à travers la distinction de Talmy entre langues à cadre verbal et langues à satellites. Plus concrètement, il s’agit de l’apprentissage du néerlandais et de l’anglais (langues à satellites) par des locuteurs francophones (langue à cadrage verbal) et inversement. Cette recherche concerne les choix lexicaux ainsi que syntaxiques, les stratégies discursives et l’usage des gestes co-verbaux.

Efstathia Soroli, de son côté, proposera une description parallèle des processus d’acquisition L2/2L1 et de ré-acquisition de la spatialité abordant les cas des locuteurs en situation de bilinguisme, d’apprentissage d’une langue seconde, et de réhabilitation (après AVC). En collaboration avec Halima Sahraoui (Université de Toulouse), Maya Hickmann (CNRS & Université de Paris 8) et Caroll Sacchett (University College London) cette recherche comparative examinera les processus de verbalisation et de (ré-)conceptualisation de l’espace auprès de locuteurs sains monolingues (anglais et français), bilingues et apprenants d’une L2 (anglophones apprenants le français) (Benazzo, Flecken & Soroli 2012) ainsi qu’auprès de locuteurs souffrant d’agrammatisme (français, anglais et bilingues) en phase de réhabilitation (Soroli, Sahraoui & Sacchett 2012 ; Hickmann & Soroli sous presse). La méthodologie met en relation différents comportements au moyen d’une série de tâches expérimentales (production, compréhension, catégorisation) associées à des mesures de mouvements oculaires et vise à ouvrir des nouvelles perspectives dans le domaine de la réhabilitation pour une approche translinguistique/typologique en acquisition et en aphasiologie.

L’acquisition du point de vue de la phonologie d'anglais langue seconde fait l’objet d’étude de Kathleen O’Connor, Maarten Lemmens et Marc Capliez. Ce projet vise à étudier l'acquisition des systèmes consonantique et vocalique de l'anglais langue seconde. Les données collectées seront analysées d'un point de vue indépendant et d'un point de vue comparatif afin de construire un modèle de la phonologie chez l'apprenant. Ces modèles serviront à comprendre les étapes dans l'acquisition de certains sons et le rôle de la langue maternelle dans l'acquisition de la phonologie. Ces analyses seront également employées pour évaluer les hypothèses formulées dans le cadre de la théorie de l'optimalité. La recherche menée par Maarten Lemmens et Marc Capliez, plus particulièrement, concerne une étude expérimentale sur l’acquisition de la prononciation de l’anglais par des apprenants francophones, notamment concernant les difficultés que posent les structures rythmiques de l’anglais. Dans le même cadre théorique le  projet Tandem de Kathleen O’Connor concerne l'acquisition d'une deuxième langue par le biais du dispositif Tandem. Il s'inscrit dans le domaine plus large du rôle de l'autonomie dans l'apprentissage des langues. Dans un premier temps, il s'agit de comprendre les stratégies (méta-)cognitives employées par les étudiants dans le cadre d'un cours tandem. Il sera également question d'étudier l'efficacité du dispositif Tandem pour l'acquisition d'une deuxième langue (voir Application).

Les travaux de  Rym Hamdi portent sur le domaine de l’acquisition de l’arabe L1 et ses variétés dialectales. Au moyen du corpus ARABER, dont la collecte a débuté au sein du laboratoire DDL (UMR 5596) à la fin des années 1990 (Hamdi & al., 2004), Rym Hamdi vise d’une part de décrire la variation dialectale de l’arabe au niveau phonético-phonologique et rythmique, d’identifier les facteurs (développementaux/linguistiques) l’influençant, et d’autre part d’évaluer la distance existant entre les dialectes étudiés et la typologie dialectale par le biais d’une modélisation automatique. Il s’intéresse, plus particulièrement, à étudier l’influence du développement phonologique et de l’input sur les premiers mots de l’enfant arabophone. Son projet Acquisition de l’arabe langue maternelle, poursuit les études actuellement en cours dans le cadre du projet ANR PREMS adoptant à la fois une analyse translinguistique, pour dégager des universaux du développement et des spécificités interlangues (anglais américain, berbère, français, arabe tunisien), et longitudinale pour mesurer le poids respectif des contraintes (articulatoires et input) en fonction du niveau linguistique de l’enfant (avant et après 50 mots).

Martin Haiden, de son côté, s’intéresse aux processus d’acquisition et de traitement du langage du point de vue syntaxique et se focalise sur le traitement des rôles thématiques. Son projet à court et moyen terme consiste à développer un protocole expérimental non linguistique pour la détection des rôles thématiques. Ce protocole sera piloté avec des adultes sains, puis avec des apprenants L2 adultes. Il sera d'abord administré off-line (réponses verbales), puis on-line (réponses oculaires)  (Haiden 2010; Léger & Haiden 2011). La version on-line pourra être utilisée avec des enfants, en particulier pendant la période de "frame compliance". Le cadre théorique est le "Theta System" de Reinhart (2000) et ses fondements cognitifs dans Haiden (2005); Haiden (2007); Haiden (2012).

 

Pathologie du langage et neurolinguistique

Les travaux de la sous-thématique Cognition s’interrogent aussi sur la nature de la capacité linguistique. Les  projets réunis  dans  ce volet s’inscrivent dans une perspective neurolinguistique qui se focalise sur différents aspects typologiques (par ex. de la diversité linguistique dans le domaine de la spatialité, de la temporalité, de la distinction massique/comptable), sur les aspects fondamentaux des troubles du langage acquis, développementaux ou dégénératifs (dysfonctionnements sous-jacents, réorganisation et re-conceptualisation fonctionnelle, émergence de stratégies compensatoires/palliatives à l’oral ou à l’écrit).

Efstathia Soroli, dont les travaux s’inscrivent à l'interface langage-cognition, s’intéressera notamment ànotamment au langage atypique et à la plasticité langagière : aphasie, dyslexie et stratégies compensatoires dans une perspective interlangues. . En collaboration avec Thi Mai Tran, Maya Hickmann (CNRS & Université de Paris 8), Roelien Bastiaanse (Université de Groningen) et Halima Sahraoui (Université de Toulouse) les travaux de ce projet se focaliseront autant sur les aspects fondamentaux (Soroli, Szenkovits & Ramus 2010) du trouble langagier (dysfonctionnement acquis ou développemental sous‐jacent) que sur les aspects de compensation (plasticité et réorganisation fonctionnelle, émergence de stratégies d’adaptation/compensatoires etc.) (Soroli, Hickmann, Nespoulous,  Sahraoui & Tran 2010 ; Soroli, Hickmann, Tran, Nespoulous & Boudre 2010 ; Soroli, Hickmann & Sahraoui 2011 ; Soroli 2013b). L’étude s’inscrit dans une perspective translinguistique et utilise une méthode expérimentale comparée. Elle vise à évaluer les stratégies spontanées ou induites, cognitives (liées à la pathologie) et spécifiques aux propriétés linguistiques des locuteurs avec agrammatisme, anomie ou dyslexie. Ce projet interagira avec le projet COST « Collaboration of Aphasia Trialists » coordonné par Marian Brady (Université de Glasgow Caledonian) et Roelien Bastiaanse (Université de Groningen).

