Contractualisation vague D 2010-2013

 

Unité de recherche : dossier unique

 

PROJET

(Partie 1 : Projet scientifique)

 

 

 

 

Projet scientifique pour la période 2010-2013

 

            UMR 8163 "Savoirs, textes, Langage" (STL)

 

Analyse et interprétation des formes de langues et de discours et des modes de connaissances:

linguistique, philologie classique, philosophie, histoire des sciences

 

 

 

 

Porteurs du projet : Christian Berner, directeur, et Antonio Balvet, directeur-adjoint.

 

 


 

III.- Projets scientifiques par grand axe

 

 

 

 

 

 

Organigramme du quadriennal 2010-2013

 

Axe A. Syntaxe, Interprétation, Lexique, Acquisition

Thématique 1 : Lexique

Thématique 2 : Syntaxe et sémantique de la phrase, du syntagme verbal et du syntagme nominal

Thématique 3 : Discours, oralité(s), gestualité(s)

Thématique 4 : Acquisition et didactique des langues

 

Axe B. Formes et interprétations des discours de l'Antiquité grecque et latine

Thématique 1 : Formes, pratiques et production poétiques et discursives de l’Antiquité

Thématique 2 : Les discours théoriques de l'Antiquité, leur appropriation et leur développement dans les pays d’Islam, au Moyen Âge latin et dans l'humanisme de la Renaissance : argumentation, tradition

 

Axe C. Concepts et pratiques philosophiques

Thématique 1 : Ethique, droit et société

Thématique 2 : Langage et interprétation : phénoménologie, herméneutique

Thématique 3 : Arts et littératures : pratiques, critique, théories

Thématique 4 : Logique, connaissance et argumentation

 

Axe D. Différenciations et mutations des savoirs

Thématique 1 : Science et philosophie à l’âge classique

Thématique 2 : Différenciations et mutations dans les sciences modernes et contemporaines

Thématique 3 : Savoirs et pratiques de pensée : la philosophie française contemporaine

 

 

 

 

 

Projets scientifiques par axe

 

 

 

 

Axe A. Syntaxe, Interprétation, Lexique, Acquisition

(responsable : Georgette Dal)

 

1. Restructuration du domaine

L’actuel domaine A « Syntaxe, interprétation, lexique, Acquisition » de STL, dit « domaine des linguistes », et coordonné par Georgette Dal, se structure selon quatre thématiques :

1)      Thématique 1 : Phonologie et morphologie : structures, interfaces et interprétation

2)      Thématique 2 : Syntaxe et sémantique : forme et interprétation

3)      Thématique 3 : Lexicographie, terminographie et traitement automatique des langues

4)      Thématique 4 : Acquisition et didactique des langues premières et secondes

chaque thématique comptant un nombre variable de chercheurs et d’enseignants-chercheurs (respectivement 7,  22, 7 (dont 3 de façon principale) et 11).

Pour le prochain quadriennal, à la suite de deux réunions au premier semestre 2008 (1e février et 4 avril) auxquelles étaient invités les linguistes de l’UMR (15 présents à chaque réunion), il a été décidé de restructurer ce domaine, qui deviendra un axe, avec l’objectif principal de rendre visibles les nouvelles thématiques abordées, à la suite de départ et de l’arrivée de plusieurs enseignants-chercheurs en cours de quadriennal. Incidemment, cette restructuration, qui porte essentiellement sur les thématiques 1 à 3, réduira en partie les disparités quantitatives existant actuellement entre les thématiques.

L’axe ainsi redéfini sera organisé selon quatre thématiques, elles-mêmes organisées chacune en trois opérations :

1)      Thématique 1 : Lexique

1.1.  Lexicographie, terminographie

1.2.  Morphologie

1.3.  Sémantique lexicale

2)      Thématique 2 : Syntaxe et sémantique de la phrase, du syntagme verbal et du syntagme nominal

2.1. La phrase

2.2. Le syntagme verbal

2.3. Le syntagme nominal

3)      Thématique 3 : Discours, oralité(s), gestualité(s)

3.1. Acoustique, phonétique et phonologie

3.2. Pragmatique, texte et discours

3.3. Gestualité(s)

4)      Thématique 4 : Acquisition et didactique des langues

4.1. Plurilinguisme, interculturalité et acquisition langues secondes / langues étrangères

4.2. Acquisition L1/L2, pathologie

4.3. Enseignement / apprentissage des langues

Chaque linguiste de STL pourra être rattaché à une thématique principale et à une ou plusieurs thématiques secondaires.

A ces quatre thématiques structurant l’axe 1 viennent s’ajouter des propositions d’opérations transversales de deux types :

– opérations transversales internes à l’axe 1 :

o        Espace et temps

o        Linguistique comparée / typologie des langues

o        Diachronie

– opérations transversales interaxes :

o        Traitement automatique des langues et corpus

o        Histoire de la grammaire et des théories linguistiques

o        Traduction

o        Anaphore, référence

o        Modélisation, formalisation

Les premières ont pour objectif de faire apparaître certaines des préoccupations communes aux linguistes de l’UMR, orthogonales aux quatre thématiques dégagées. Les secondes ont pour vocation essentielle de favoriser les collaborations entre membres de STL (linguistes, philosophes, philologues, épistémologues), par exemple au travers de l’organisation de séminaires communs.

 

Une communication vers l’extérieur sera réalisée sur cette restructuration, grâce à un travail de refonte de la page web de présentation de l’UMR. S’agissant de l’axe des linguistes, il faudra faire en sorte qu’un visiteur ne connaissant pas les travaux linguistiques menés à STL identifie rapidement le contenu des thématiques structurant l’axe, et, qu’il soit étudiant ou chercheur, quels pourraient être ses interlocuteurs en matière de recherche.

 

Même si le français et l’anglais restent dominants, les langues étudiées seront aussi variées que dans le précédent quadriennal : a priori, arabe, espagnol, catalan, portugais, portugais du Brésil, italien, allemand, suédois, néerlandais, malgache, roumain, russe, grec moderne, langue des signes française, langue des signes chilienne, langue des signes belge.

Un effort de communication sera également fait pour rendre compte de cette diversité, avec une insistance particulière sur la langue des signes française, dans la mesure où plusieurs membres de STL travaillent sur cette langue, dans des perspectives différentes.

 

La procédure de nomination des responsables de thématiques est actuellement en cours.

 

2. Projets par thématique

 

2.1. Thématique 1 : lexique

 

Le point commun aux recherches qui seront menées dans la nouvelle thématique 1 est l’étude du lexique, dans ses dimensions sémantique, morphologique et en tant qu’il peut être consigné dans les objets que sont les dictionnaires. En soi, l’objet n’est pas nouveau (le lexique a toujours constitué un objet de recherche privilégié dans le laboratoire), mais nous avons tenu à rendre visible cette préoccupation en en faisant le libellé d’une thématique. Telle qu’elle se présente dans le nouveau quadriennal, la thématique 1 subsumera la partie de l’ancienne thématique 1 consacrée à la morphologie, la partie de l’ancienne thématique 2 consacrée à la sémantique lexicale, et la partie de l’ancienne thématique 3 consacrée à la lexicographie et à la terminographie. Elle comptera ainsi une dizaine de membres.

Certains des projets menés dans cette thématique se rattachent en outre à des opérations transversales internes au domaine des linguistes, ou à des opérations transversales interaxes, ce qui permet des collaborations avec des membres travaillant dans d’autres thématiques ou d’autres axes.

 

Dans le prochain quadriennal, les membres de la thématique 1 :

– poursuivront les projets de recherche collaborative dans lesquels ils sont engagés, qu’il s’agisse de projets ANR ou d’autres types de projets dotés d’un financement spécifique :

  • R. Marin et A. Balvet (opération 1.3. « Sémantique lexicale »), porteurs du projet ANR-07-JCJC-0085-01, Analyse sémantique et codification lexicale des nominalisations « NOMAGE », qui réunit des membres des universités de Lille 3 (dont Pauline Hass, doctorante), Paris 7, Pompeu Fabra, Barcelone et Osnabrück, se demandent centralement si les formes nominalisées héritent de certains traits sémantiques (notamment aspectuels) de leurs bases verbales ou adjectivales. Depuis janvier 2008, date effective du début du projet, ils ont adapté des tests linguistiques pour l’annotation en corpus des nominalisations. D'après les premiers résultats obtenus, seule une partie des traits aspectuels est effectivement héritée par les formes nominales. La détection des divergences entre formes d'origine et formes dérivées, ainsi que l'élaboration d'un ensemble de tests linguistiques adaptés au traitement de l'aspect nominal, sont les deux piliers du projet. La première retombée attendue est d’apporter de nouveaux éléments à la compréhension des relations entre l'Aktionsart des noms et celle des verbes et adjectifs morphologiquement apparentés. A cet objectif principal s'ajoute l'élaboration d'une ontologie adaptée au traitement des objets abstraits (situations, faits, propositions) dénotés par les nominalisations. L'autre retombée majeure concerne l'évaluation et la distribution d'un outil d'annotation sémantique, qui mettra en œuvre les informations accumulées et formalisées au sein du lexique sémantique proposé, ainsi que les donnés provenant de XCRF (ce dernier est un outil généraliste d'annotation d'arbres XML distribué par le GRAPPA-LIFL). Il s’agira ainsi d'assurer une large couverture empirique, en permettant aussi bien l'étiquetage d'occurrences déjà rencontrées et décrites au sein du lexique que celui d'occurrences nouvelles.
  • G. Dal (opération 1.2. « Morphologie ») travaillera à la mise en œuvre du projet LAPROMOR (« La productivité morphologique »), qu’elle porte avec D. Amiot, elle aussi professeur des universités spécialiste de morphologie qui a intégré le laboratoire en septembre 2008. Si le projet, déposé en mai 2008 auprès de la Maison Européenne des Sciences de l’Homme et de la société (MESHS) de Lille Nord de France dans le cadre du CPER, est accepté, il s’agira de poursuivre le travail entamé dans le GDR 2220 « Description et  modélisation en morphologie » qui s’est achevé en décembre 2007 (directeur : B. Fradin) sur la question de la productivité morphologique, de déterminer comment émergent et se fixent les règles de construction de lexèmes, de mener une étude comparative entre le français et d’autres langues pour lesquelles les données sur la productivité sont disponibles, enfin, de se poser la question de la compréhension, par l’enfant d’âge scolaire, des mots nouveaux construits qu’il rencontre quotidiennement. LAPROMOR, qui repose sur des compétences transversales et réunit à cet effet des chercheurs présentant les compétences nécessaires (morphologues, talistes, informaticiens, statisticiens, psychologues) en France mais aussi à l’étranger, est prévu pour la période 2009-10. A terme, il pourra déboucher sur un projet de plus grande envergure (projet ANR ou projet européen).          
    G. Dal poursuivra également la coordination du projet d’écriture d’un manuel de morphologie financé par l’Institut de Linguistique Française (ILF) et s’appuyant sur les résultats de recherche les plus récents dans le domaine (de nouveau, D. Amiot est impliquée dans le projet). Elle participera aussi au projet CPER déposé début 2008 auprès de la MSH Lorraine par F. Namer (UMR ATILF, CNRS & Nancy université), et continuera sa collaboration au projet
    ANR porté par S. Casalis (EA 1059 URECA, Lille 3), sur la conscience morphologique chez les enfants normolecteurs, apprentis lecteurs et présentant des troubles dyslexiques auquel contribue également E. Mathiot (thématique principale : 4). Enfin, le dernier projet institutionnel dans lequel G. Dal, en collaboration avec D. Amiot pour ce qui est de la thématique 1, poursuivra ses recherches est le projet PhoNoPi (« Phonologie en Nord-Pas de Calais et Picardie ») coordonné par C. Auran (pour le détail : cf. thématique 3) et, dans sa suite, le projet FraNoPi : Regards croisés sur le(s) F/français en Nord – Pas-de-Calais et Picardie, lui aussi porté par C. Auran et déposé auprès de la MESHS dans le cadre du CPER en mai 2008.

 

– continueront, en dehors de projets dotés d’un financement propre, les travaux menés dans le précédent quadriennal ou en initieront de nouveaux :

  • les projets de recherche de T. Milliaressi se situent à l’interface des opérations 1, 2 et 3 de la thématique 1. Ils portent sur l’étude contrastive de la créativité lexicale qu’elle projette d’intégrer dans le dictionnaire informatisé d’encodage et sur l’expression lexicale du sens aspectuel qui doit faire partie intégrante du traitement lexicographique des verbes russes de tout dictionnaire bilingue. Pour l’encodage du lexique, la créativité lexicale lui semble fondamentale. Ainsi, la méthode onomasiologique de la création lexicale sera assurée par le regroupement de formants à statut morphologique différent autour d’un primitif sémantique, et la formulation des règles de formation des mots qui mettent en évidence le découpage du monde par la langue étrangère. Pour l’étude de la création lexicale, elle approfondira d’abord les relations spatiales et la formation des mots pour étudier ensuite d’autres primitifs sémantiques (relations temporelles, négation, forme, etc.). Pour l’étude de l’aspect, elle donnera la priorité à l’analyse contrastive de l’expression lexicale des valeurs essentielles de l’aspect : processive, inchoative et ingressive, finitive, globale, répétitive. Parallèlement, elle poursuivra l’étude de l’aspect grammatical au futur et au présent pour arriver par la suite à une représentation homogène de l’opposition aspectuelle russe perfectif / imperfectif. Dans le cadre de l’accord avec la Faculté de Traduction de l’Université Lomonossov de Moscou, enfin, elle projette d’approfondir ses recherches contrastives appliquées à la traduction (cf. le colloque international La traduction : philosophie, linguistique et didactique organisé par STL et la Faculté de Traduction de Moscou du 1e au 3 avril 2009 à Lille 3).
  • pour ce qui est de l’opération 1.1. « Lexicographie et terminographie », N. Gasiglia axera ses travaux sur deux objets principaux : la méta­lexicographie et les constitution et exploration de corpus. Ses travaux de métalexicographie porteront sur les « histoires de mots » : rubriques étymologico-constructionnelles de dictionnaires (en lien avec l’opération 2 « Morphologie »), emprunts. Ces études relatives aux histoires des mots (diachroniques et synchroniques) lui permettront très probablement de revenir sur les questions de prescription et de marquage. Les travaux engagés en matière de constitution et exploration de corpus monolingues lui ont fourni de premiers résultats encourageants pour ce qui concerne les corpus thématiques oraux, ce qui l’incite à poursuivre dans cette voie en élargissant au traitement de données écrites et en systématisant la structuration des données primaires en XML. Elle compte également engager une réflexion sur la plus value que pourrait apporter un corpus littéraire dans le domaine monolingue. Enfin, elle fait l’hypothèse que sa participation au projet d’élaboration d’un corpus multi­lingue, multithématique et multimédia (oral transcrit et écrit) porté par D. Stosic (EA Grammatica, Université d’Artois) financé par un BQR orientera ses recherches centrées sur les constitutions et les explorations de corpus dans une direction qui reste à définir.    
    P. Corbin poursuivra son programme de recherche au long cours de connaissance globale des répertoires du domaine français récent et actuel initié par lui dans un article de 1989. Pour les années qui s’étendront jusqu’à la fin du prochain contrat quadriennal, il retient les quatre thèmes suivants, correspondant aux désirs d’investigations suscités par ses recherches récentes et actuelles : (i) constituer une ressource informatisée pour la comparaison des nomenclatures des dictionnaires, en commençant par ceux destinés au cycle 2 de l’école primaire ; (ii) infléchir l’étude structurelle des dictionnaires vers un approfondissement de la réflexion sur les problèmes d’utilisation auxquels ils confrontent leurs utilisateurs ; (iii) développer une recherche d’envergure avec constitution de ressource sur l’articulation du marquage “familier” dans les dictionnaires et les propriétés linguistiques des items ainsi marqués auxquelles il est possible de le corréler ; (iv) continuer les investigations stratégiques développées jusqu’ici sur les commentaires de matchs de football pour la constitution de corpus rentables, c’est-à-dire conciliant richesse et caractère manipulable, pour l’information linguistique de la lexicographie.
    A. Heroguel poursuivra son projet de dictionnaire de néerlandais au pénal. Les questions à traiter sont celles de son actualisation et de son intégration éventuellement dans une mémoire de traduction.
  • Pour ce qui est de l’opération 1.2. « Morphologie », en dehors des projets énoncés plus haut dans lesquels sont impliquées G. Dal et D. Amiot, qui a intégré l’UMR à l’automne 2008, et de l’ANR NOMAGE dont l’objet est en lien avec cette opération, P. Corbin  compte orienter ses recherches vers un questionnement de l’objet et des méthodes de cette discipline qui prend pour l’instant deux directions : (i) approfondir les investigations historiques et épistémologiques engagées depuis 2007 en séminaire de M1 recherche sur l’environnement lexicologique de la morphologie dérivationnelle en France dans les années 1960-1980 ; (ii) problématiser l’espace spécifique de la morphologie aujourd’hui dite constructionnelle et les stratégies qu’elle peut développer, entre une approche diachronique qui ne s’assume pas toujours comme telle et qui est susceptible de dégager des régularités écartées de l’expérience, variable, des locuteurs, et une approche synchronique authentique mais ayant pour contrepartie le risque d’une diminution significative de la part du régulier.
  • Enfin, pour ce qui est de l’opération 1.3 « Sémantique lexicale », en plus d’A. Balvet de R. Marin et leur ANR NOMAGE, on y trouvera principalement des travaux de M. Lemmens, F. Tayalati, C. Pinon et K. Paykin.:
    • M. Lemmens continuera les études engagées dans le précédent quadriennal sur l’alternance des verbes causatifs lexicaux en anglais, et sur l’usage des verbes de position dans une perspective contrastive (néerlandais, anglais, suédois). Pour le premier thème, il compte élaborer une nouvelle méthode statistique pour évaluer le poids cognitif des alternances verbales qui soit susceptible de fournir une réponse à la question théorique, très débattue en ce moment, de savoir si les relations entre ces alternances sont perçues et exploitées par les locuteurs ou s’il faut considérer les différentes constructions d’une alternance comme des constructions non, ou peu, liées. Une première exploration de cette méthode a été présentée dans une communication récente en Pologne. Pour ce qui est l’analyse des verbes de position, il compte recourir à la diachronie, pour expliquer que, contrairement aux autres langues germaniques, en anglais, ces verbes ne constituent pas des verbes locatifs par défaut ;
    • Les projets de F. Tayalati en matière de sémantique lexicale portent sur les adjectifs et prennent deux directions : (i) il envisage de décrire les propriétés sémantiques et syntaxiques des adjectifs prédicatifs en français au moyen des modèles de décomposition lexicale développés et appliqués aux verbes (cf. entre autres Levin et Rappaport 2005 ; Van Valin 2005 ; Jackendoff  2002, Davis et Koenig 2000). Son hypothèse est que cette méthode, qui a considérablement contribué à la description sémantico-syntaxique des verbes, permettra une attribution moins hasardeuse des rôles thématiques aux arguments de ces adjectifs ; (ii) son second objet est constitué des noms désadjectivaux (en lien avec l’opération 1.2.). De manière générale, les noms, parce qu’ils ont différentes acceptions et qu’ils entrent dans des structures syntaxiques diversifiées, révèlent des propriétés nouvelles qui ne se manifestent pas clairement au niveau des adjectifs. L’étude des noms dérivés d’adjectifs permettra donc, par ricochet, d’affiner la description sémantique des adjectifs. Les questions qui seront développées à court terme sont l’interprétation des noms déadjectivaux, leur détermination, leur source de pluralisation et surtout leur aspect, peu étudié jusqu’ici. Cet axe de recherche, qu’il développe avec R. Marin et P. Haas, doctorante de l’UMR s’articule autour des questions suivantes : l’aspect est-il exprimé dans la catégorie de l’adjectif ? Les différentes composantes aspectuelles sont-elles également représentées ? Dans le cas où il y a une corrélation adjectif-nom déadjectival, les propriétés aspectuelles sont-elles les mêmes pour l’adjectif et le nom correspondant ? De quels tests dispose-t-on pour le montrer ? Les recherches porteront sur les adjectifs et les noms déadjectivaux du français, mais aussi d’autres langues romanes (espagnol, catalan, italien et portugais) avec une extension à l’arabe.
    • La recherche de C. Pinon porte essentiellement sur la sémantique lexicale formelle et sur la question de savoir quelle sorte d’ontologie est présupposée par la sémantique des langues naturelles. Les deux objets portant sur ce thème qu’il envisage d’étudier sont les suivants : (i) les degrés en sémantique, (ii) la sémantique des adverbes. S’agissant des degrés en sémantique, ils sont utilisés pour modeler les sens imprécis des mots et des phrases. A ce jour, il existe différentes conceptions des degrés, et la question est encore ouverte de déterminer quelle conception est la meilleure pour la sémantique des langues naturelles. Il se propose d’étudier cette question à la fois du point de vue empirique et du point de vue théorique. Pour ce qui est de la sémantique des adverbes, ce projet est lié avec une communication récente qu’il a effectuée à Tübingen et reprend un travail plus ancien. Estimant que la sémantique des adverbes est un champ encore sous-exploré en sémantique, surtout en sémantique formelle, il considère que, pour les adverbes de manière, il existe de fait des manières conçues comme des objets ontologiques dont on parle et auxquels des expressions peuvent se rapporter, mais il reste à étudier les conséquences de cette hypothèse. Son propos portera également sur les adverbes portant implicitement sur des actes de langages (par exemple, probablement se rapporte à l’acte de langage « assertion » comme l’indique son incompatibilité avec les questions: *Est-ce que Marie a probablement mangé une pomme ?). Si de tels adverbes existent, la question se pose de savoir comment représenter au mieux les actes de langage en sémantique formelle.
    • Les recherches à venir de K. Paykin en matière de sémantique lexicale seront articulées autour de l’étude du domaine météorologique : les adjectifs météorologiques, les constructions existentielles, la présence d’un locatif dans la structure argumentale des verbes météorologiques, entre autres.

 

 

2.2. Thématique 2 : Syntaxe et sémantique de la phrase, du syntagme verbal et du syntagme nominal

 

La thématique 2 regroupera les recherches portant sur la syntaxe et la sémantique de la phrase ou de ses constituants. Par rapport au précédent quadriennal, les travaux de sémantique lexicale ont été sortis de cette thématique pour intégrer la thématique 1.

Les perspectives théoriques sont variées (structuralisme sémantique, grammaire générative, grammaire cognitive), ainsi que les langues étudiées (français, anglais, néerlandais, dialectes flamands, allemand, suédois, espagnol, italien, roumain, russe, arabe, langue des signes française).

Les thèmes abordés se regroupent en trois opérations selon le type de constituant qui est focalisé dans la recherche : (i) la phrase entière, (ii) le groupe verbal, (iii) le groupe nominal. En même temps, les études de ces trois opérations trouvent des points de rencontre. Ainsi, les études sur la complémentation des noms déverbaux rejoignent celles sur les verbes dont ces noms sont dérivés. De même, la rection des cas se retrouve aussi bien du côté verbal que du côté nominal, surtout dans le cas du génitif en russe. Certaines études étendent en outre le niveau d’analyse au-delà de celui de la phrase et vont jusqu’à étudier le fonctionnement discursif des constructions étudiées :

(i) S’agissant de la phrase, les études porteront :

  • sur la proposition entière (C. Lecointre et A.-F. Macris-Ehrard, qui ont en commun qu’elles travaillent toutes les deux sur l’allemand et à la fois dans une perspective synchronique et diachronique),
  • sur certains éléments dont l’étude ne peut se faire qu’au niveau phrastique :
    • le sujet (L. Haegeman),
    • la deixis et la modalité (A. Risler ; I. Depraetere), en lien avec l’opération 3.2.,
    • les subordonnées (complétives : C. Nuñez-Lagos ; subordonnées adverbiales : L. Haegeman ; relatives : R. Loock ; corrélatives : M. Van Peteghem, K. Paykin, F. Tayalati).

(ii) L’opération sur le groupe verbal réunira les recherches sur la complémentation et la rection casuelle non seulement des verbes mais également des adjectifs en position prédicative :

o        C. Vénerin et K. Paykin s’intéresseront aux types de verbes et à leur complémentation,

o        F. Tayalati poursuivra ses études sur la structure argumentale des adjectifs en position prédicative, visant à approfondir l’opposition ergatif vs inergatif dans le domaine adjectival et son lien avec le marquage casuel des compléments prépositionnels des adjectifs dans plusieurs langues romanes. Il envisage également de poursuivre l’étude entamée lors de ses recherches antérieures sur les compléments datifs des adjectifs français, en incluant d’autres langues romanes (italien, espagnol, catalan) ;

o        M. Van Peteghem prépare un ouvrage sur le datif dans les langues romanes et germaniques, dont le but est de réaliser une étude typologique de ces langues à partir de leur marquage du datif d’une part et des différentes structures datives dont elles disposent d’autre part.

(iii) Dans le domaine nominal, les projets de recherche portent sur les compléments du nom, éventuellement génitifs, et sur certains types d’adjectifs :

o        P. Willemse étudiera en anglais les SN possessifs génitifs du type the director’s car, her watch, qu’il comparera aux SN qu’il appelle « esphoriques » (p. ex. the lights of a car, the bottom of the lake), déjà étudiés dans sa thèse et procédera à l’analyse des SN possessifs et esphoriques contenant un nom déverbal ou une nominalisation et exprimant une relation entre un évènement et un participant ;

o        les compléments génitifs occupent une place centrale également dans les projets de recherche de L. Haegeman portant sur la syntaxe interne du syntagme nominal : la distribution ‘inattendue’ de l’article indéfinie een dans certains contextes nominaux en dialecte flamand l’amène à l’hypothèse que cet élément est une manifestation de l’application d’une inversion prédicative à l’intérieur du syntagme nominal. K. Paykin et M. Van Peteghem préparent également une étude du génitif en russe, qui donnera lieu à une participation à un ouvrage collectif portant sur le génitif, coordonné par l’Université de Louvain (Belgique) et qui sera publié par J. Benjamins dans la série « Case and Grammatical Relations Across Languages ». Le but du volume est d’étudier différents types de marquage du génitif (flexion, clitiques, adpositions) dans leurs dimensions morphologique, syntaxique et sémantique, ainsi que les constructions génitives au sens large du terme. L’étude de K. Paykin et de M. Van Peteghem présentera d’abord un aperçu du marquage et des différents emplois du génitif en russe et se focalisera ensuite sur des emplois atypiques du génitif (dans la rection verbale, après la négation, dans les structures comparatives) ;

o        Dans la suite de communications qui donneront lieu à publication, M. Van Peteghem poursuivra ses études sur l’adjectif seul, notamment sur ses emplois focalisateurs. Elle examinera surtout certaines contraintes syntaxiques, comme par exemple le fait que seul préfocal ne peut apparaître qu’en position de sujet, alors que seul postfocal ne subit pas cette contrainte.

 

Une partie des projets développés dans la thématique 2 est menée à l’intérieur de réseaux en voie de constitution : c’est notamment le cas des travaux d’A. Risler portant sur la langue des signes française, menés en collaboration avec des chercheurs en LS canadiens et belges, l’objectif étant de faire de STL un pôle de recherche international sur les langues des signes (ce que contribue à renforcer le colloque international désormais trisannuel sur la linguistique des langues signées, qu’organise STL depuis 2003), ainsi que d’une partie des travaux portant sur la subordination. En effet, trois membres de la thématique 2 (M. Van Peteghem, K. Paykin et F. Tayalati) vont travailler dans les années à venir sur les corrélatives en participant à un projet ANR (sous réserve de l’acceptation de celui-ci) demandé par I. Choi-Jonin (UMR CLLE-ERSS, CNRS & Toulouse 2). Ce projet a pour objectif principal d’élaborer une grammaire aussi complète que possible du système corrélatif en français, et ce, dans des perspectives contrastives et typologiques. Les structures corrélatives de différentes langues seront confrontées à celles du français afin d’en dégager les propriétés pertinentes du point de vue de la typologie des langues. Cette démarche comparative contribuera en outre à la recherche sur le changement linguistique ou la grammaticalisation de certains phénomènes linguistiques, qui sera abordée également d’un point de vue diachronique. Une importance particulière sera accordée à l’interface entre syntaxe et discours, afin de mettre en lumière les conditions favorisant le recours à la structure corrélative en discours. La description de différents types de structures corrélatives ira de pair avec l'élaboration de leur modélisation.

 

Certains projets se rattachent en outre à des opérations transversales internes au domaine des linguistes, tels que la linguistique comparée et la typologie, l’espace et le temps, ou à des opérations transversales interaxes (histoire de la grammaire et des théories linguistiques), ce qui permet des collaborations avec des membres travaillant dans d’autres thématiques et/ou axes.

 

 

2.3. Thématique 3 : Discours, oralité(s), gestualité(s)

 

Par rapport au précédent quadriennal, c’est certainement cette nouvelle thématique 3, intitulée « Discours, oralité(s), gestualité(s) », qui constitue la plus grande nouveauté. En effet, jusqu’alors, du point de vue de leur visibilité, les études portant sur le discours et la pragmatique, peu nombreuses dans le laboratoire, étaient diluées dans la syntaxe, tandis que la phonologie n’était envisagée que dans ses interactions avec la morphologie, donnant ainsi une vision réductrice du domaine. L’arrivée à STL de nouveaux membres, spécialistes de phonétique, prosodie, discours, etc. en cours de quadriennal, a été l’occasion de remanier l’ensemble, et de constituer une thématique autonome.