Le projet de Gerhard Schaden et d’Efstathia Soroli sur la distinction massique-comptable chez les autistes vise, de son côté, à étudier cette distinction chez les autistes. Une théorie affirme que les comptables prototypiques dénotent des "totalités intégrées" (cf. Moltmann 1998). Or, les troubles du spectre autistique sont souvent associés à un style cognitif particulier (appelé "cohérence centrale faible", cf. Happé & Frith 2006), caractérisé par une focalisation excessive sur les détails, au point de perdre de vue le contexte global. L'étude vise à déterminer si et à quel degré i) la cohérence centrale faible chez ces sujets interfère avec la conceptualisation des totalités intégrées, et s'il s'ensuit une différence linguistique dans le domaine des massiques et comptables; et ii) dans quelle mesure des systèmes linguistiques différents dans le marquage des noms (par ex., déterminants, classifieurs) y jouent un rôle. Ce projet interagira avec l'étude plus formelle entreprise par Gerhard  Schaden sur les massiques et les comptables (voir Interprétation) ainsi qu’avec le projet de Antonio Balvet (collaboration avec Efstathia Soroli et Thi-Mai Tran) sur la constitution de ressources linguistiques (lexiques électroniques, règles symboliques et/ou modèles statistiques d'analyse, corpus annotés) basée sur cette problématique liée à l’autisme (voir Application).

Les troubles du langage font partie aussi du tableau clinique de la maladie d’Alzheimer. Associés aux autres troubles cognitifs et comportementaux de la maladie, ceux-ci sont responsables de troubles de la communication et de la relation. Le projet communication verbale et non verbale dans la maladie d’Alzheimer : approche intégrative et fonctionnelle de Thi Mai Tran, Natalia Grabar et Loris Tamara Schiaratura (Laboratoire PSITEC, Lille 3) vise à comparer les performances en communication verbale et non verbale de patients atteints de cette maladie (voir Application). Les corpus recueillis en situation conversationnelle sont analysés d’un point de vue linguistique et non verbal (en particulier gestuel). L’analyse conjointe vise à décrire les interactions existant entre ces deux modes de communication et les compensations qui pourraient être envisagées dans le cadre clinique.

 

INTERPRETATION

Participants : Ali Abasnejad, Dany Amiot, Antonio Balvet, Bert Cappelle, Anne Carlier, Laurent Cesalli, Pierre Corbin, Ilse Depraetere, Karine Dubosc, Anne-Françoise Ehrhard-Macris, Nathalie Gasiglia, Natalia Grabar, Laurent Keiff, Maarten Lemmens, Rudy Loock, Claudio Majolino, Aurélie Merlo, Tatiana Milliaressi, Rafael Marín, Carmen Nuñez-Lagos, Kathleen O’Connor, Cédric Patin, Katia Paykin, Marion Pescheux, Chris Piñón, Shahid Rahman, Gerhard Schaden, Fayssal Tayalati, Tero Tulenheimo, Danièle Van de Velde.

La thématique Interprétation désigne l'étude du sens – au niveau du mot, de la phrase et du discours – qui implique une approche multidimensionnelle, très souvent située à l’interface de deux disciplines, par exemple sémantique et pragmatique, syntaxe et sémantique, morphologie et syntaxe, syntaxe et logique. Elle inclut les travaux de l’école de logique dialogique de Lille. Elle est fondée sur la recherche empirique et se combine souvent avec une approche comparée. Dans Interprétation, le rapport entre forme et sens est au cœur des recherches menées qui se regroupent autour de plusieurs problématiques :

Le temps, l’aspect et la modalité seront étudiés dans leur interdépendance tant sur le plan lexical que sur le plan grammatical, dans une optique disciplinaire (linguistique) et interdisciplinaire (linguistique, logique, philosophie).

Sur le plan lexical (aspectualité) :

Sur le plan grammatical :

(approches linguistique et logique : temporalité) Tero Tulenheimo et Gerhard Schaden analyseront la dépendance fonctionnelle dans le domaine des temps grammaticaux ;

(approche linguistique : temporalité et modalité) Anne-Françoise Ehrhard-Macris étudiera la sémantique temporelle et la valeur modale du prétérit allemand dans une optique comparative (par rapport au subjonctif II futur allemand) et dans une perspective contrastive (avec l'anglais et le français) ;

(approche linguistique : aspect) Chris Piñón s’intéressera à la composition aspectuelle, notamment aux cas où la valeur aspectuelle d’un constituant n’est pas unique (où il y a deux valeurs aspectuelles potentielles) : valeur vague, ambiguïté ou sous-spécification des valeurs. Anne Carlier se consacrera à l'auxiliation au moyen d'avoir et être en français et en particulier aux cas où les deux auxiliaires se font concurrence. L'opposition entre  la maison a brûlé et la maison est brûlée est habituellement décrite en termes aspectuels. Du point de vue de la structure argumentale, on admet que dans les deux cas, l'argument unique est interne et correspond du point de vue de son rôle thématique à un patient. Cette hypothèse sera soumise à un nouvel examen.

Sur le croisement du lexique et de la grammaire :

Une autre thématique étudiée concerne les noms, la nominalisation et les déterminants. Les travaux de plusieurs chercheurs (Fayssal Tayalati, Rafael Marín, Katia Paykin et Danièle Vandevelde) sont focalisés sur les nominalisations (déadjectivaux , déverbaux et les constructions dites dénominatives). Il s’agit, entre autres, de l’étude de leurs emplois et de leurs propriétés sémantico-syntaxiques, avec de l’attention pour le (non-)transfert de caractéristiques aspectuelles et de caractéristiques qui concernent la structure argumentale des catégories de base (voir structure argumentale). Parmi les langues étudiées il y a l’anglais, l’arabe, le français et le russe. Katia Paykin, Fayssal Tayalati et Danièle Vandevelde collaborent au projet ANR  « Nominalizations : Philosophical and Linguistic Perspectives » piloté par Friederike Moltmann (Paris 1) et Benjamin Schneider (Université de Hamburg).