La thématique s’organisera selon trois opérations :

(i) L’opération 3.1. « Acoustique, phonétique et phonologie » regroupera pour l’essentiel les travaux de C. Auran, C. Bouzon, R. Noske, L. Paris-Delrue :

o        Le projet de recherche de C. Auran s’inscrit dans la continuité de ses travaux antérieurs. Sur un plan thématique, il entend poursuivre l’exploration multiparamétrique de la prosodie du français et de l’anglais, de l’acoustique à la phonologie, en relation avec les aspects structurels et cognitifs du discours (en lien avec l’opération 3.2.). Plus particulièrement, il souhaite s’intéresser (i) à la caractérisation des dimensions prosodiques orthogonales telles que le débit de parole (en collaboration avec C. Bouzon) et le niveau et l’étendue de registre, (ii) au rôle de la qualité de voix dans la dynamique informationnelle. Sur un plan méthodologique, sa démarche s’appuiera sur la constitution et l’analyse (semi-)automatisées de corpus de parole (Aix-MARSEC, IViE, ICE-GB, …). Le croisement de ces deux axes, thématique et méthodologique, se traduit par la mise en place ou la continuation des projets suivants :

§         Aix-MARSEC [en collaboration avec C. Bouzon et D. Hirst, LPL] : extension de l’alignement phonématique manuel de la base de données et développement de modèles phonétiques (HMM) et d’un aligneur pour l’anglais britannique ;

§         Ambisyllabicité [en collaboration avec C. Bouzon  et R. Noske ; cf. infra pour un descriptif] ;

§         Phonologie de l’Anglais Contemporain ;

§         Interface Discours-Prosodie [en collaboration avec R. Loock] : ce projet vise à établir des corrélations entre fonctions discursives d'une part et prosodie d'autre part dans le cadre de l'étude d'une structure syntaxique particulière, à savoir la proposition subordonnée relative appositive en anglais et en français contemporains. Il s'agit d'explorer l'existence d'un lien entre le rôle joué par cette structure au sein du discours et la réalisation prosodique de cette structure par le locuteur. La méthodologie d’analyse de corpus s’appuiera principalement sur Aix-MARSEC, PAC, IViE, ICE-GB (anglais) et PFC et PhoNoPi (français) ;

§         PhoNoPi (« Phonologie en Nord-Pas de calais et Picardie ») : ce projet, financé par la MSH Institut Erasme en 2007, constitue un élément du projet international Phonologie du Français Contemporain, dont il reprend et étend la méthodologie d’enquête et la politique d’annotation et de codage. Plus spécifiquement, l’objectif de premier niveau est (i) de constituer un corpus de parole lue (mots et texte) et spontanée (conversations guidée et libre) regroupant 36 locuteurs des régions de Lille, Arras et Amiens et (ii) d’aligner, de transcrire et d’annoter (codages schwa et liaison) un sous-ensemble significatif de ce corpus. Au-delà de ces aspects communs à tous les points d’enquête PFC, PhoNoPi, qui présente la particularité de réunir 17 chercheurs dans des domaines très divers de la linguistique dont plusieurs de STL (D. Amiot, G. Dal, A, Balvet, C. Bouzon, L. Haegeman, D. Laflaquière (doctorant), R. Loock, L. Paris) ambitionne à plus long terme de mutualiser les annotations spécifiques proposées par ses membres, fournissant ainsi la matière première indispensable à une exploration collaborative ou individuelle complexe des variétés de français parlées dans les zones concernées ;

§         FraNoPi : Regards croisés sur le(s) F/français en Nord – Pas-de-Calais et Picardie, conçu dans la suite du précédent et également porté par C. Auran et déposé auprès de la MESHS dans le cadre du CPER en mai 2008 ;

o        Les projets de C. Bouzon recoupent en partie ceux de C. Auran. Elle entend en effet poursuivre ses recherches sur la structuration prosodique, notamment en anglais britannique, et plus globalement sur l’observation des paramètres prosodiques. Ses différents projets de recherche concernent la problématique de l’ambisyllabicité, la structuration rythmique, le débit.  
S’agissant de l’ambisyllabicité, elle projette de
compléter les résultats obtenus dans sa thèse d’autres tests, de production et de perception. En parallèle, elle a le projet, avec C. Auran et R. Noske, d’appliquer la méthodologie utilisée dans sa thèse au néerlandais. Ce test consiste à demander implicitement à des locuteurs natifs de découper des phrases en syllabes. Le but est de constituer un corpus similaire afin de pouvoir comparer les stratégies de syllabification en anglais britannique et en néerlandais. L’objectif de cette étude comparative est de révéler les ressemblances et différences en terme de syllabification entre les deux langues.          
Pour la structuration rythmique, une fois réalisé le travail sur le corpus Aix-MARSEC (cf. supra), certaines problématiques soulevées dans sa thèse devront être à nouveau testées, avec comme objectif de confirmer (ou d’infirmer) les résultats obtenus, et de voir les conséquences sur l’organisation temporelle. Avec le développement du projet PAC, la dimension variétale pourra également être prise en compte dans les observations. 
Enfin, le projet sur le thème du débit, en collaboration avec C. Auran, vise à observer les différents paramètres prosodiques marquant les effets de variation de débit. L’intérêt de ce projet est d’en savoir plus sur ce phénomène encore mal cerné (parce que multi-dimensionnel) et, à terme, de pouvoir modéliser certains effets ;

o        Dans le prochain quadriennal, R. Noske compte effectuer des recherches dans les domaines de (i) la phonologie générale (du point de vue théorique), (ii) la phonologie du français contemporain, (iii) la phonologie et la morphologie historiques des langues germaniques (en lien avec l’opération 1.2.), (iv) la typologie des langues (en lien avec la deuxième opération transversale interne à l’axe 1) et (v) les langues en contact.         
S’agissant de (i), son projet est de suivre de près le développement de la théorie de l’optimalité, qui, bien qu’elle soit dominante en ce moment, contient certaines faiblesses inhérentes, telle que la prolifération de contraintes proposées (alors qu’elles sont censées être universelles).          
S’agissant de (ii), sa recherche s’inscrira dans le projet PhoNOPI porté par C. Auran (cf. supra). Ses perspectives d'exploitation seront de type segmental (distribution du schwa dans le Nord de la France. Occurrence de [h]. Opposition de deux types de [a]. Réponse à la question de savoir s'il y existe des différences de quantité (longueur vocalique) par rapport à d'autres variétés du français, relèveront de la linguistique du substrat (influences substratales et adstratales du néerlandais, y compris du flamand de France).           
Dans ses projets sur la phonologie et la morphologie historiques des langues germaniques, il entend reprendre les explications de certaines évolutions en germanique, selon lui discutables (telle que la Konsonantenhaüfung (entassement de consonnes) dans l’histoire du haut-allemand et l’influence du bas-allemand sur le développement de haut-allemand, souvent expliqués par l’influence du latin).      
Dans le champ de la typologie des langues, son projet est de mener des recherches plus approfondies sur le continuum entre le prototype de langue qui compte des syllabes et le prototype qui compte des mots.     
Enfin, en ce qui concerne (v), il portera son attention sur les effets phonologiques de langues en contact ;

o        L. Paris-Delrue participera elle aussi aux projets PhoNoPi et, s’il est retenu, FraNoPi, coordonnés par C. Auran. En tant que phonéticienne, il s’agira pour elle d’exploiter les données du point d’enquête de Lille, à l'annotation et à l'enrichissement de la base de données, et de travailler sur le domaine intonation et discours et plus particulièrement sur l'expression du désaccord et de la négation dans la variété de français Nord-Pas de Calais.

 

(ii) L’opération 3.2. « Pragmatique, texte et discours » réunira pour l’essentiel des travaux d’I. Depraetere, d’A. Risler, de L. Santos et de M. Velcic-Canivez, ainsi que des travaux déjà cités de C. Auran et R. Loock (projet « Interface discours prosodie ») :

  • I. Depraetere continuera ses recherches dans le domaine de la modalité anglaise. Différents projets sont en cours ou envisagés : (en cours) un article avec Susan Reed proposant une nouvelle taxonomie de la possibilité radicale en anglais ; (en projet) déterminer si les mêmes critères peuvent être utilisés pour établir une taxonomie de la nécessité radicale en anglais ; article sur la modalité déontique en anglais ; article sur ‘could + perfect infinitive’ ;
  • A. Risler projette de décrire et d’étudier des phénomènes de morpho-syntaxe en LSF à partir de modèles cognitivistes qui permettent de prendre en considération l’iconicité structurelle de tous les niveaux de la langue des signes, avec l’objectif de publier un ouvrage complet sur la grammaire de la LSF pendant cette période. La nouvelle direction de recherche qu’elle s’assigne est la deixis en langue des signes, l’hypothèse étant que les pointages comme opérateurs de deixis ont tantôt un statut de prédicat, tantôt un statut de déterminant Elle comte également développer des recherches en lien avec le master « Interprétariat LSF/français » qu’elle coordonne avec G. Dal, sur les modalités énonciatives en LSF ;
  • L. Santos travaillera sur les marqueurs grammaticaux polysémiques en portugais et en français, avec l’objectif de mener une analyse contrastive portugais-français du fonctionnement de marqueurs tels então/alors, donc, agora/maintenant, depois/après, puis, ainda/encore, logo/donc, /déjà, enquanto/pendant, alors que ;
  • Depuis la publication de son ouvrage Prendre à témoin, M. Velcic-Canivez poursuit ses analyses dans le domaine de la pragmatique textuelle, de la sémiotique, de la théorie des actes de langage en associant deux courants méthodologiques : d’une part, la polyphonie et le dialogisme, et, d’autre part, l’interactionnisme. Désormais, sa recherche a une triple orientation : (i) la problématique du commentaire dans le texte, élaborée dans le cadre du séminaire « Sciences des textes » qu’elle dirige au Centre Inter-Universitaire de Dubrovnik. Elle prépare actuellement l’édition d’un ouvrage collectif réunissant toutes les contributions traitant de cette problématique dans le cadre de ce séminaire ; (ii) le nom propre : les noms d’auteur dans le texte. La recherche portera sur le statut référentiel des noms d’auteur, dont le statut diffère de celui des autres noms propres (ils semblent renvoyer à une fonction plutôt qu’à une personne, ce qui leur confère également un statut particulier dans l’argumentation scientifique) ; (iii) la problématique du destinataire : étude des relations ambivalentes ou asymétriques. Il s’agit là du volet épistémologique de sa recherche : interroger la notion d’interaction, en révisant notamment les idées d’interlocuteur « idéal » ou de « partenaire coopératif ». L’analyse porte sur les marques (indices) linguistiques de relations ambivalentes ou asymétriques au sein d’un corpus de textes constitué par divers type de récits d’expérience (témoignage, compte rendu de perception, rapport de stage, récit de voyage, etc.). Dans le cadre de cette recherche, elle prépare actuellement deux publications : l’une sur le concept bakhtinien de sur-destinataire (« le troisième »), l’autre qui analyse trois concepts fondamentaux  – la langue, le langage et le texte – qui, à la fois, lient et séparent la linguistique, la pragmatique et la sémiotique.

 

(iii) L’opération 3.3. « Gestualité(s) » reste à mieux cerner. Elle concernera au moins M. Lemmens, qui continuera à analyser les données recueillies pour l’anglais, le français et le néerlandais, en y ajoutant également l’analyse des gestes co-verbaux., L. Paris-Delrue, qui projette de poursuivre un travail entrepris ces dernières années à partir du développement d’un logiciel d’analyse simultané de la prosodie et du geste (formes intonatives et gestuelles d’accord et de désaccord en discours oral en anglais ; lien entre prosodie, geste et discours autour de la question de la construction verbale) et A. Risler, en connexion avec ses travaux sur la langue des signes française

 

 

2.4. Thématique 4 : Acquisition et didactique des langues

 

Cette dernière thématique n’a pas été affectée par la restructuration de l’axe des linguistes, si ce n’est que trois opérations y ont été définies :

(i) L’opération 4.1 « Plurilinguisme, interculturalité et acquisition des langues secondes / langues étrangères » regroupera principalement les travaux de S. Babault, L. Paris-Delrue, M. Pujol et L. Santos :

  • les contextes d’éducation bilingue ont déjà fait l’objet de travaux antérieurs de S. Babault, qui compte approfondir l’étude des aspects cognitifs de l’acquisition d’une langue seconde et des processus d’acquisition bilingue dans des contextes d’immersion précoce en milieu scolaire, et élargir sa recherche à l’immersion tardive dans des sections bilingues ou classes européennes, dans une approche glottopolitique (ancrages linguistiques, sociaux et identitaires des pratiques d’éducation bilingue). Ces travaux seront menés en lien avec la poursuite de sa participation au projet européen MOLAN (Network for the exchange of information about good practices that serve to motivate language learners), financé par la commission européenne (Lifelong learning programme, agreement n° 2007-3656 / 001-001) et coordonné par W. Mackiewicz (Freie Universität Berlin) ;
  • L. Paris-Delrue a l’intention de poursuivre le travail de recherche entrepris depuis plusieurs années sur le développement d'une compétence phonologique en langue anglaise chez l'étudiant francophone à partir d'un logiciel de correction semi-automatisée de transcription phonétique. Il s'agira d'approfondir le travail sur l'erreur et sa remédiation dans une perspective de didactique des langues ;
  • M. Pujol conserve l’approche sociolinguistique adoptée dans le précédent quadriennal sur les questions d’acquisition, de socialisation secondaire et de représentation des langues dans des contextes multilingues, à partir du recueil d’un corpus des récits d’adultes migrants apprenant l’espagnol en Espagne (le travail sera mené en collaboration avec des collègues d’une école d’adultes à Madrid). Il s’agit également de comprendre les phénomènes liés à la diversité linguistique et, à partir de là, de développer des stratégies interculturelles dans l’apprentissage des langues. Les productions recueillies devraient mettre en évidence les procédures utilisées se référant à la construction des nouvelles identités, à l’élaboration proprement linguistique du récit de voyage et à la perception que ces migrants ont des représentations ethnocentriques des « autochtones ». En parallèle, et dans la perspective de l’analyse critique du discours, elle envisage de continuer à analyser un corpus de presse écrite dont le recueil, entamé en 2005, se poursuit, afin de développer l’éventail des stratégies discursives que les journalistes déploient lors de la couverture informative des mouvements migratoires ;
  • L. Santos se propose d’étudier la politesse et le tour de parole en situation de Communication médiatisée par ordinateur (CMO). Elle poursuit deux objectifs spécifiques : (i) étudier l’organisation des tours de parole dans les interactions au sein de paires constituées par un locuteur natif de portugais (du Brésil) et un locuteur natif de français ; (ii) étudier l’emploi des formes de politesse en tant que marqueurs de prise et de fin de tour de parole. [Ce projet s’articule avec celui développé par A. Rivens-Mompean, intitulé « Représentation de la situation d’apprentissage par l’apprenti tuteur: Analyse du registre de discours dans la communication médiatisée par ordinateur (CMO) développée dans l’environnement Télétandem ». Voir infra opération 4.3.]

 

(ii) On retrouvera dans l’opération 4.2. « Acquisition L1/L2, pathologie » les travaux de S. Benazzo, E. Mathiot, A. Risler (thématique secondaire) et M. Tran :

  • toujours dans une perspective interlinguistique et comparative, S. Benazzo poursuivra ses recherches sur la grammaticalisation, en comparant les processus de grammaticalisation de quelques phénomènes linguistiques (par exemple la négation) dans l’acquisition en L1 et L2, pour détecter à la fois les invariants et les spécificités liées à chacun des processus analysés. Sa participation au projet ANR « Léonard » dans le précédent quadriennal a donné lieu à la constitution (qui se poursuit actuellement) d’un corpus vidéo d’enfant bilingue italien / français qui sera exploité dans les années à venir et permettra d’aborder l’acquisition simultanée de deux langues. Sur la question, plus spécifique, de l’acquisition de L2, en lien avec le travail conjoint réalisé précédemment dans le groupe thématique « scope », au sein du projet « The comparative study of L2 acquisition », S. Benazzo poursuivra ses recherches sur la structure informationnelle de l’énoncé en contexte. L’analyse contrastive des productions natives met à jour des préférences spécifiques aux langues romanes (vs. germaniques) dans le choix d’une certaine perspective informationnelle (par ex. établissement des liens anaphoriques dans les domaine de la temporalité vs  dans le domaine des entités) ainsi que la prédilection des natifs pour certains moyens linguistiques au détriment d’autres. Le travail prévu est de recueillir des données en L2 pour des apprenants de niveau avancé, puis de tester l’hypothèse selon laquelle ce qui reste à acquérir, après la maîtrise de la grammaire de la phrase, c’est justement la perspective informationnelle spécifique à la langue cible. Si cette hypothèse est confirmée, on s’attend à des résultats intéressants également pour la didactique des langues analysées. Ce travail s’intègre naturellement dans l’ANR franco-allemande qui vient de commencer, dont l’UMR STL est partenaire avec une sous-équipe constituée de S. Benazzo, M. Lemmens et E. Mathiot ;
  • La participation d’E. Mathiot portera plus spécifiquement sur l’acquisition de L1 par le jeune enfant, dans la suite de ses travaux antérieurs, sur la compréhension et la production des morphèmes grammaticaux par les jeunes enfants dans l’acquisition de leur langue maternelle. Des recherches ont déjà été entamées dans cette direction au sein du projet ANR « Emergram : the emergence of grammaticality in children: cognitive, linguistic and conversational factors » coordonné par Edy Veneziano (UMR 7114 MoDyCo & Paris 5). E. Mathiot projette de poursuivre et d’élargir la recherche déjà menée en collaboration au sein du précédent projet ANR « Léonard » avec Aliyah Morgenstern (UMR 5191 ICAR & ENS-LSH) et Marie Leroy (UMR 7114 MoDyCo & Paris 5) sur la communication prélinguistique et l’articulation des modalités gestuelle et verbale chez le jeune enfant, illustrées par le geste de pointage. L’étude de corpus vidéo longitudinaux déjà établis ou en cours de constitution va continuer, et s’élargir à l’acquisition des langues signées. Des projets de collaboration existent dans ce sens depuis octobre 2007 avec Nini Hoiting (Royal Institute for the Deaf “H.D. Guyot”, Pays-Bas) pour la langue des signes néerlandaise, ainsi que Marion Blondel et Ivani Fusellier-Souza (UMR 7023 & Paris 8) pour la langue des signes française. Dans ce cadre, un symposium sur le pointage dans l’acquisition chez le jeune enfant en langue des signes et en langue orale est prévu (organisé par A. Risler, G. Dal et E. Mathiot pour l’UMR STL). Il s’articulera directement avec une direction de recherche suivie par A. Risler autour de la deixis en langue des signes (voir thématique 3). Un dernier volet de la recherche d’E. Mathiot concernera l’acquisition et les dysfonctionnements du langage écrit, avec la poursuite de la collaboration déjà entamée avec des psycholinguistes (notamment Séverine Casalis, EA 1059 URECA & Lille 3, qui coordonne le projet ANR « Morphologie et lecture » auquel participe également G. Dal, thématique 1) autour des liens entre les performances en lecture et l’utilisation de l’information morphologique par des enfants dyslexiques et tout venants ;
  • M. Tran poursuivra ses travaux de linguistique appliquée à la pathologie du langage dans le domaine de l’évaluation, du diagnostic et de la prise en charge, en axant davantage ses travaux sur le lexique verbal et sur l’approche conversationnelle (application de l’analyse conversationnelle au champ de l’aphasie). Elle entretiendra également les collaborations scientifiques déjà établies avec des chercheurs (psychologues, aphasiologues, didacticiens et pédagogues) d’autres laboratoires ou équipes sur les thèmes suivants : (i) fonctionnement du lexique mental et flexibilité sémantique, avec la réalisation d’un volet expérimental auprès d’une population aphasique (ACI coordonnée par Karine Duvignau, UMR 5263 CLLE-ERSS & Toulouse 2) ; (ii) représentation lexicale et sémantique de l’espace dans l’aphasie, en poursuivant l’expérimentation entamée auprès de sujets aphasiques bilingues français/anglais (projet co-dirigé par Maya Hickmann, UMR 7023 & Paris 8, et Jean-Luc Nespoulous, EA 1941, IFR 96 & Toulouse 2) ; (iii) troubles linguistiques et mnésiques de patients aphasiques ou atteints de démence dégénérative (collaboration avec les professeurs Pasquier et Leys, Centre Mémoire de Ressources et de Recherche, CHRU de Lille, et EA 2691 & université Lille 2) avec un volet clinique dans le réseau MEOTIS (Réseau Régional de la Mémoire du Nord Pas de Calais, CHRU de Lille) ; (iv) les troubles du langage écrit avec l’EA 1764 THEODILE (Lille 3) et le réseau de soins cliniques MELILOE (Métropole Lilloise Langage Oral et Ecrit, Groupe Hospitalier de l’Institut Catholique de Lille, Hôpital Saint Vincent).  Enfin, M. Tran poursuivra ses recherches sur les nouvelles pratiques de l’écrit et notamment l’acquisition de l’orthographe en situation de handicap, par les nouveaux modes de communication écrites (SMS, chats, blogs, courriels…).

 

(iii) L’opération 4.3 «  Enseignement / apprentissage des langues » réunira les travaux de M. Pujol A. Rivens Mompean et, en thématique secondaire, ceux d’A. Heroguel, T. Milliaressi, A. Risler :

  • à la suite de ses recherches sur les apprenants avancés dans le quadriennal 2004-2007, qui font le lien entre acquisition/apprentissage et didactique, M. Pujol envisage de recueillir un corpus auprès des étudiants avancés (travail qui sera fait en collaboration avec l’école officielle des langues de Madrid) dans la réalisation de différentes tâches orales (un débat, un jeu de rôle et un discours formel), dans le but de dégager des stratégies différentes selon le type de tâche, des contournements face à d’éventuels problèmes de lexique et à la gestion de l’information et des tours de parole. Elle envisage également de comparer ces données avec des données des natifs (espagnol) afin de déceler les différences entre les non-natifs et les natifs notamment dans l’organisation du discours. L’objectif est d’avoir « un modèle natif » pour pouvoir le comparer avec les productions des alloglottes et proposer par la suite des éléments d’évaluation du discours oral (au-delà de la grammaire, la phonétique, l’intonation ou le lexique). Il est aussi d’élaborer des séquences didactiques en accord avec les résultats obtenus. Ce travail pourrait également avoir des conséquences  et des applications à la didactique d’autres langues, comme par exemple le catalan. De telles propositions didactiques issues de la recherche au croisement de l’acquisition, l’enseignement et la sociolinguistique sont indispensables à la formation théorique des enseignants ;
  • les travaux d’A. Rivens Mompean sur les apports du multimédia dans les dispositifs d’apprentissage se poursuivront, en lien avec la problématique des interférences phoniques. Plusieurs volets d’une recherche-action sont en cours, afin d’évaluer la plus-value que peut apporter le multimédia pour l’amélioration de la production orale des étudiants. L’hypothèse est que le fait de pouvoir s’enregistrer, s’écouter, travailler sur des micro-tâches en autonomie permet une approche réflexive efficace sur la production orale. Les recherches menées sur les productions langagières des apprenants dans le cadre d’un forum pédagogique se prolongeront également autour de l’introduction de forums vocaux qui permettent de préparer à la prise de parole. Bien que cette recherche soit en phase initiale, les premiers éléments du corpus semblent annoncer des observations riches en enseignement, qui seront développées dans le cadre d’une recherche-action ciblée. Elle développera par ailleurs un projet intitulé « Représentation de la situation d’apprentissage par l’apprenti-tuteur : Analyse du registre de discours dans la communication médiatisée par ordinateur (CMO) développée dans l’environnement Télétandem » en collaboration avec L. Santos sur les nouvelles modalités de communication et d'apprentissage en ligne. Deux objectifs sont principalement visés : (i) analyser le registre induit par la situation spécifique de CMO : forme orale, écrite ou registre spécifique à la situation d'apprentissage afin de déterminer le type d'interactions privilégiées par le support utilisé ; (ii) étudier le rôle joué par l'apprenant dans la paire : la façon dont il se projette dans l'interaction (en tant qu'apprenant et/ou tuteur) et dans la situation d'apprentissage en autonomie (utilisation d'expressions relevant du conseil, du questionnement, du doute...). Ce projet s'articule avec celui de L. Santos cité ci-dessus ["Politesse et tour de parole en situation de Communication médiatisée par ordinateur (CMO): une analyse dans le contexte Télétandem Brésil". Voir opération 4.1] ;
  • L’apprentissage des langues étrangères assisté par ordinateur sera une des directions de recherche d’A. Héroguel, qui s’y intéressait déjà avant de rejoindre l’UMR au printemps 2008 : après avoir dirigé le projet Linguatic, il est partenaire du projet Interreg COBALT (acronyme de COmmunication et Brassage culturel à travers l’Apprentissage des Langues et des Technologies) déposé en 2007, dont l’objectif principal est l’apprentissage du français et du néerlandais langues étrangères dans un environnement médiatisé. Des collaborations scientifiques transfrontalières avec les autres partenaires universitaires impliqués dans le projet (Univ. K.U. Leuven à Courtrai, Faculté polytechnique de Mons) en découleront ;
  • Dans le cadre de l’accord avec la Faculté de Traduction de l’Université Lomonossov de Moscou, T. Milliaressi projette d’approfondir ses recherches contrastives appliquées à la traduction, en développant l’axe didactique et les questions posées par son enseignement ;
  • L’enseignement / apprentissage de la Langue des Signes Française (LSF) à l’université constitue également un volet de l’opération 4.3. En lien avec les pratiques d’interprétation et la spécialité de master « Interprétariat LSF / français » dispensée à Lille 3 qu’elle coordonne avec G. Dal, A. Risler projette en effet de développer la recherche didactique qui n’a pas encore été véritablement abordée dans les travaux existant sur la LSF : d'une part, elle va poursuivre la réflexion entamée sur les programmes d’enseignement et l’évaluation de l’apprentissage de cette langue, qui, pour l’heure, n’a pas le même statut que les autres langues vivantes au sein de l’université ; d'autre part, elle va engager des recherches sur l'utilisation de l'espace par les interprètes selon leur langue maternelle (LSF ou français oral), en les comparant avec l’utilisation qu’en font les locuteurs sourds. Ce travail s'accompagnera de la mise en place de réseaux avec des chercheurs en langue des signes canadiens et belges, par le dépôt de projets de recherches communs.

 

3. Développement de la linguistique outillée

 

Par rapport au précédent quadriennal, l’un des changements marquants du laboratoire, pour ce qui est des linguistes, est le recours à et/ou le développement d’outils logiciels : il peut s’agir d’outils à visée didactique (plusieurs des projets de la thématique 4 le montrent), d’outils d’analyse phonétique et prosodique (cf. thématique 2), d’outils d’annotation ou d’exploitation de corpus annotés. Ainsi, A. Balvet, en lien avec les thématiques 1 et 2, projette :

– de développer des outils pour l'annotation sémantique par induction de structures (corrélation de traits, induction de règles) observées en corpus : Creagest, Nomage, CroTal, PhonoPi,

– de proposer une norme d'encodage des propriétés sémantiques et aspectuelles des formes nominales : projet Nomage,

– de développer des outils pour les corpus en Langue des Signes : fin du projet Creagest

– d’organiser, avec C. Auran, une journée d'étude de l'Atala : "Méthodes et outils pour l'exploitation de corpus textuels, oraux et vidéo".

Il a également deux projets éditoriaux dans ce champ : Java pour les linguistes, et Méthodes et outils pour le Traitement Automatique des Langues Multilingue. Le premier se situe dans la lignée de Programming for Corpus Linguistics (O. Mason) et de Perl pour les linguistes (L. Tanguy & N. Hathout). Les langages de programmation peu contraints tels que Perl ont l'avantage d'une appropriation relativement rapide par les linguistes. Toutefois, ne permettant que l'application limitée du paradigme Orienté-Objet, les outils et logiciels ainsi produits pêchent nécessairement en termes de :

l        modularité : la structuration en modules logiciels autonomes en Perl, par ex., ne peut pas être aussi contrôlée qu'en Java (par la définition de la visibilité des classes : publiques, protégées ou privées), de plus il n'existe aucun outil permettant le passage quasi-immédiat d'un langage de spécification comme UML à du code Perl, contrairement à Java.

l        stabilité : aucune procédure interne de repérage et de gestion des erreurs d'exécution en Perl comparable à Java

l        documentation : la documentation des programmes en Perl est laissée à la libre appréciation des développeurs et elle doit être entièrement produite manuellement, contrairement à Java

l        réutilisabilité : conséquence logique des points ci-dessus.

D'autres part, Programming for Corpus Linguistics propose des solutions qui commencent à dater, et qui ne réutilisent aucun des modules logiciels disponibles, pensés pour le TAL : étiqueteurs, parseurs syntaxiques, modules d'apprentissage automatique.