Gerhard Schaden étudiera la question de l'arbitraire dans l'expression  linguistique de la partition des massiques et des comptables. La distinction  entre noms comptables et noms massiques concerne des propriétés linguistiques comme l'admissibilité d'un pluriel, et le choix des déterminants (notamment  des articles indéfinis qui sont acceptables avec des noms massiques et des  comptables singulier, mais pas avec les comptables au pluriel). Les études  formalistes ont mis dans l'ensemble l'accent sur le caractère arbitraire de  cette distinction: des référents a priori identiques peuvent être caractérisés comme massiques dans une langue, et comme comptables dans une autre. De  l'autre côté, des effets de recatégorisation sont assez similaires, et  suggèrent qu'il pourrait y avoir une propriété sémantique qui distingue la  comptabilité et la massivité. L'étude prendra en compte les résultats du projet sur les massiques et comptables chez les sujets autistes (voir Cognition).

Anne Carlier se consacre à la détermination nominale. Une première recherche concerne les articles. Elle s'interroge, dans une perspective typologique, sur l'émergence et la diffusion de la catégorie de l'article dans les langues de l'Europe occidentale et ses corrélations avec d'autres phénomènes morphosyntaxiques. Se consacrant spécifiquement à l'émergence des trois articles en français, l'article défini le, l'article indéfini singulier un et l'article indéfini non singulier du/des, elle étudie les facteurs qui déterminent le rythme du développement des articles.  Elle étudie, en collaboration avec Céline Guillot (ENS-Lyon), les démonstratifs, plus particulièrement le passage d'un système ternaire lié à la personne verbale vers un système binaire distal / proximal ainsi que la création d'une frontière catégorielle entre déterminants et pronoms (ce/celui).  Une dernière recherche concerne les quantifieurs de degré comme beaucoup, peu, assez et trop. Ces quantifieurs posent un problème quant à la catégorisation morphosyntaxique, car ils peuvent se rapporter non seulement, à la manière d'un adverbe, à un verbe ou à un adjectif (Marie a assez dansé, Marie est assez intelligente), mais s'associant à de, ils peuvent faire office de déterminant nominal (Marie a assez d'argent), voire se rapporter au nom et au verbe en même temps (Marie a trop dépensé d'argent). Une première recherche a porté sur le passage de multus, quantifieur nominal, vers beaucoup, quantifieur catégoriel sous-spécifié.  La recherche actuelle cherche à mettre en évidence l'hétérogénéité du paradigme des quantifieurs de degré  (voir Représentation). Par ailleurs, une recherche comparant le français et le russe est envisagée sur la quantification, en collaboration avec Katia Paykin.

La description formalisée des contraintes de structure argumentale des éléments prédicatifs constitue un domaine à l’intersection de plusieurs disciplines de la linguistique: syntaxe, sémantique, mais également dans une certaine mesure morphologie. Quelle que soit l’école linguistique d’appartenance, tous les chercheurs en morphologie, syntaxe et sémantique se retrouvent sur la question de la structure argumentale. Dans le cas particulier de l’action de recherche « Structure argumentale des adjectifs, des noms, des verbes », menée par Antonio Balvet en collaboration avec Rafael Marín et Aurélie Merlo, (avec les collaborateurs extérieurs María J. Arche, Antonio Fábregas et Anna Kupsc), l’accent est mis sur les relations morphologiques, qui conditionnent un héritage de propriétés syntaxiques et sémantiques entre les différentes unités lexicales. Enfin, cette action de recherche a une visée appliquée: les descriptions s’appuieront autant que possible sur des observations tirées de corpus, et ont vocation à servir de base à des ressources lexicales électroniques, exploitables pour le Traitement Automatique des Langues (TAL). Cette recherche vise donc à être complémentaire d’approches plus théoriques de cette question, mais elle vise également à s’articuler de façon étroite avec l’axe Application. Elle s’appuiera sur les projets en cours tel que le projet émergent Meshs Lille Nord de France LexVAN et le projet ex-BQR SaNOM, des actions de recherche au centre des collaborations université-entreprise (la SAS Ergonotics) ; elle a fait l’objet d’une valorisation, sous la forme d’une PTR (Prestation Technologie Réseau) OSEO STL-Ergonotics (voir Application).


Le projet LABEX TransferS « Espace, temps, existence », coordonné par Anne Carlier et Laure Sarda (ENS-Paris ; CNRS – UMR 8094), en collaboration avec Dany Amiot, Bert Cappelle, Katia Paykin et Fayssal Tayalati, se situe au carrefour de la philosophie et la linguistique et s’appuie par ailleurs sur la méthodologie expérimentale de la psychologie. Tant en philosophie analytique qu’en linguistique, la notion d’existence est mise en rapport avec celle d’ancrage spatio-temporel : exister est défini comme être localisé dans le temps et dans l’espace. La notion d’ancrage spatio-temporel a été mise à profit tant pour la référence aux « choses » évoquées par des noms que pour la référence aux procès évoqués par des prédicats verbaux. Se pose néanmoins la question de savoir si les constituants de localisation spatiale et ceux indiquant la localisation temporelle ont le même statut dans les prédications d’existence. Dans le cadre de ce projet, ils testeront l’hypothèse d’une asymétrie entre espace et temps dans l’ancrage des événements et, en admettant qu’exister revient fondamentalement à être dans l’espace, ils montreront de différentes façons le rôle central que joue l’espace dans l’individuation des entités et des événements. Du point de vue de la syntaxe, cette asymétrie a pour conséquence que les constituants spatiaux ont tendance à avoir un statut moins périphérique par rapport à la proposition et peuvent avoir le statut d’argument, contrairement aux constituants exprimant la localisation temporelle, qui sont presque invariablement des adjoints. Un premier état de la recherche menée autour de cette problématique sera présenté au Workshop « Space, Time and Existence », dans le cadre du Congrès de la Societas Linguisticae Europeae, qui se tiendra à Split (Croatie) en septembre 2013.