Le second envisage de dresser un état des lieux des méthodes, techniques, stratégies et heuristiques en TAL Multilingue. En effet, le TAL dans un contexte multilingue constitue un défi pour tout linguiste informaticien : dans certaines langues, le développement de l'écrit a suivi des voies différentes que pour les sociétés basées sur l'écrit imprimé, dans lesquelles la notion de "mot" a pu s'imposer. Ainsi, une tâche banale en TAL du français, le découpage automatique d'un texte en phrases et en mots, pose des problèmes quasi-insolubles pour des langues sans "mots" tels que le chinois, voire à typographie non normalisée comme le japonais, le khmer, le thaï, ou encore l'arabe. Les autres tâches classiques du TAL, telles que l'annotation automatique en parties du discours et en constituants sont, de ce fait, elles-mêmes à repenser entièrement, puisqu'elles ne peuvent se baser sur la notion de "mot", ni sur des indices typographiques ou morphologiques, ni même parfois sur un ordre fixe des constituants (cas du chinois). Sans compter que le TAL de langues pour lesquelles soit aucune écriture n'existe, soit le système d'écriture n'est pas normalisé, qui sont souvent des langues minoritaires (dialectes mais également Langues Signées), reste à inventer.

N. Gasiglia, en plus des projets déjà mentionnés dans la thématique 1, prévoit, quant à elle, d’enrichir et d’améliorer la consultabilité des textes dictionnairiques XMLisés, dont les potentialités sont pour l’heure sous-exploitées par les maisons d’édition.

 

4. Opérations transversales

 

Opérations internes au domaine

o        Espace et temps [Axe 1 : M. Lemmens, A. Risler]

o        Linguistique comparée / typologie des langues [Axe 1 : S. Benazzo, M. Lemmens, T. Milliaressi, R. Noske, K. Paykin, A. Risler, L. Santos, F. Tayalati, M. Vanpeteghem]

o        Diachronie [Axe 1 : D. Amiot, M.Lemmens, R. Noske]

 

Opérations transversales interaxes :

o        Traitement automatique des langues et corpus [Axe 1 : C. Auran, A. Balvet, C. Bouzon, N. Gasiglia, L. Paris-Delrue, R. Marin]

o        Histoire de la grammaire et des théories linguistiques [Axe 1 : C. Lecointre, A.F. Macris-Ehrhard, M. Velcic-Canivez,

o        Traduction [Axe 1 : I. Depraetere (évaluation de traductions), R. Loock (question de la traduction des déviances syntaxiques/grammaticales lors du passage langue-source/ langue cible), A. Risler, T. Milliaressi,

o        Anaphore, référence [Axe 1 : C. Corteel (doctorante. Etude des marqueurs de la différence et de l’identité), M. Velcic-Canivez (perspective épistémologique),

o        Modélisation, formalisation [Axe 1 : A. Balvet, L. Haegeman (approche cartographique : localité et intervention), R. Marin,

 

 

 

Axe B. Formes et interprEtations des discours de l'AntiquitE grecque et latine

(responsable : Philippe Rousseau ; Fabienne Blaise depuis septembre 2011)

 

Ce domaine de recherches, dès l’origine interdisciplinaire en réunissant philosophes et « littéraires » [dans la mesure notamment où les textes poétiques influent sur le mode d’énonciation et bien souvent de réflexion des textes philosophiques anciens, et, en retour, utilisent fréquemment les discours systématiques (philosophiques, juridiques, etc.)] et appliquant une méthode philologique stricte, s’est trouvé enrichi dans sa thématique 1 d’une part par l’arrivée de Marc Baratin  et Séverine Issaeva (« Linguistique latine, histoire de la grammaire et de la traduction »), d’autre part par celle de Catherine Darbo-Peschanski, sa lecture anthropologique et son étude des historiens grecs et latins. Ces approches viennent compléter les recherches et méthodes traditionnelles à Lille dans le prolongement du Centre de philologie créé par Jean Bollack, favorisant aussi les activités transversales dans les champs respectifs de la linguistique, de la philosophie du langage et de l’épistémologie.

Une restructuration a également touché la thématique 2, intégrant à l’analyse de l’argumentation et de la tradition des discours théoriques de l'Antiquité, leurs appropriation et développement dans les pays d’Islam, au Moyen Âge latin et dans l'humanisme de la Renaissance, donnant à cette thématique à la fois une plus grande ampleur et davantage de rigueur. Si l’intégration du Moyen Âge latin et de l’humanisme de la Renaissance relèvent d’un réagencement par rapport au projet précédent, l’étude de la science et de la philosophie arabes fait partie des thèmes émergents. Une formation a l’arabe sera poursuivie afin de renforcer cette approche.

Les collaborations au sein de l’axe et avec les membres d’autres axes sont nombreuses, notamment avec les historiens des sciences, avec les logiciens pour ce qui est de l’argumentation, les herméneutes pour ce qui est de la réflexion sur l’activité philologique,  et avec les linguistes pour la réflexion sur la grammaire et l’histoire des langues. Cette interdisciplinarité permet de faire de cet axe un pôle unique en France quant à la compréhension de l’Antiquité, comme en témoignent sa reconnaissance et son attractivité au plan international.

 

 

ThEmatique 1 : Formes, pratiques et production poEtiques et discursives de l’AntiquitE

(responsable : Fabienne Blaise ; Ruth webb depuis septembre 2011)

 

Cette thématique prolonge d’une part les recherches antérieures, d’autre part intègre de nouvelles dimensions, notamment avec l’arrivée de nouveaux chercheurs et enseignants chercheurs.

 

A. Les champs de recherche oU se poursuivent les travaux antErieurs avec des extensions nouvelles

 

1. Poésie épique 

Ph. Rousseau poursuivra son travail sur Homère et la poésie épique, qui allie les deux étapes complémentaires que sont l’analyse critique de la diction poétique et l’interprétation des poèmes.

 

Publications en préparation :

1.      Etude de  Iliade et édition commentée des chants XVI-XVIII de l'Iliade.

2.      Etudes comparatives sur les traditions épiques de la Grèce archaïque (dans ce cadre Odyssée, Travaux

3.      Poétique de l'"écriture" de la guerre dans l'Antiquité et les littératures de la tradition européenne.

Autour de cette thématique, M.A. Colbeaux* envisagera le problème du genre biographique dans l’antiquité comme mode d’interprétation des discours poétiques.

 

Paléographie : Dans ce cadre, les recherches en analyse des sources de M. Hecquet vont se concentrer sur la lecture des manuscrits de l'Iliade les plus importants ; elle est d’ailleurs invitée à l’Université de Harvard en 2008-2009 dans l’équipe de recherche de Gr. Nagy pour poursuivre son étude avec eux sur ces manuscrits.

 

 

2. Les discours de la sagesse dans la poésie archaïque : forme, genre, contenu

           

A partir de travaux sur des auteurs particuliers, les membres participant à cette thématique vont revenir sur une série de questions qui s’imposent lorsqu’on aborde ces corpus : problème du genre, de son lien avec la forme, de l’établissement du corpus, avec l’exigence que ces problèmes ne soient pas dissociés, comme ils le sont parfois, d’un travail philologique et herméneutique précis.

1.      Publication en préparation du livre de F. Blaise sur Solon.

Lié à cette étude : étude du problème de la réception de Solon au IVème siècle (projet de thèse : C. Psilakis)

2.      Projet de recherche d’Anne de Crémoux sur les fragments d’Epicharme (entre philosophie et comédie)

3.      Organisation d’un séminaire transversal (B1 et B2) concernant aussi bien les « littéraires » que les philosophes sur Xénophane, qui pose le problème de l’articulation possible entre poésie élégiaque et discours considéré comme philosophique.

S’intégrera dans cette problématique le projet de rencontre du GDR 2643 (voir ci-dessous) qui portera en 2009 sur le transfert des normes de la poésie grecque dans la poésie latine et sur le problème des transgénéricités.

 

3. Drame grec

            A. Analyses et interprétations

            On relèvera, parmi les travaux d’édition et d’interprétation de diverses tragédies  envisagées par J. Bollack*, D. Francobandiera*, Ph. Rousseau et A. Wach : Eschyle (Choéphores, Euménides), Euripide (Hécube, Hélène, Troyennes), Sophocle (Antigone, Electre). D’autres travaux sur des points particuliers permettront d’en avoir une compréhension plus exacte (sur les interjections notamment). Là encore, les travaux de M. Hecquet sur la tradition manuscrite  d'Euripide pour Philippe Rousseau contribueront au projet d’édition des Troyennes.

 

            B. Problème du genre.

            1. Le rapport entre comédie et tragédie

- Le travail sur le dialogue entre Aristophane et Euripide sera poursuivi, le but étant de montrer que le rapprochement entre comédie et tragédie qui se fait à la fin du 5ème siècle n’est pas le fait d’une décadence naturelle, mais du dialogue entre deux auteurs spécifiques : Aristophane et Euripide (R. Saetta Cottone*).

-  Alceste, qui pose le problème du genre dans la mesure où cette tragédie se trouve à la place d’un drame satyrique donnera lieu à une étude sous forme d’analyse par F. Blaise.

- Pour Epicharme et le rapport entre philosophie et comédie voir, ci-dessus, 2.

 

2. Séminaire transversal (B1 et B2) :  travail de lecture de la Poétique d’Aristote. Dans la mesure où ce texte est fondateur pour  la problématique du genre et détermine encore le plus souvent la manière de lire – et de juger – le théâtre antique, où il évoque aussi les différents types de texte lus par les philologues « littéraires » de l’UMR, une relecture attentive s’impose.

 

 

 

4. Réflexion sur la philologie.

- Le travail sur les textes d’une partie des chercheurs de cet axe s’est toujours accompagné d’un retour sur l’histoire de l’interprétation et de la philologie (en interaction avec les réfléxions herméneutiques de l’axe C). La rencontre organisée par M. Baratin dans le cadre duGDR 2643 (voir ci-dessous) en 2010, sur la génétique textuelle apportera un éclairage nouveau dans ce domaine.

- Ces années verront aussi la publication d’écrits inédits et d’articles de J. Bollack, fondateur de l’école philologique de Lille, sur la littérature et la philosophie grecque (notamment la tragédie), sur l’histoire de la philologie et des interprétations, sur la théorie littéraire et les herméneutiques.

- L’axe B s’associe enfin au projet de recherche de J. Fabre-Serris (Halma-Ipel) : « Les Sciences de l’Antiquité aujourd’hui : théories et pratiques »

 

 

 

B. Projets nouveaux par rapport au prEcEdent quadriennal :

 

1. Lyrique grecque (Philippe Rousseau)

Commentaire de quatre odes pindariques (Pythiques 2 et 3, Isthmique 1 et Néméenne 9), et de la 5ème épinicie de Bacchylide.

L’arrivée de C. Darbo-Peschanski va enrichir cette thématique de son approche plus historienne et anthropologique des textes. D’où les thèmes de recherche 2 et 3, qui seront animés par  C. Darbo-Peschanski:

 

2. Le problème de l’acte en Grèce ancienne : lecture anthropologique

Préparation d’un livre sur la “psychologie grecque de l’acte” qui se passera des notions de sujet, de personne ou d’individu et essaiera de comprendre les écarts entre l’intérieur corporel et la portée de l’acte dans l’espace des relations entre acteurs.

 

3. Les historiens grecs et latins

Travail sur les fragments « historiques » grecs et latins, qui donnera lieu à un séminaire transversal et pluridisciplinaire réunissant philologues, historiens et philosophes, qui reviendra sur le problème du rapport de  la citation au fragment et sur l’histoire du commentaire (centrée sur l’objet choisi), le but étant d’éditer les textes étudiés.

S’intègre dans cette problématique le projet de rencontre du GDR 2643 (voir ci-dessous) qui portera en 2008 sur les traitements du fait historique (y a-t-il une spécificité romaine au traitement de l’historiographie ?)

 

4. Linguistique latine, histoire de la grammaire et de la traduction

L’arrivée de Marc Baratin enrichit l’UMR de recherches en linguistique latine et histoire de la grammaire qui intéressent à la fois les philologues et philosophes du domaine B et les linguistes du domaine A. Il dirige le GDR 2643 et nous place par là-même en contact avec des laboratoires nationaux et internationaux avec lesquels nous ne travaillions pas encore régulièrement.

Projets de publications autour de Priscien (édition d’un volume d’études chez Brepols-Publishers, et traduction, commentée et annotée, de l’œuvre majeure de Priscien, les Institutions grammaticales).

A ce champ de recherche se rattache celui de Séverine Issaeva, elle-même arrivée récemment dans l’équipe, dont la réflexion porte sur la traduction des textes anciens en langues modernes et sur les théories et les pratiques de la traduction dans l'antiquité, et plus spécialement dans l'antiquité chrétienne. Ce travail sur la traduction recoupe des thèmes de recherche du domaine A.

 

 

Coopérations nationales et  internationales :

 

1.      Déjà anciennes et dans le cadre des travaux sur la poésie archaïque et le drame antique :

-         CorHaLi sur la poésie grecque : colloque tournant annuel impliquant doctorants et chercheurs avancés des universités de Cornell, Harvard, Lille, Princeton, Lausanne, EHESS.

-         Doctorat international de Philologie et d’histoire des textes Lille-Trente-EHESS (Universités de Lille, Trente, Cagliari, et contacts réguliers dans ce cadre avec les universités de Barcelone et de Pavie).

2.      Collaborations nouvelles ou renouvelées 

-         Epicharme : Université de Bari (Mastromarco), Princeton (J. Rusten) et Harvard.

-         Paléographie : Université de Harvard (Gr. Nagy).

-         Poésie archaïque : université de Fribourg (M. Steinruck), ULB (I. Papadopoulou).

-         Travaux sur l’Historia : USPE de Sao Paolo, Centre Léon Robin de Paris IV, départements de Classics et de philosophie ancienne d’Oxford, universités de Venise, Munich et Berlin.

-         Par le GDR, STL est en contact avec 5 autres UMR et 9 EA  spécialisées dans les études anciennes, avec le centre de linguistique latine et de rhétorique de l’université de Bologne, le laboratoire de linguistique textuelle et de pragmatique cognitive de l’Université Libre de Bruxelles, et le centre de métrique latine de l’université de Grenade.

 

 

Annexe : archEologie en Nubie soudanaise

 

Les travaux de recherche de Florence Thill en Egyptologie se poursuivront eux aussi. Après l’achèvement de la publication du cimetière Nouvel Empire de Saï, dont le manuscrit sera remis aux Presses de l’IFAO courant 2009, sera entreprise celle des dépôts de fondation du temple de Saï qui s’inscrira dans le volume plus général consacré au temple dont la publication sera réalisée par l’UMR HALMA-IPEL. Par ailleurs, F.T. poursuivra sur le terrain l’exploration de la structure pyramidale T23 et participera à l’étude des blocs inscrits provenant du temple.

 

 

 

ThEmatique 2 :  Les discours théoriques de l'AntiquitE, leurs appropriation et dEveloppement dans les pays d’Islam, au Moyen Âge latin et dans l'humanisme de la Renaissance : argumentation, tradition

(responsable : Alain Lernould ; michel Crubellier depuis septembre 2011)

 

Cette thématique a été modifiée par rapport à l’ancien projet quadriennal, et cela dans le sens d’une plus grande cohérence. L’étude de l’Antiquité (les présocratiques, Aristote et sa réception tardo-antique et médiévale, les néo-platoniciens, la philosophie des sciences, notamment Euclide) reste un point d’excellence de l’UMR STL et participe de sa renommée internationale. Les différentes réceptions et développements de ces discours, qui, dans l’ancien projet, pour une part relevaient de l’axe D (« différenciation et mutation des savoirs »), pour une autre (concernant la Renaissance ) constituaient une thématique séparée, ont été réunis en vue d’une plus grande cohérence. L’une des dimensions émergentes, qui a conduit à une reformulation de la thématique, a été l’appropriation et le développement des discours théoriques, scientifiques et philosophiques, dans les pays d’Islam, non seulement dans le cadre de la tradition aristotélicienne, mais encore  dans les textes scientifiques arabes. Cet aspect, qui conduira à des collaborations avec des historiens des mathématiques de l’UMR 8524 Paul Painlevé de l’Université de Lille 1, comme Ahmed Djebbar qui dirige plusieurs thèses dans le cadre de l’UMR STL, intéresse des doctorants travaillant sur la tradition aristotélicienne, mais aussi des doctorants de logique (axe 2, thématique 4).

 

A. L’AntiquitE

 I - Les  Présocratiques

Après la mutation d’André Laks, nommé Professeur à la Sorbonne en mai 2007, les travaux sur les Présocratiques  qui sont menés à Lille le sont maintenant sous l’impulsion principalement de  Claire Louguet. Celle-ci après avoir été formée à Lille où elle a soutenu sa thèse sur les usages de l’infini chez les Présocratiques  et après avoir enseigné dans le secondaire, a été recrutée sur un poste de Maître de Conférence à l’UFR de philosophie de Lille 3 (spécialité : philosophie ancienne).   Dans la perspective de recherches où reconstitution de la pensée et réception de celle-ci ne sont pas dissociées, Claire Louguet prépare :

- une étude systématique des passages doxographiques dans le corpus aristotélicien où il est question des présocratiques. Ces passages ont le plus souvent été utilisés comme sources d'informations concernant les présocratiques. En adoptant un point de vue résolument philologique, et en suivant le principe mis en avant dans la recherche sur la philosophie antique à Lille, à savoir la mise en évidence des argumentations développées dans les textes philosophiques anciens, Cl. Louguet se propose  de lire ces passages dans leur contexte, afin de voir dans quelle mesure leur composition est déterminée par l'usage que fait Aristote de ces opinions dans sa propre argumentation.

-  la rédaction d’une monographie sur Anaxagore. Il n'existe pas d'ouvrage en français sur Anaxagore. L'idée est de proposer une interprétation d'ensemble du système d'Anaxagore qui mette l'accent sur la réception et l'interprétation de cet auteur dans l'Antiquité (l'Anaxagore de Simplicius n'est pas le même que celui d'Aristote, par exemple). Le choix des textes étudiés sera donc différent de celui du Diels-Kranz.

- une étude sur l’élément intermédiaire chez Aristote et ses commentateurs. Aristote mentionne à plusieurs reprises (sans en mentionner l'auteur) une théorie posant comme principe un élément intermédiaire entre deux des quatre éléments (feu, air, eau, terre). Dès l'Antiquité, la question de savoir à qui attribuer cette doctrine a été débattue, mais la tendance générale était de l'attribuer à Anaximandre. Cette étude propose un examen de tous les textes antiques mentionnant cet élément particulier.

A noter enfin que Cl. Louguet collabore à la version française du recueil Les premiers philosophes grecs (responsables André Laks, Paris IV, Glenn Most, Scuola Normale Superiore de Pise).

 

II - Aristote

Les travaux sur Aristote se structurent autour de trois textes fondamentaux :

1) la Métaphysique , avec  édition, traduction et commentaire des livres M et N  , préparée par M. Crubellier, à paraître en 2009 ou 2010 chez Peeters. Ce travail vient en prolongement de Aristote, Métaphysique Gamma, édition, traduction et études, édité par M. Hecquet et A. Stevens, publié en 2008 chez Peeters.

2) Les Premiers Analytiques. M. Crubellier prépare une traduction commentée de ce texte qui devrait paraître  chez  Flammarion dans la collection GF en 2009. A partir de ce projet de publication, M. Crubellier mettra en chantier des travaux portant sur :

- l'analyse des procédures d'inférence et, plus largement, de connaissance, en particulier dans sa relation aux figures du syllogisme ; à la différence des contemporains, qui ne conçoivent les figures que comme une classification des modes, Aristote – qui n'a pas de mot pour les modes – attribue clairement aux figures une signification épistémologique, voire ontologique, qu'il convient de déterminer ;

- la modalité : la "logique modale " (les chapitres I, 8-22 des Premiers Analytiques) est apparemment un développement tardif de la syllogistique, qu'il conviendrait d'éclairer au moyen des différents passages qui, dans la philosophie naturelle, la Métaphysique et l'Interprétation, préparent le terrain ;

- l'histoire de la réception tardo-antique et médiévale de l'analytique, en relation en particulier avec le projet de thèse d'Otman El Mernissi.

Les deux premiers points donneront lieu à des séminaires et à des actions communes avec les logiciens du groupe de Sh. Rahman.

3) Le De anima. M. Crubellier va reprendre les pistes ouvertes ces dernières années dans le domaine de la psychologie aristotélicienne - il a participé à l’Ecole d'été internationale "Aristotelian Hylomorphism", organisée en septembre 2007 à l’Université Humboldt de Berlin où il a donné une leçon : "As things themselves are separable from matter, such is the case with nous too" (De Anima III 4, 429b 21-22). Ces recherches trouveront un prolongement dans l’organisation d’actions communes d'une part avec des collègues de l’UMR travaillant en phénoménologie (C. Majolino, axe C, thématique 2) et en psychologie cognitive (Alexandre Billon), d'autre part, avec le groupe existant à l'Université Humboldt (K. Corcilius, Ch. Rapp). Ce travail débouchera sur un commentaire (avec éventuellement une édition, en tout cas une révision du texte grec) du Traité de l'âme.

 

III -  Le Néoplatonisme

Les trois grands chantiers sur lesquels travaille Alain Lernould sont des traductions en français avec notes, de tout ou parties de commentaires de Proclus (Vè  s.) et de Simplicius (VIè s.), ainsi que la traduction du traité de Plutarque de Chéronée (Iier- IIè s.), Sur la génération de l’âme dans le Timée. Ces trois chantiers s’inscrivent dans le cadre d’une double approche de la littérature commentante dans l’Antiquité grecque - le traité de Plutarque relevant du commentaire au sens large : 1) Une approche doctrinale centrée sur le thème  de la philosophie de la nature dans le néoplatonisme, et plus précisément sur la question des relations qu’entretiennent dans le néoplatonisme physique, mathématiques et théologie ; 2) une approche philologique, où le commentaire est abordé comme un texte à part entière dont on peut montrer l’unité. Dans cette double perspective il s’agit de montrer le lien étroit qui unit  activité philosophique autonome et pratique de l’exégèse.

1) La traduction annotée du Commentaire de Proclus sur le premier livre des Eléments d’Euclide (436 pages dans l’édition Friedlein, Teubner, 1873) devrait être achevée début 2010. Ce travail, mené avec la collaboration de B. Vitrac (Centre Gernet), de J. Celeyrette et E. Mazet (Lille 3, STL), et de Carlos Steel et G. v. Riel (qui préparent à Leuven une nouvelle édition du Prologue à ce commentaire) constituera la pièce centrale du dossier de travaux présentés en vue d’une prochaine soutenance d’Habilitation (en 2010 ou 11) sous la direction de Ph. Hoffmann. Il s’accompagne d’un projet de publication aux Presses Universitaires du Septentrion d’un volume consacré à l’In Euclidem réunissant les contributions de spécialistes français et étrangers (historiens de la philosophie et historiens des sciences).

2) Simplicius, Commentaire sur la Physique d’Aristote, livre II, traduction et notes. Il n’existe pas de traduction française intégrale du  commentaire de Simplicius à la Physique d’Aristote. Ce projet, qui, comme le précédent, prend pour modèle les traductions de Festugière des Commentaires de Proclus sur le Timée et sur la République, vient donc combler un manque. Après le passage en revue critique des thèses des prédécesseurs dans le livre I de la Physique, commence véritablement d’une manière positive, dans le livre II,  l’exposé de la doctrine des étants naturels. C’est là notamment que, après avoir défini ce qu’est la nature (chapitre 1), Aristote traite de la différence entre mathématiques et physique (chap. 2). Un premier état d’une traduction du commentaire couvrant les chapitres 1 et 2 du livre II de la Physique d’Aristote a d’abord été entrepris par A. Lernould seul en 2001-2. Ce travail fait l’objet d’une révision dans le cadre du séminaire de traduction lancé en 2007-8 et co-organisé par A. Lernould et Cl. Louguet. Le séminaire se poursuivra et débouchera sur la publication du commentaire de Simplicius sur tout le livre II de la Physique.

3) Dans son De procreatione animae in Timaeo, Plutarque défend la thèse très hétérodoxe pour un platonicien selon laquelle la doctrine exposée par Platon dans le Timée est celle d’une création du monde dans le temps. On voit immédiatement l’intérêt  que présente ce texte  dont la dernière traduction en français est celle de Pierre Thévenaz  parue en 1938. Ce travail, entrepris dans le cadre d’un réseau Lille, STL- Bruxelles, ULB (cf. infra, réseaux), est codirigé par A. Lernould (Lille 3, STL) et M. Broze (Bruxelles, ULB) .

 

 IV - Philosophie des sciences

La ligne directrice des travaux de recherche de F. Acerbi est l'investigation des présupposés logiques du style mathématique grec, et des relations entre mathématiques et dialectique anciennes. Les Éléments d'Euclide constituent un objet privilégié, mais la recherche s’étendra à d’autres ouvrages et d’autres mathématiciens, et des développements sont à prévoir dans les directions suivantes :

-          une étude des structures logiques dans les mathématiques grecques.

-          une étude de l'analyse et la synthèse, à partir notamment, mais pas exclusivement, des Données d’Euclide. Cette recherche s’élargira en une étude des rapports qu’il peut y avoir entre les preuves par analyse et synthèse et les preuves algorithmiques et ceux que ces deux types de preuves entretiennent avec la logique ancienne.

Plusieurs publications sont annoncées :

-          des monographies en langue anglaise (dont Greek Analysis and Synthesis), ou italienne (La matematica greca. Metodi, problemi, temi, à paraître chez Einaudi) ;

-          des éditions de textes : l'édition critique commentée du traité De polygonis numeris de Diophante (dont l'édition de référence n'est pas satisfaisante) ; l’édition de l'anonyme Introduction à l'Almageste, qui demeure encore inédite ; une édition critique du texte grec des Metrica de Héron d'Alexandrie, avec introduction et commentaire Une partie de ce projet sera menée en collaboration avec Bernard Vitrac (Centre Louis Gernet, CNRS, UMR 8567).

 

V - Coopérations nationales et internationales

 

Outre les invitations prévues de collègues français et étrangers (par exemple A-L. Worms, Rouen ; D. O’Meara, Fribourg CH) les partenariats se concrétisent notamment sous forme des séminaires suivants :

- séminaire doctoral Lille- Paris- Cambridge, qui a repris en 2007-8 (après deux années d’interruption) et consistera en  une présentation de travaux par des doctorants ou post-doctorants auxquels ce séminaire a pour vocation de donner la priorité. Responsables : D. Sedley (Cambridge), A. Laks (Paris), A. Lernould (Lille).

 - séminaire joint  Lille 3 – ULB  : « Les gnoses païennes et chrétiennes hétérodoxes et orthodoxes », dont les coordinateurs sont  M. Broze (ULB) et A. Lernould (Lille III).

- séminaire aristotélicien « Le juste et l’amitié » co-organisé par A. Jaulin((Paris I), M. Crubellier (Lille 3),  P-M. Morel (ENS Lyon))

- séminaire Lille-Paris- Bruxelles, « Aristote, Métaphysique H », co-organisé par M. Crubellier (Lille 3), D. Lefebvre (Paris, ENS Ulm), A. Stevens (Liège)

- séminaire de traduction : Jamblique, De communi mathematica scientia  (Lille 3 STL, Paris, Gernet).

- séminaire « Les mathématiques grecques anciennes et leur postérité » (F. Acerbi, Lille 3 STL et B. Vitrac, Paris, Gernet).

 

 

B. Le Moyen-Age

Dans le cadre des appropriations et développements des discours théoriques de l’Antiquité dans les pays d’Islam et au Moyen Âge latin, la priorité de Jean Celeyrette sera évidemment d’abord l’achèvement des travaux qui n’ont pu se terminer dans le précédent contrat : édition des Questions sur la Physique d’Oresme, livre sur l’intensification de la charité, avec cette réserve que comme il s’agit de travaux en collaboration, leur avancement dépend des contraintes de chacun.

Le travail de traduction de l’in Euclidem de Proclus pour lequel il collabore avec Alain Lernould et Edmond Mazet devrait être terminé pendant cette période.

Par ailleurs, le travail de Jean Celeyrette* sur le traité de Montecalerio lui a donné une grande familiarité avec le manuscrit BNF Lat.16621 où il est conservé ; or ce manuscrit, s’il est spécialement difficile à déchiffrer est aussi particulièrement riche, car il contient un ensemble de textes fournissant des renseignements précieux sur le paysage intellectuel de la Faculté des arts au milieu du XIVe siècle. Certains de ces textes, inédits, et en fait jamais examinés, semblent montrer que les Calculationes de Richard Swineshead, considérés généralement comme une œuvre isolée ont eu une véritable fortune chez certains contemporains. Edmond Mazet et Jean Celeyrette souhaitent examiner cette hypothèse, ce qui suppose d’abord d’établir les textes repérés dans le manuscrit, ensuite de procéder à une comparaison soigneuse avec les Calculationes voire avec certaines questions de Richard Kilvington. Les difficultés de déchiffrement, et surtout de compréhension empêchent de fixer un terme à cette entreprise.