Karine Dubosc travaille sur les verbes copules et la nominalisation des adjectifs en espagnol. D’une part, tous les adjectifs ne se substantivent pas en espagnol (El anormal acude al hospital. – (L’anormal va à l’hôpital) - *El normal acude al hospital. (Hors référence anaphorique)). Il faut qu’ils soient marqués de traits sémantiques spécifiques pour pouvoir être précédés d’un article. D’autre part, les verbes copules ser et estar introduisent des adjectifs ayant des propriétés aspectuelles spécifiques.  (Juan es / *está normal. (Juan est normal.) - Juan es / *está anormal. )
Le projet de travail de Dubosc vise à rapprocher les différentes hypothèses dans les deux domaines évoqués ci-dessus, afin de développer les explications sur la structure argumentale des copules, tout en mettant en relief des propriétés lexico-sémantiques pertinentes en syntaxe. La recherche abordera dans un premier temps les adjectifs utilisés dans un lexique médical. Dubosc les analysera selon la dichotomie individual level / stage level, l’intérêt étant de montrer si les contraintes pour la substantivation de ces adjectifs sont identiques lors du choix d’un des deux verbes copules.

La sous-catégorisation verbale n’a à l’heure actuelle été étudiée que pour un nombre relativement restreint de langues de large diffusion, le plus souvent proches les unes des autres sur les plans génétique et typologique, et qui n’ont que rarement été comparées les unes aux autres. Le projet SKATE « Bases sémantique de la complémentation, langues : ukrainien, shingazidja, russe, arabe, français, anglais », coordonné par Natalia Grabar, Cédric Patin, Katia Paykin et Fayssal Tayalati (en collaboration avec l’étudiant M2 à Lille Pierre Chauveau Thoumelin) consiste en conséquence en une étude contrastive, qualitative et en partie quantitative de la sous-catégorisation verbale dans six langues distinctes, sur les plan génétique et typologique ainsi que dans la nature et l’ampleur des données disponibles : anglais, arabe, français, shingazidja, russe et ukrainien. Il a pour principaux objectifs le recueil de nouvelles données et la constitution d’un corpus, la comparaison de données issues de langues diverses, l’analyse de la distribution et des comportements des différents verbes considérés et la clarification des concepts généralement utilisés pour en rendre compte (notions d’action, d’événement ou de fait).

Le projet « Sémantique et syntaxe des expressions météorologiques » mené par Katia Paykin et Machteld Meulleman (Université de Reims) a comme but l’étude des expressions exprimant le temps météorologique : on peut utiliser des verbes impersonnels (français : Il pleut, néerlandais : Het onweert (litt. Il  orage), des noms météorologiques avec un verbe existentiel (français : Il y a du brouillard, anglais : There was a storm), de mouvement (russe : Idët dožd’ litt. Va pluie) ou de position (russe : Stoit tuman litt. est-debout brouillard, néerlandais : Er hangt mist litt. Il pend du brouillard), ou encore des constructions copulatives impersonnelles (russe : Bylo tumanno litt. Etait brouillardeux, anglais : It was foggy). Leur travail cherche à expliquer la variation formelle dans l’encodage des phénomènes météorologiques en anglais, français, néerlandais et en russe et revient sur la question de la structure argumentale des verbes météorologiques qui pourrait contenir un argument locatif.

Le projet « Structure argumentale des adjectifs », coordonné par Anne Carlier et Fayssal Tayalati (en collaboration avec Kathleen O’Connor, Katia Paykin et Danièle Van de Velde) est consacré à la structure argumentale de l’adjectif et plus particulièrement aux adjectifs dits à « supin » ou tough constructions (Ce livre est difficile à traduire). Il fait suite à un projet antérieur consacré aux adjectifs d’évaluation comportementale (Pierre est gentil de nous aider). Les deux paradigmes soulèvent en partie les mêmes questions : les constituants de nous aider et à traduire ont été analysés comme des adjoints en vertu de leur caractère facultatif. Cette analyse est pourtant mise en cause par le fait que ces deux structures doivent être mises en rapport respectivement avec Nous aider est gentil de la part de Pierre et Traduire ce livre est difficile où l’infinitif se trouve intégré au sujet. Par ailleurs, les constituants de nous aider et à traduire ne sauraient être analysés comme des compléments de l’adjectif : alors qu’un complément d’un adjectif est introduit par une préposition et dès lors proportionnel à un pronom clitique (Pierre est fier d’avoir réussi / Pierre en est fier ; Pierre est prêt à nous aider, Pierre y est prêt), cette proportionnalité fait défaut dans le cas de Pierre est gentil de nous aider / *Pierre en est gentil et de Ce livre est difficile à traduire / *Ce livre y est difficile. Les recherches dans le cadre de ce projet sont menées dans une perspective comparative, faisant intervenir l’italien, le français, le latin, le russe, l’anglais et l’arabe. L’étude de langues issues de familles différentes, notamment les langues casuelles, révèleront des propriétés nouvelles qui aideront à mieux décrire la structure argumentale des adjectifs étudiés.

Les travaux de plusieurs chercheurs relèvent du domaine du lexique. Carmen Núñez-Lagos étudie, en collaboration avec  A. Regúnaga de l’Université de Santa Rosa (Argentine), les expressions idiomatiques liées au corps employées pour signifier une émotion ou un état d’âme en espagnol et ses variantes, en contraste avec les langues amérindiennes. Elles sont abordées d’un point de vue sémantique, cognitif et culturel, sur la base d’études (Johnson & Lakoff 1980), primitifs sémantiques (Wierzbicka 1996, 1999), classification sémantique (Pamiès 2001), émotions (Ekman 2007).

Dany Amiot et Natalia Grabar travaillent sur un projet de lexique médical en Traitement Automatique de Langues. D'une part, il s'agit de proposer des méthodes automatiques et/ou manuelles pour construire les lexiques sémantiques qui conviennent à une tâche donnée et au domaine étudié. La détection des unités linguistiques et leur typages sémantiques font partie de cette problématique. D'autre part, il s'agit de pouvoir exploiter efficacement les lexiques construits pour effectuer l'annotation des documents (voir Application). De ce point de vue, les outils et leur capacité de reconnaître les variantes linguistiques, de même que la résolution des ambiguïtés et des lacunes, sont au centre des travaux de recherche.
Nathalie Gasiglia et Pierre Corbin poursuivront leurs travaux dans le domaine des descriptions syntaxico-sémantiques d’unités lexicales. Celles-ci peuvent être menées soit dans le cadre d’études méta-lexicographiques (afin de comparer les indications de constructions fournies par les dictionnaires aux emplois observés dans des compilations d’exemples dictionnairiques ou des énoncés extraits de corpus) (voir Application), soit dans le cadre d’études à des fins lexicographiques d’emplois attestés (comme c’est le cas, à partir de corpus de commentaires de matchs de football – qui permettent d’étudier des énoncés spécialisés destinés à un large public –, pour la description, au sein d’un dictionnaire des actions de jeu du football, d’unités prédicatives employées par les commentateurs pour narrer les actions de jeu).