Mis à part l’achèvement prochain de l’édition des questions sur la Physique d’Oresme, l’essentiel de l’activité d’Edmond Mazet portera donc sur la poursuite du travail d’édition et de commentaire des trois traités susdits des Calculationes, dont il finira d’établir le texte et l’apparat critique. En ce qui concerne l’analyse de ces traités, il lui reste surtout à étudier les objections soulevées par Swineshead lui-même contre ses propres théorèmes, et à les situer par rapport à la littérature des sophismata. En même temps, Edmond Mazet se propose d’étudier des textes qui sont reliés à ces traités et peuvent aider à les commenter.

Enfin Jean Celeyrette souhaite pouvoir commencer à utiliser son initiation à l’arabe et travailler sur certaines traductions arabo-latines de textes d’optique.

Max Lejbowicz*, de son côté, organise dès à présent un colloque « Une conquête des savoirs : les traductions dans l’Europe latine (fin XIe siècle - milieu du XIIIe siècle) », mettant en lumière le rôle fondateur du XIIe siècle dans la formation de l’Europe latine. Il s’attardera plus spécialement sur la place que les traductions arabo-latines et gréco-latines ont occupée dans cette formation. Max Lejbowicz travaille également à la rédaction d’un livre sur Nicole Oresme commandé par les éditions Klincksieck.

A ces travaux il convient d’ajouter les travaux en cours de Marc Moyon, doctorant de l’UMR STL, dirigé par Ahmed Djebbar (UMR Painlevé, Lille 1), qui étudie la circulation directe ou indirecte des textes arabes dans le monde latin, recherche, édite, traduit et analyse des textes latins de géométrie pratique et travaille sur la terminologie géométrique du latin médiéval en lien avec la terminologie arabe, ou encore le travail de doctorat de Hamid-Reza Giahi Yazdi, lui aussi dirigé par A. Djebbar, et étudiant Les théories des éclipses dans l’astronomie de la période islamique, notamment par comparaison avec l’astronomie grecque et l’astronomie indienne .

 

 

C. La rEception et interprEtation humaniste de la pensEe antique

Cette orientation au sein de la thématique 2 de l’axe B était, dans l’ancien quadriennal, une thématique indépendante. Laurence Boulègue (membre IUF junior) en étant actuellement l’unique représentante, cette thématique est naturellement devenue un moment de la thématique 2 de l’axe B, dont elle est un prolongement naturel.

 

1- L’héritage aristotélicien en débat philosophique :

 

a- Les commentaires autour du De anima

Il s’agira de mener un certain nombre de travaux d’édition et de traduction de textes philosophiques encore inédits, visant à mettre à jour les ouvrages et commentaires de philosophes de premier plan. Tout d’abord, autour de la controverse sur l’immortalité de l’âme, au tournant des XVe et XVIe siècles, la pensée et le rôle de J.-F. Pic de la Mirandole, qui influença durablement l’humanisme européen du XVIe siècle, seront étudiés grâce à l’édition, la traduction et l’analyse (des implications philosophiques, politiques et religieuses ) du commentaire du De anima III.

b- Les traités de philosophie mondaine d’Agostino Nifo

            Cette période charnière marque aussi la naissance du second humanisme à l’œuvre notamment dans la philosophie padouane et les traités d’A. Nifo (1469-1538). L’édition, la traduction et/ou l’étude de ses ouvrages des années 1530, tel le De his qui in solitudine apte uiuere possunt (1535), sont un travail indispensable pour analyser les nouvelles formes de la philosophie, fondements de la culture européenne, marquées par l’humanisme tout en restant attachées au commentaire aristotélicien traditionnel.

2.- Relecture et actualisation des grands textes de l’Antiquité : diffusion des idées, stratégies argumentatives et circulation des discours :

Au sein de projets collectifs, L. Boulègue se propose d’approfondir la manière dont les Humanistes ont fait revivre l’héritage antique. Un premier projet porte sur la réception des grands courants philosophiques et s’attachera à la question de la réception des Présocratiques et à la découverte et à l’élaboration du corpus à la Renaissance, de Ficin à Scaliger. Au sein de l’ANR « les Présocratiques de l’époque hellénistique à la Renaissance » (dir. par A. Laks et C. Lévy, Paris-Sorbonne), un colloque international sera organisé en 2010-2011. Afin d’ouvrir le champ de la recherche à d’autres grands pans de la connaissance, un projet, en collaboration avec Susanna Gambino-Longo (U. de Lyon III) et Perrine Galand-Hallyn (EPHE), au sein du GDR « Culture latine de la Renaissance européenne » (dir. P. Galand-Hallyn, EPHE), devrait aboutir à un ouvrage collectif sur la réception d'Hérodote à la Renaissance : bien que l’Enquête ait connu un écho certain, notamment grâce à la belle traduction en latin de Lorenzo Valla, son impact - sur les types de discours savants (l'histoire, la cartographie, la pensée ethnographique) et les genres littéraires variés - a été peu exploré.

 

Parmi les publications prévues, on relèvera :

- Nifo, De amore, introduction, traduction et notes (L. Boulègue)

- Anthologie des poétiques latines de la Renaissance (V. Leroux et E. Séris, avec la collaboration de L. Boulègue)

 

Coopérations :

GDR « Culture latine de la Renaissance européenne » (dir. P. Galand-Hallyn, EPHE), 2008-2011 (EPHE - U. Versailles-St Quentin – U. Aix-Marseille – U. Lille 3 – IRHT – U. Cambridge – U. de Louvain)

ANR « les Présocratiques de l’époque hellénistique à la Renaissance  » (dir. A. Laks - C. Lévy, Paris-Sorbonne), 2008-2011

 

 

 

 

 

 

Axe C. Concepts et pratiques philosophiques

(Responsable : Shahid Rahman)

 

 

 

 

Comme dans le précédent quadriennal, cet axe se consacre aux rapports entre la philosophie et le sens. L’unité de cet axe tient à l’activité propre à la philosophie qui, si elle n’est pas le seul dépositaire de la pensée, contribue cependant à l’élucidation des formes dans lesquelles s’articulent les savoirs et les opérations de l’esprit. A ce titre, elle pourvoit en concepts critiques les différents domaines de la recherche, à charge pour elle de reprendre réflexivement leurs apports. C’est ainsi que la philosophie se détermine comme recherche critique, retour sur les formes de l’agir commun, de la signification, de l’expression et enfin de la pensée. On trouvera donc dans cet axe d’une part une réflexion sur les règles qui sanctionnent le vivre ensemble, qu’elles soient déposées dans des lois ou dans de simples habitudes, mais aussi les règles plus impérieuses peut-être portant sur l’exigence de rapports éthiques, correspondent à l’effort pour l’esprit d’individuer la part qu’il prend à la formation de l’existence en société en lui donnant un sens ; on y trouvera une réflexion tant herméneutique que phénoménologique sur le statut du sens dans le cadre d’une philosophie du langage et de l’interprétation ; une réflexion sur l’activité artistique où le sens apparait dans des formes qui ne sont pas moins des effets de pensée, renvoyant à une dimension essentielle de l’activité symbolique, qui équilibre les dimensions plus abstraites ou pratiques de la pensée. La réflexion sur cette pratique artistique élève cette dimension critique au concept. Enfin, en elle-même et prise dans sa plus grande universalité, l’activité philosophique est art de penser, logique. Mais l’argumentation, qui s’adresse à un interlocuteur particulier, suppose en elle-même une pluralisation de cette logique, faisant découvrir les possibilités multiples de la raison formelle.

 

 

 

ThEmatique 1 : Ethique, droit et sociEtE

(responsable : Patrice Canivez)

 

Dans le cadre de cette thématique, deux axes de recherche permettront d’aborder les rapports entre morale et politique sous trois angles distincts et complémentaires.

 

1.      Un axe « histoire et politique » impliquant une théorie des normes et une théorie de l’action.

2.      Un axe « relations morales » portant plus particulièrement sur l’éthique du vivan.

3.      Un axe portant sur les « enjeux éthiques de l’interprétation » et les rapports entre conceptions du monde.

 

1) Histoire et politique : toute philosophie politique implique une théorie de l’histoire, fût-ce sur un mode allusif et fragmentaire, car la philosophie politique :

a)      élabore des normes et des critères permettant de procéder à l’évaluation critique des formes d’Etat et de société, elle s’applique ainsi à l’histoire considérée comme « donné historique » ;

b)     pose la question des formes et des conditions de réalisation des modèles normatifs, elle envisage ainsi l’histoire comme processus (continu ou discontinu, orienté ou non, contrôlable ou non par l’action humaine, etc.)

A partir d’une problématisation des rapports entre histoire et politique, on est ainsi amené à développer, d’un côté, une théorie des normes ; et de l’autre, une théorie de l’action. Dans les deux cas, la méthode retenue conjuguera :

-          l’analyse et la discussion des auteurs

-          l’élaboration et la discussion de modèles

Dans cette perspective, une recherche sur les rapports entre histoire et politique chez Jean-Jacques Rousseau conduira à la publication d’un ouvrage en cours de quadriennal (Patrice Canivez).

La réflexion sur l’action donnera lieu à des travaux portant sur l’action et les raisons de l’action à partir de l’héritage humien et de sa présence dans les débats contemporains. La même démarche permettra de poursuivre la recherche sur la notion de justice par le biais d’une mise en rapport de Hume avec certains auteurs contemporains comme John Rawls, David Gauthier, Robert Nozick.  (Eléonore Le Jallé).

L’analyse de l’action donnera aussi lieu à des travaux liant la théorie de l’argumentation à celle des institutions politiques, en partant du principe que les parties prenantes à la discussion politique ne sont pas des individus en tant que tels, comme dans un dialogue philosophique ou intersubjectif, mais des groupes et des institutions – des individus représentant des groupes et des institutions (Patrice Canivez). Cette recherche débouchera sur la publication d’un premier travail intitulé Qu’est-ce que la politique ?, aux Editions Vrin, dans la collection « Chemins philosophiques » dirigée par Christian Berner et Roger Pouivet. A terme, elle conduira à la parution d’un ouvrage liant la théorie des transformations de l’Etat contemporain à celle de l’action par la discussion.

Une partie de ces recherches s’articulera autour de la mise en œuvre du concept de reprise. Ce concept, tiré de la Logique de la philosophie d’Eric Weil, permet de saisir comment une même pensée peut être exprimée – au prix de distorsions plus ou moins importantes – dans des formes hétérogènes mais partiellement congruentes de cohérence conceptuelle. Il permet ainsi de comprendre comment une pensée peut être traduite d’un « langage » philosophique dans un autre.

Le concept de reprise permet de lier l’histoire de la philosophie à une philosophie du langage et à une théorie du discours. Il est également susceptible d’applications dans des domaines spécifiques, notamment en philosophie politique. La notion d’overlapping consensus mise en avant par Rawls en est un exemple parmi d’autres. Cette application du concept de reprise à la philosophie politique permet d’envisager sous un angle particulier le lien entre philosophie politique et philosophie du langage, et par là de contribuer à une théorie de l’argumentation qui prend en compte le cadre institutionnel et les transformations structurelles de l’Etat contemporain.

 

2) La question de la relation sera au cœur de la recherche en éthique. La recherche sur les relations asymétriques s’élargira à un travail d’ensemble sur « les relations entre vie et morale ». Ce travail portera sur les relations vitales considérées à la fois comme origine (via l'attachement notamment) et comme objet (en particulier, à travers le soin) de la morale. Cette recherche donnera notamment lieu à deux ouvrages par Frédéric Worms : un recueil d’articles et un ouvrage synthétique sur les relations morales.

On relèvera dans ce contexte de la relation de soin, parmi les actions intégrant l’UMR dans le contexte régional et national, la réflexion engagée par Frédéric Worms sur les rapports entre « éthique et santé », notamment en collaboration avec les médecins hospitaliers régionaux. Ces recherches retrouvent évidemment pleinement les programmes en cours de développement dans le cadre de la MESHS (axes « santé et société »), assurant un fort ancrage local et régional.

Bernard Sève quant à lui continuera à travailler sur les formes de la  réflexion éthique chez Montaigne. Ce travail s'inscrit directement dans la réflexion sur la notion de "relation morale", s'il est vrai que l'éthique montanienne se construit dans le jeu complexe de ce qu'il appelle lui-même "la relation à autrui", jeu qui se décline selon différentes "formes de vie". A la frontière de l'éthique et de l'esthétique, Bernard Sève compte aussi poursuivre son investigation sur les notions de "naïveté", de "sauvagerie" et d' "art" (au sens de "civilisation") telles qu'elles sont construites et éprouvées dans les Essais de Montaigne.

 

3) Enfin, la recherche en éthique s’appuiera aussi sur les apports de l’herméneutique, par le biais d’une interrogation sur les interprétations collectives et les rapports entre différentes conceptions du monde. La question du multiculturalisme et des relations entre les cultures, y compris dans leur dimension conflictuelle, sera ainsi abordée à partir des problèmes et des enjeux éthiques de la compréhension (Christian Berner).

 

            Dans tous ces domaines, les relations internationales sont nombreuses, comme en témoignait le bilan. Ces partenariats internationaux (en particulier dans celui du réseau OFFRES, réseau de recherche et de formation à la recherche associant plusieurs universités françaises et une douzaine de pays d’Europe centrale et orientale) (voir Bilan annexe 3, RES.7, p. 56) seront maintenus et développés.

 

 

ThEmatique 2 : Langage et interprEtation : phEnomEnologie, hermEneutique

(responsable : Christian Berner)

 

Les départs et arrivées ont conduit à retoucher cette thématique, initialement consacrée à l’herméneutique et aux sciences de la culture. Denis Thouard, actuellement à Berlin, ne fait plus partie de l’UMR mais est rattaché au Centre Marc Bloch de Berlin. André Laks, qui avait également contribué aux travaux sur l’herméneutique, est désormais à Paris IV. L’UMR s’est en revanche enrichie d’un jeune chercheur recruté en philosophie du langage sur un poste « Fillon », Claudio Majolino, spécialiste de Husserl et de philosophie phénoménologique du langage. 

Suite à ces changements, il est apparu que la philosophie du langage et de l’interprétation connaissait désormais dans l’UMR deux pôles complémentaires, l’un représenté par Christian Berner et ses recherches sur l’interprétation et l’herméneutique, l’autre par Claudio Majolino dont l’intérêt pour la phénoménologie est principalement porté par la philosophie du langage. Il faut remarquer, car c’est sans doute une conjonction inhabituelle et l’originalité de cette association, que l’herméneutique et la phénoménologie ne s’articulent pas ici, comme elles le font habituellement en France, dans le prolongement de Heidegger, Gadamer et Ricœur : tant pour l’herméneutique que pour la phénoménologie, il est surtout tenu compte à la fois des apports de la philosophie analytique du langage et de la dimension méthodologique et cognitive de l’acte de comprendre et d’interpréter. Phénoménologie et herméneutique trouvent ainsi un rapport essentiel à la méthode et à la théorie de la connaissance (rejoignant une option dont le titre initial de la revue de l’UMR, Methodos, est le mot d’ordre).