À l'instigation de Dany Amiot, porteuse du projet « Autour des Constructions » soutenu par la MESHS (2011-12), un groupe de travail composé de Bert Cappelle, Cédric Patin, Fayssal Tayalati, Maarten Lemmens et de Kristel Van Goethem (Université de Louvain-la-Neuve) a commencé depuis juin 2012 à examiner les propriétés de deux groupes de constructions non-compositionnelles: (1) les constructions correspondant à X let alone Y en néerlandais (X laat staan Y) et en français (X encore moins/plus Y) et (2) les constructions (X) mais alors X et X maar dan ook X (néerlandais). Les analyses, fondées sur des corpus oraux et écrits, tiennent compte des données prosodiques (sur la base d’expérimentations) et sont effectuées dans une perspective contrastive (voir Representation).
 
Trois directions de travail se profilent dans l'analyse des aspects discursifs :

Le premier volet est constitué d'études sémantico-syntaxiques et discursives portant sur des particularités de construction et d'enchaînement des énoncés. Anne-Françoise Ehrhard-Macris prend pour objet « Les énoncés déclaratifs en V1 en allemand contemporain » à structure non binaire, rares en allemand. Il s'agit de cerner pourquoi et dans quel(s) contexte(s) les locuteurs emploient cette structure. Une distinction est effectuée entre les énoncés V1 suivis de la particule illocutoire doch et sans doch (V1, V1 + doch), à l'exclusion des énoncés hypothétiques à structure binaire. L'analyse intègre l'étude de la valeur logique de la proposition et la structure informationnelle. Les bases de données allemandes de l'IDS de Mannheim  et du projet Tiger à Stuttgart serviront de support. Carmen Núñez-Lagos étudie en espagnol que, subordonnant et connecteur, dans le cadre d'une approche contrastive espagnol / français menée au sein du groupe CorTex (voir Application). L'objectif est une évaluation quantitative et qualitative des correspondances qu'il est possible d'établir à partir d'un corpus bilingue français/espagnol afin de reconnaître, d'une part, la qualité des traductions de que, connecteur de propositions indépendantes (analyses esp->fr.), et, d'autre part, celle des complétives (en espagnol) avec et sans que à la lumière de problèmes de traduction (fr->esp.). Les complétives seront caractérisées sur le plan morphosyntaxique, sémantique et discursif.

Un deuxième volet concerne un projet de Marion Pescheux « Autour de la notion de définition en didactique de la langue française ». Il s’agit d’une réflexion sur l'aspect didactique du lexique en FLM et n'ayant pas encore d'application significative en FLE/S. La base d'études est la prédication d'identité, réalisée par des énoncés définitionnels du type  Un/le X est/n’est pas un/le Y, où la forme syntaxique de l'énoncé induit une « focalisation anaphorique ». L'approche a pour particularité d'allier une étude métalinguistique à une pragmatique du discours, le corpus étant la production première spontanée des enseignants.

Le troisième volet est constitué par le projet de recherches de Rudy Loock en pragmatique du discours (« les allostructures ») et en pragmatique expérimentale. Les études se situent dans la continuité de ses travaux sur les relatives appositives en anglais et leurs structures concurrentes en discours pour s'ouvrir sur la question de la sécurisation des jugements d'acceptabilité. Il se propose l'exploitation du protocole de la Magnitude Estimation afin de donner une valeur scientifique aux jugements d'acceptabilité (pragmatique vs. apragmatique).

Chris Piñón va étudier la question du vague. Un grand nombre d’expressions dans les langages naturels sont vagues. Les exemples classiques sont les adjectifs gradables comme sec, ouvert, large, grand, etc., Il existe également des modifieurs qui portent sur le degré de vague dans le sens d’une expression, comme complètement, strictement, légèrement, plus ou moins, etc. La question du traitement du vague est devenue un sujet très étudié en sémantique, surtout dans les approches formelles, où des questions portant sur la vérité et la bivalence contre la multivalence se posent plus vivement. Le but du projet de recherche actuel est d’étudier les différentes approches théoriques du vague qui ont été développées en philosophie afin de voir comment elles pourraient être appliquées aux phénomènes empiriques en sémantique. Parmi les théories qui seront étudiées figurent trois approches : (i) la modélisation du vague par les degrés (nombres) ; (ii) l’idée que le vague est surtout un problème épistémique ; (iii) l’emploi de la notion de supervaluations pour faire une distinction entre la vérité et la super-vérité. Ali Abasnejad sera associé à cette recherche.

L’interface sémantique-pragmatique regroupe des recherches de linguistes (Bert Cappelle, Laurence Delrue, Ilse Depraetere, Maarten Lemmens, Rudy Loock, Chris Piñón, Gerhard Schaden), logiciens (Laurent Keiff, Shahid Rahman) et philosophes du langage (Claudio Majolino, Laurent Cesalli) concernant le rôle et le statut des effets contextuels pour la construction du sens.

Une question centrale qui se pose dans l’effort d’élucidation du phénomène du sens des expressions linguistiques est celle du lien entre philosophies du langage et de l’esprit: quels sont les rapports entre la valeur sémantique des expressions d’une part, et les dispositions, états ou actes mentaux d’autre part ? Cette question ne concerne pas seulement l’analyse des processus de production et de réception des paroles, mais aussi la question de savoir si le mental – et en premier lieu, les intentions des locuteurs – est constitutif du sens. Au-delà de son intérêt pour le débat contemporain, cette problématique délimite un champ de recherche qui allie considérations historiques et théoriques : l’association étroite des philosophies du langage et de l’esprit est tout particulièrement marquée dans la tradition brentanienne (fin 19e début 20e) ainsi que dans la pensée scolastique (12e-14e) dans laquelle la philosophie dite « autrichienne » est manifestement enracinée.
Du point de vue de la linguistique, la question est surtout de savoir de quelle façon les développements théoriques en philosophie du langage depuis Grice (1975), tels que le minimalisme (Borg 2012) ou la pragmatique véri-conditionnelle (Recanati 2010), peuvent être exploités pour l’analyse empirique de phénomènes langagiers spécifiques (par exemple, pour l’analyse des modaux et des temps en anglais).  Un séminaire interdisciplinaire a été organisé en 2012-13 (L’interface sémantique : perspectives linguistiques, logiques et philosophiques), et dans la suite de celui-ci, un groupe de lecture et une journée d’études consacrés à l’enrichissement pragmatique seront organisés en 2013-4.

Shahid Rahman s’inspire de la Constructive Type Theory  (CTT) pour développer une théorie formelle du sens dialogique appliquée à l’étude de l’argumentation et de la conversation dans le langage naturel. Le projet peut se décliner en 5 points : (i) l’étude des prédicats identificationnels ; (ii) l’interaction entre les opérateurs intentionnels et les quantificateurs, du point de vue du contexte ou des “dependent-types”; (iii) la notion de type-record d’un point de vue constructif, en faisant usage des “higher-order types”; (iv) l’étude des prédicats “vagues”; (v) l’étude de la construction de la dynamique du sens dans le cadre de débats.
Dans un second projet, Shahid Rahman examinera les implications de la CTT pour l’étude des forces dynamiques à l’origine de la fondation des mathématiques et de la logique. Cette étude comprendra deux volets : (i) une approche comparative qui confrontera les théories de l’argumentation et l’approche dialogique, avec pour objectif le développement d’une sémantique formelle de la théorie de l’argumentation ; (ii) le développement d’une étude mathématique systématique de la notion de stratégie dans les reconstructions dialogiques.

 

 

REPRESENTATION

Participants : Dany Amiot, Antonio Balvet, Caroline Bouzon, Anne Carlier, Georgette Dal, Laurence Delrue, Anne-Françoise Ehrhard-Macris, Natalia Grabar, Martin Haiden, Rim Hamdi, Maarten Lemmens, Roland Noske, Kathleen O’Connor, Cédric Patin, Christopher Piñón, Shahid Rahman, Gerhard Schaden, Efstathia Soroli, Mai Thi Tran, Delphine Tribout, Tero Tulenheimo.

Les études menées au sein de la thématique Représentation poursuivent plusieurs objectifs :
–d’une part, la recherche et l’identification des éléments et des constituants (ultimes) du langage ainsi que la description et l’examen détaillé de leurs comportements, associations et interactions au sein de structures diverses (mots, syntagmes, phrases, énoncés, etc.) ;
–la modélisation des relations que ces différents éléments entretiennent les uns avec les autres, dans des cadres théoriques allant des différentes versions des modèles génératifsaux Grammaires de construction. Cette modélisation peut chez certains s’étendre jusqu’à la formalisation de ces rapports, sans jamais s’y limiter.

Pour ce faire, les (enseignants-)chercheurs associés à cette thématique s’appuient sur l’utilisation et l’examen critique d’approches aussi différentes que complémentaires, tant du côté des outils ou sources utilisés (données d’élicitation, corpus oraux ou écrits de différentes ampleurs), des branches étudiées (de la phonétique à la pragmatique, en passant par la phonologie, la morphologie, la syntaxe, et la sémantique) que des démarches adoptées.

Identification

Les travaux de la thématique ont notamment pour objectif la recherche et l’identification des éléments et constituants (ultimes) du langage.

Dimensions

Comme indiqué ci-dessus, le programme de recherche concerne une grande partie des grands champs fondamentaux des Sciences du langage.

Les phonéticiens et phonologues du laboratoire mèneront en particulier un grand travail de recherche sur l’identification et la description des unités prosodiques telles qu’elles se présentent dans diverses langues : anglais (recherches de Caroline Bouzon sur le rythme et le débit et la parole - Bouzon 2005, Auran & Bouzon 2009, 2010a, 2010b, 2011 -, de Laurence Delrue sur l’identification des mouvements associés aux structures prosodiques), chti (recherches à venir de Laurence Delrue et Cédric Patin). Cédric Patin poursuivra ainsi les travaux qu’il conduit depuis sa thèse (Patin 2007) sur les  caractéristiques des syntagmes prosodiques et des intons du shingazidja, une langue bantu des Comores (Patin 2008, 2010).
               
Dany Amiot, Georgette Dal et Delphine Tribout, de leur côté, conduiront une réflexion sur la nature et le type d'objets sur lesquels porte la morphologie ; elles chercheront notamment à déterminer si ces objets sont les mêmes en morphologie flexionnelle et en morphologie constructionnelle (Georgette Dal et Delphine Tribout), en composition et en dérivation (Dany Amiot), en morphologie et en syntaxe (Dany Amiot). Natalia Grabar quant à elle étudiera ces mêmes questions à partir de l’étude d’un cas bien particulier : la représentation que l’on a de mots techniques souvent absents des dictionnaires, comme trachéotomie, ostéogénèse ou dorsarthrose (si le mot peut paraître inconnu et opaque, les composants de ce mot peuvent être plus familiers – ostéo, arthrose, génèse... – grâce aux autres emplois qu'ils ont dans la langue). Ces études, qui associent plusieurs enseignants-chercheurs de STL (Mai Thi Tran, Efstathia Soroli, Georgette Dal, Dany Amiot)  ont bénéficié d’un financement de la Meshs en 2011-2012 (Projet émergent CoMèTe) et devraient déboucher sur un projet de plus grande envergure.
               
La caractérisation des catégories syntaxiques, notamment des traits binaires que l’on peut associer à ces catégories, sera explorée par Martin Haiden. Kathleen O’Connor s’intéressera aux différents types de modification non-restrictive (appositives, adverbiales non-finies, constructions absolues) afin de déterminer les caractéristiques syntaxiques qui les distinguent, ainsi que celles qui les rapprochent. Antonio Balvet, de son côté, proposera une description des propriétés des unités prédicatives, non seulement en français, mais également dans d'autres langues (orales et gestuelles). Ce travail s'articule de façon directe avec les projets ANR JCJC Nomage (2007-2010) et ANR Corpus Creagest (2007-2012) auxquels il a participé comme avec les projets Meshs émergent LexVAN et exBQR SaNOM (en cours). Il construira des ponts avec les recherches menées dans les thématiques Interprétation et Application, dans la mesure où elles s’appuieront sur la constitution de ressources linguistiques (lexiques électroniques, règles symboliques et/ou modèles statistiques d'analyse, corpus annotés) centrées sur cette problématique (collaborations avec la SAS Ergonotics).
             

Histoire(s)

La seule caractérisation de ces composants, toutefois, ne peut suffire à celui qui cherche à pleinement les appréhender. Pour ce faire, les membres de la thématique s’attacheront notamment à comprendre l’histoire, ou les histoires, de ces éléments. Cet objectif se construira notamment à travers des recherches menées en diachronie, telles : 

celles de Roland Noske, dont les travaux interrogent la pertinence, l’ordre d’apparition et la validité des lois de phonétique historique les plus connues (loi de Grimm, loi de Verner) à l’aune des théories phonologiques modernes (Noske 2009, 2012) ;

de Gerhard Schaden, sur la simulation des changements linguistiques (Schaden 2012) ;

celles que Maarten Lemmens consacre à l’évolution des verbes de placement en néerlandais et en anglais (Lemmens soumis), ou encore à l’étude diachronique des alternances verbales en anglais (Lemmens en prép.), notamment l’alternance causative (en collaboration avec une future doctorante, Laurence Romain ;

ou celles qu’Anne Carlier, en collaboration avec Céline Guillot de l'ENS de Lyon et avec Maria Selig, de l'Université de Regensburg, consacre au passage du latin tardif au français ancien. Ces dernières recherches ont déjà conduit, dans le cadre du projet ANR Corptef (2008-2011, Corpus représentatif des premiers textes français, piloté par l’UMR 5191 ICAR, dans le cadre de l’appel à projets Corpus), à la constitution d’une base représentative des premiers textes français et des textes traduits latin tardif/ancien français, qui permettra d'étudier cette période mal connue de l'histoire du français. (voir Interprétation)

Plus spécifiquement, nombre de membres de la thématique consacreront une large part de leur travail à l’identification de différents mécanismes de grammaticalisation (synchronique ou diachronique) :

Cadres et stratégies d’analyse

Une diversité de stratégies, moyens et cadres d’analyse sont utilisés pour la modélisation et la formalisation des structures des éléments évoqués dans la section précédente, ou de leurs interactions.
 
Corpus et outils

Tout un pan des recherches assurées dans le cadre de cette thématique,  en se focalisant sur la modélisation des constituants, règles et structures du langage, permettront de construire des liens avec la thématique Application. C’est notamment le cas des travaux qu’Antonio Balvet consacrera à la description formalisée des propriétés de structure argumentale, qui visent explicitement des applications concrètes : outillage linguistique pour la recherche en corpus (humaine et automatique), ingénierie linguistique. L’objectif, à terme, est d'apprécier la productivité en corpus des différents cadres de sous-catégorisation identifiés, d’élaborer des règles d'extraction en corpus, et plus généralement de proposer des outils permettant de tester des hypothèses sur les contraintes de structure argumentale des langues naturelles, quelle que soit la modalité (audio-orale, visuo-gestuelle ou formes écrites de ces langues). Les recherches de Natalia Grabar qui ont été évoquées dans la section précédente s’inscrivent également dans cette dynamique. (voir Interprétation)

Laurence Delrue, de son côté, s’appuiera sur un logiciel semi-automatisé appelé ‘XY’ (créé au Laboratoire de Phonétique de l'Université de Lille 3), qui permet la visualisation sur graphiques des variations de la courbe de Fréquence Fondamentale de la voix synchronisée aux variations des mouvements de tête (Haut/Bas, Droite/Gauche) et de l'aperture des yeux, pour conduire des micro-analyses du discours à partir d'une banque de données de brefs entretiens filmés de locuteurs britanniques. Elle est également impliquée dans la mise en place d’une base de données audiovisuelle standardisée et ouverte (annotée à l’aide du logiciel ELAN dans le cadre d’un standard tel que la Text Encoding Initiative), construite dans le cadre du projet de recherche "Bonus Qualité Recherche" (Lille Métropole Communauté Urbaine, sous la direction de A. Brunellière). Cette base de données sera utilisée comme support à des expérimentations destinées à favoriser une meilleure compréhension et une quantification précise de l’impact des informations visuelles dues aux mouvements du visage et des bras accompagnant les changements prosodiques de la parole en français.

Caroline Bouzon, de son côté, s’attèlera, en collaboration avec des chercheurs du LPL, à la constitution d’un grand corpus oral multilingue (restreint dans un premier temps à l’anglais et au français) intégrant différents débit de parole.
 

Grammaires de construction

Plusieurs (enseignants-)chercheurs associés à cette thématique, ainsi que d’autres,  rattachés à d’autres thématiques de l’axe ‘Forme et sens’, inscrivent leurs travaux dans le champ de ce que l’on nomme les Grammaires de Construction (cf. par ex. Goldberg 2006, le volume de synthèse des Cahiers du Crisco 2008, ou plus récemment Hoffmann & Trousdale (2013). Ce cadre théorique unifie des recherches qui se situent généralement à l’interface entre plusieurs domaines, principalement à l’interface entre syntaxe et sémantique (Bert Cappelle, Anne Carlier, Maarten Lemmens), entre morphologie, syntaxe et sémantique (Dany Amiot, Delphine Tribout) et entre sémantique et pragmatique (Bert Cappelle et Ilse Depraetere, voir Interprétation). Un projet intitulé “Autour des constructions”, coordonné par Dany Amiot et financé par la Meshs, a réuni d’octobre 2011 à octobre 2012 des (enseignants-)chercheurs de différentes spécialités (morphologues, syntacticiens, sémanticiens, phonologues, acquisitionnistes, psycholinguistes). Outre les deux communications auxquelles il a donné lieu lors du dernier colloque AFLiCo (mai 2013), il devrait servir de point d’ancrage à un nouveau projet, de plus grande envergure, dont une des spécificités serait la perspective comparatiste.
 
Natalia Grabar utilise les méthodes du courant de colloconstruction basées sur les associations entre mots ou constructions dans les corpus et la significativité statistique de ces associations (projet WOG Contragram avec l'Université d'Anvers) et les abstractions grammaticales des constructions, en collaboration avec Bert Cappelle. Dans les deux cas, les méthodes proposent d'aller au delà des fréquences brutes de phénomènes et d'asseoir les observations sur les bases théoriques et statistiques.

 

Grammaires génératives

Les travaux de plusieurs membres de la thématique s’inscrivent dans le cadre des grammaires génératives et de ses dérivées.

Martin Haiden s’intéressera à la représentation des concepts syntaxiques sous la forme de faisceaux de traits ou de règles, dans le cadre du modèle génératif transformationnel actuel. Il continuera de développer les travaux qu’il conduit depuis 2005 sur le Theta System (Reinhart, 2000 ; Haiden, 2005, 2007, 2012), pour lequel il est devenu une référence, et les recherches qu’il conduit avec Sandra Bendjaballah sur la notion de gabarit.

Christopher Piñón étudiera la modification adverbiale, et plus spécifiquement la modification par les adverbes de manière. Il poursuivra l'idée que la classe des adverbes de manière est plus large qu’on ne le dit généralement, et qu'elle inclut aussi les adverbes orientés sur l'agent. Il examinera par ailleurs la question de la représentation des adverbes de manière, par exemple en répondant à la question de savoir s'ils devraient être analysés comme des prédicats d'événements ou s'il y a une meilleure façon de les représenter.

Kathleen O’Connor examinera deux grandes questions syntaxiques liées à la modification non-restrictive : (i) la syntaxe interne des modifieurs (présence de structures fonctionnelles, de sujets, de complémenteurs) ; (ii) la nature du lien syntaxique qui relie le modifieur à sa proposition hôte.
 
Les travaux de phonologie de Roland Noske et Cédric Patin s’inscriront notamment dans le cadre de la Théorie de l’optimalité, le premier utilisant ce modèle pour ses ré-analyses des règles de phonologie historique, le second pour ses travaux consacrés aux phénomènes d’interface prosodie-syntaxe dans les langues bantu (Patin 2007, 2008). Cédric Patin continuera par ailleurs d’explorer l’application du modèle CVCV aux phénomènes segmentaux du shingazidja (Patin 2013).

 

Head-driven Phrase Strucure Grammar (HPSG)

Les recherches évoquées dans le paragraphe précédent intègrent une dimension formelle que l’on retrouve dans d’autres travaux associés à cette thématique. Par exemple, les réflexions de Delphine Tribout sur l'architecture générale de la morphologie, flexionnelle et constructionnelle, se traduisent par une formalisation des unités de la morphologie, des relations entre ces unités, et d'une architecture globale de la morphologie en HPSG.

 

Discourse Representation Theory (DRT)

Gerhard Schaden s’appuiera sur des modèles formels de représentation du sens, tels  le calcul lambda ou la Discourse Representation Theory [DRT]. Depuis peu, il  élabore des simulations par ordinateur qui utilisent des modèles d'apprentissage itérés, et s’intéresse aux rapports qu'entretiennent les référents avec l'apprentissage des mots ou des constructions grammaticales qui s'y réfèrent, ainsi qu’à l'impact qu'a la fréquence d'utilisation d'un item  linguistique sur son sens. Il s'intéressera particulièrement à l'idée que des  formes linguistiques qui ont des significations identiques puissent avoir des  “utilisations” différentes en fonction des autres formes grammaticales qui sont en compétition avec ladite forme. En lien avec le projet "Interface sémantique–pragmatique" (voir Interprétation), il étudiera comment des stratégies  de résolution pragmatique de situations de compétition peuvent se développer à long terme.

 

Constructive Type Theory (CTT)

La théorie formelle du sens dialogique développée par Shahid Rahman (voir interprétation) est inspirée par la Constructive Type Theory et appliquée à l’étude de l’argumentation et de la conversation dans le langage naturel.

Tero Tulenheimo, quant à lui, souhaite étudier les différentes manières de représenter la forme logique des phrases qui utilisent des expressions temporelles et modales. (voir Interprétation) Dans ce cadre, ce qui l'intéresse, ce sont les différents types de relations de dépendance, plus précisément les interactions sémantiques entre différentes expressions telles que les quantificateurs et les temps grammaticaux.

 

Histoire des analyses

Les réflexions sur l’utilisation et la pertinence des outils et cadres d’analyse utilisés s’étendront parfois jusqu’à l’examen historique de certains cadres d’analyse.

Cédric Patin poursuivra dans ce cadre les travaux qu’ils vient d’entreprendre sur l’histoire des analyses de l’interface phonologie-syntaxe, et notamment sur l’importance que les langues bantu ont eu dans l’émergence de cette thématique de recherche (Patin soumis).

Anne-Françoise Ehrhard-Macris, dont les travaux s’inscrivent à l'interface de l'histoire des théories linguistiques et de l'histoire de la grammaire, s’intéressera notamment à ce que l’on désigne traditionnellement comme la grammaire générale française (Naumann, Spitzl-Dupic), et plus particulièrement à l’influence durable qu’elle a exercé sur l’écriture grammaticale allemande. Pour ce faire, elle s’appuiera sur un corpus de référence constitué de grammaires scolaires allemandes de la fin du XVIIIème siècle jusqu'au début du XXème siècle et de correspondances entre certains grammairiens. Elle s’intéressera notamment à l'évolution terminologique dans le domaine du « mode ». Un autre aspect de la recherche d’A.-F. Ehrhard-Macris sera consacré à l’examen des travaux de Ries (1857-1933) sur les difficultés liées à l'identification de la phrase (Satz) où il prend position, de manière implicite ou explicite, contre des modèles en cours et plus anciens : en particulier l'analyse logique traditionnelle de la proposition et d'autres courants, notamment le courant psychologisant. (voir Traduction)

 

COMPORTEMENTS, ASSOCIATIONS ET INTERACTIONS

 

Les renvois qui figurent dans le projet témoignent des multiples associations et interactions entre les thématiques et à l’intérieur de celles-ci. En effet, afin de déterminer comment se construisent et se structurent les différentes unités et leurs sens respectifs, il est important de comprendre comment elles interagissent les unes avec les autres, au sein de structures diverses (mots, syntagmes, phrases, énoncés, etc.) et comment elles s’articulent dans des applications concrètes. Cet angle d’approche, qui est essentiel si l’on souhaite distinguer les propriétés intrinsèques de ces composants de celles qui émergent en contexte, ne peut se construire qu’à partir d’une complémentarité d’approches :
- des études expérimentales, telles celles que conduisent par exemple Martin Haiden et Eva Soroli ;
- le recueil de données d’élicitation (Cédric Patin)  ;
- l’examen de jugements de grammaticalité (Martin Haiden, Rudy Loock) ;
- des études comparatives et typologiques, telles celles que conduit Roland Noske sur les propriétés prosodiques (syllabation, accentuation) des langues romanes et germaniques, ou celles qu’Antonio Balvet consacrera à différentes langues orales et signées ou encore les études menées dans le cadre du project CorTex ou dans le cadre de la compilation de dictionnaires (voir application) et les projets qui concernent la nominalisation, pour citer quelques exemples ;
- des études consacrées à des familles de langues - langues romanes (Anne Carlier), langues bantu (Cédric Patin) ;
- la construction et l’examen de corpus oraux ou écrits de différentes ampleurs (Dany Amiot, Antonio Balvet, Caroline Bouzon, Anne Carlier, Rudy Loock, Natalia Grabar, Maarten Lemmens, Carmen Núñez-Lagos).

De nombreux travaux menés dans le cadre de Forme et Sens enrichiront et complèteront ainsi ceux qui seront menés dans le cadre, plus large, de l’axe transversal Interfaces et rencontres. C’est notamment le cas des recherches menées à l’interface phonologie-syntaxe ou à l’interface morphologie-sémantique, morphologie-syntaxe, syntaxe-sémantique, sémantique-pragmatique ou encore des travaux associant prosodie et discours ou prosodie / parole et geste.

 

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