 

1. HermEneutique

Les travaux herméneutiques, qui intéressent plusieurs membres de l’UMR parmi les antiquisants, les philosophes logiciens, les linguistes, vont se poursuivre. Ces travaux concernent, de toute évidence, les réflexions sur la réception des œuvres (voir en particulier l’axe B ou la thématique 3 de l’axe C), sur l’interprétation (axe C, « logique, connaissance, argumentation ») et sur la traduction (axe A). Il s’agira principalement pour Christian Berner :

1) de continuer des recherches historiques permettant de réviser l’image de l’herméneutique (notamment à travers l’étude de l’herméneutique des Lumières)

2) de contribuer à l’élaboration d’une herméneutique générale en finalisant le projet en cours consacré aux concepts de l’herméneutique (projet international présenté dans le Bilan p. 30).

3) d’évaluer la portée de l’herméneutique dans les sciences humaines, notamment à travers une comparaison entre les triades « vie, expression, compréhension » (Dilthey) et « expression, présentation, signification » (Cassirer).

4) de préciser le rôle éthique de l’herméneutique dans le cadre d’une réflexion sur les interprétations collectives (ce thème renvoie au point 3 de la thématique « Ethique, droit, société »).

 

Parmi les publications prévues, on notera :

Ch. Berner et D. Thouard, Dictionnaire des concepts de l’herméneutique (2011 ou 2012)

G. Fr. Meier, Essai d’un art universel de l’interprétation (1757), intr., trad. et notes par Ch. Berner, PUS, Opuscules j  (2010)

Christian Berner, Qu’est-ce que l’herméneutique ? Vrin, « Chemins philosophiques » (2010)

Christian Berner, Jean-Claude Gens,  Introduction à l’herméneutique, (2010)

Christian Berner,  Logique et interprétation dans le premier romantisme allemand (2011)

 

 

2. PhEnomEnologie

                        Les recherches de Claudio Majolino continueront à graviter autour de la phénoménologie de Husserl : ses sources, son héritage, ses concepts opératoires et leur rôle dans le débat contemporain en philosophie du langage, logique, métaphysique et théorie de la connaissance. Dans l’une des thèses sans doute le mieux connues et les plus discutées des Recherches logiques, Husserl défend l’idée selon laquelle la notion de « signe » est équivoque. Cette thèse aboutit ainsi à une distinction conceptuelle forte entre signe linguistique (qu’il appelle « expression ») et signe inférentiel (ou « indice »), distinction qui recoupe l’un des gestes les plus marquants du traitement aristotélicien du signe dans la section 27 des Premiers Analytiques. Mais Husserl, paradoxalement, semble maintenir l’idée d’une forme générale du signe, caractérisée par la structure du renvoi, ce qui laisserait penser, selon la thèse par exemple défendue par Marty, à une équivocité pros hen. Claudio Majolino s’est donc intéressé à la reconstruction du débat autour de la sémiotique dans l’école de Brentano, qui aboutira à un livre, Semiotica husserliana. Cette reconstruction a permis de montrer l’un, voire plusieurs de ces « voisinages problématiques » avec le débat contemporain en philosophie analytique autour de la référence des termes déictiques et des inférences pratiques.

Une problématique plus spécifique s’attachera aux « fictions » et rencontrera des problématiques élaborées dans l’axe C thématique 4 (Shahid Rahman) et l’axe D thématique 2 (Pierre Cassou-Noguès). « La fiction constitue l’élément vital de la phénoménologie » (Ideen I, § 70) écrit Husserl. Cette phrase résume toute l’importance accordée par Husserl à la question des ficta.

Un tel intérêt remonte aux travaux du jeune Husserl sur le statut arithmétique des nombres paradoxaux. Plus tard, Husserl non seulement confiera aux fictions un rôle de premier plan au sein de la phénoménologie eidétique, grâce au concept de « libre variation imaginative » ; il ira même jusqu’à affirmer que l’absence d’une prise en charge du statut des ficta, le fait d’avoir centré leurs analyses sur le privilège accordé aux facta, constitue l’une des fautes majeures de l’empirisme classique. La phénoménologie, en revanche, s’engage dans l’entreprise, apparemment paradoxale, d’un empirisme qui intègre les ficta au champ de l’expérience, sans pour autant les intégrer au champ de l’ontologie. Les deux notions, d’expérience, d’un côté, et d’ontologie, de l’autre, nécessitent ainsi une redéfinition conceptuelle. Husserl a consacré, à partir des années 1890 de nombreux travaux au rôle et au statut des fictions, aussi bien du point de vue des actes intentionnels visant des objets fictifs que du point de vue de la structure de ces objets fictifs eux-mêmes. Le but des recherches de Cl. Majolino sera de :

1/ tracer d'abord une sorte de grammaire phénoménologique des ficta, dont le but est de préciser le vocabulaire et les concepts opératoires employés par Husserl ;

2/ préciser l’articulation entre les différents phénomènes étudiés par Husserl dans le cadre de la problématique générale d’une phénoménologie des ficta. Une attention particulière sera notamment réservée à la notion de « Phantasie » ( « imagination », Phantasia

3/ il sera également nécessaire d'étudier le contexte et la postérité des analyses husserliennes [comparaison avec les tentatives parallèles de la psychologie descriptive (Brentano) et de la théorie de l’objet (Meinong) ; traitement phénoménologie post-husserlien du problème de l’imagination (Sartre, Fink)].

4/ proposer une esquisse de classification sur base descriptive des différences morphologiques entre imagination sensible, imagination affective et imagination propositionnelle. Il sera ainsi possible de proposer une sorte de « mappage » des usages épistémologiques de l’imagination, de l’art à la science à la philosophie.

         Dans le contexte de la phénoménologie, mais aussi de l’interprétation, on relèvera les recherches que François De Gandt consacrera aux rapports entre phénoménologie et psychiatrie (Binswanger – Husserl). Sa collaboration avec Claudio Majolino est déjà avérée et a donné lieu à un ouvrage sur Husserl. La recherche de Fr. De Gandt concerne l’interface entre les analyses phénoménologiques de Husserl et la psychopathologie. Le point de départ est dans l’usage que fait le psychiatre suisse Binswanger des outils conceptuels  et des descriptions de la phénoménologie (d’abord de Heidegger vers 1930, puis de Husserl après 1950). Les spécialistes de psychopathologie sont  en quête d’outils de pensée, attendant de ceux qui ont pénétré dans la difficile littérature phénoménologique qu’ils les aident à se faire un image moins grossière de la vie psychique. La phénoménologie  des philosophes, de son côté, a beaucoup à gagner à être appliquée, mise à l’épreuve, sans s’arrêter à d’interminables querelles de fondation. Fr. De Gandt s’attachera méthodiquement aux textes de Binswanger, en commençant  par Le cas Suzanne Urban (1957). Il reviendra  aux textes de Husserl, en particulier par l’appropriation du contenu des trois volumes des Husserliana consacrés  à l’intersubjectivité , en les complétant par des textes sur la synthèse passive et le corps vivant. Chemin faisant affleureront des questions limites qui sont le lot des sciences cognitives contemporaines : la conscience, sa définition, son rôle, la différence subtile entre passivité et spontanéité active, la confiance ou l’évidence naturelle, le lien entre perte de réalité et défaut de temporalisation.

 

 

3. RElations internationales

1) herméneutique

 * Le réseau « Herméneutique, mythe, image » (voir ci-dessus) va s’élargir à l’Université Saint Louis de Bruxelles et à l’Université de Vérone (avec le Prof. Mario Lombardo, spécialiste de Schleiermacher, et Riccardo Pozzo, spécialiste de G.W.Fr. Meier et de sa réception par Kant). A l’initiative de l’Université de Lille 3, les avenants sont en cours de signature. Ce réseau, qui implique enseignants et doctorants, continuera au rythme d’un colloque par an.

* La collaboration avec Denis Thouard, directeur de recherche à l’origine membre de l’UMR et actuellement rattaché au Centre Marc Bloch de Berlin (CNRS), va se poursuivre. Sont ainsi programmées non seulement une collaboration dans le cadre d’une opération de recherche « Streitlustige Vernunft. L’émergence d’une rationalité conflictuelle. », mais encore la participation de l’UMR à un colloque à Halle consacré aux rapports entre « logique et interprétation » (qui impliquera aussi des logiciens de Sh. Rhaman et des historiens des sciences, comme A.-L. Rey).

* Collaboration avec l’Université d’Evora (Olivier Feron) et son centre de recherches en phénoménologie et herméneutique (Ch. Berner et Fr. De Gandt).

* Séminaire commun avec le professeur Jean-Claude Gens (Université de Bourgogne) consacré à l’herméneutique générale, alternativement à Lille et à Dijon en vue de la publication d’une introduction à l’herméneutique (2008-2010).

* Collaboration avec l’EHESS, le CRIA et le CIERA (Pierre Judet de la Combe et Heinz Wismann) dans le cadre de séminaires annuels sur l’herméneutique et la critique.

*2010 : colloque « Herméneutique et critique » en collaboration avec Fabien Capeillères (Université de Caen).

2) phénoménologie

*Claudio Majolino est en train de mettre sur pieds un réseau thématique autour de la philosophie du langage et des interactions entre phénoménologie du langage (genèse des formes catégorielles du discours) et analyse linguistique (configuration sémiotique et articulation grammaticale du sens) avec les Archives Husserl de New York, Viterbo et Berlin.

* Ce réseau thématique est complété par un projet CNRS « Phénoménologie, logique, langage » visant à consolider les rapports de collaboration entre les chercheurs et les doctorants de l’UMR 8163 qui travaillent sur les relations entre catégories logico-linguistiques et structures perceptives et le centre des Archives Husserl de NYC qui réunit de nombreux spécialistes américains. Ce projet implique le  Department of Philosophy de la New School for Social Research – 65 5th Av. NYC (NY) 10003; sont également partenaires le Wellesley College, Boston (MA) et l’Università dell Tuscia (VT).

 

OpErations transversales :

            Les travaux relatifs à l’herméneutique continueront à jouer un rôle transversal, rencontrant tant des réflexions des linguistes (notamment sur la traduction), que des épistémologues (relativement aux catégories de l’interprétation) ou des antiquisants (relativement à la réception des œuvres) et doivent déboucher sur le dépôt de projets dans le cadre du CPER et de la MESHS, notamment pour aborder la question de l’interprétation de manière interdisciplinaire (Axe 3 : Textes, objets, interprétation, argumentation). C’est ainsi qu’un séminaire commun dans le cadre de la MESHS autour de la notion d’interprétation est prévue en collaboration avec Laurent Keiff.

Les projets de Cl. Majolino s’inscrivent dans des problématiques qui rencontrent et appellent un dialogue intensif avec les études de Shahid Rahman et de ses doctorants (en particulier J. Redmond), ainsi qu’avec A. Billon et avec les linguistes. Cl. Majolino rejoint également les intérêts de P. Cassou-Noguès, dans le cadre de ses recherches consacrées à l’imagination (voir axes C thématique 4 et D thématique 2).

 

 

 

 

 

ThEmatique 3 : Arts et littEratures : pratiques, critique, thEories

(responsable : Bernard SEve)

 

La thématique « Esthétique » a subi un renouvellement complet. Le départ de Catherine Kintzler, remplacée par Bernard Sève, et la nomination d’Anne Boissière comme professeur à l’UFR « Arts et Culture » et au CEAC (Centre d’étude des arts contemporains, Lille 3), remplacée, en septembre 2008, par Marianne Massin, a donné à cette thématique une orientation nouvelle dont tient compte le nouvel intitulé. Ainsi Bernard Sève part-il de la philosophie de la musique, Marianne Massin de la question de l’inspiration, chacun pour remonter à un questionnement portant sur des catégories et pratiques fondamentales de l’art et de l’esthétique. Holger Schmid participe lui aussi de cette thématique. La thématique 3 intègre également les recherches sur la littérature dans son rapport à la pratique et à la pensée, telles qu’elles ont été développées, notamment à la suite de Pierre Macherey, par Philippe Sabot et Lucien Vinciguerra.

 

 

1. Philosophie de la musique

 

Bernard Sève entend poursuivre ses recherches dans les trois directions suivantes :

1) en philosophie de la musique, la question de l’instrument de musique comme singularité artistique est au centre du travail de recherche de B. Sève.  L’instrument de musique n’est comparable à aucun des « instruments » ou outils dont usent les autres arts.  Son utilisation est, non moins que la partition qu’il joue, coextensive à la réalité de l’œuvre musicale (question d’ontologie, au sens des esthétiques analytiques).  En lui s’articulent la complexité technique (dimension acoustique) et la richesse esthétique.  Sa mise en cause et son renouvellement dans les musiques de la seconde moitié du 20ème siècle contribuent paradoxalement en mettre en pleine lumière la singularité de son statut artistique et esthétique.   Bernard Sève entend traiter ces questions en collaboration avec l’équipe « Physique des instruments de musique » du Laboratoire de Mécanique et d’Acoustique (UPR-7051, CNRS et Université Aix-Marseille), en liaison notamment avec  Jean Kergomard (LMA et IRCAM), spécialiste de la synthèse du son par modèle physique (technique alternative à la synthèse du signal).  Une collaboration avec le Musée des Instruments de la Cité de la Musique (Paris) est par ailleurs envisagée, et actuellement en cours de discussion.  -  Un séminaire de l’UMR devrait être consacré à cette question durant les années 2008-2010, sous le titre « La condition organologique de la musique » ; il est également envisagé d’organiser une ou plusieurs journées d’études autour de cette question.

2) B. Sève compte par ailleurs poursuivre son travail de recherche sur la question de l’hétérogénéité des systèmes sémiotiques (langues naturelles, musique, systèmes gestuels, « visuel » en général) et sur les « transactions artistiques » qui permettent non seulement de passer outre cette hétérogénéité, mais d’en tirer une fécondité artistique supplémentaire.  Cette question, souvent travaillée du seul point de vue des liens entre « paroles et musique », est en réalité une question non pas régionale mais générale.  Ce travail devrait être l’occasion d’une coopération « interartistique » avec les collègues spécialistes des différents arts.  Une collaboration avec le Séminaire Interuniversitaire « Paroles et musiques » (codirection Catherine Naugrette, ASSIC-ED 267, Paris III, et Danièle Pistone, OMF – EA 206, Paris IV), auquel Bernard Sève participe, pourrait à moyen terme être envisagée.  Un séminaire de l’UMR pourrait être consacré à cette question durant les années 2010-2012. On relèvera que le séminaire de H. Schmid, « Musique, danse, mimésis : les Grecs et leur modernité » (en collaboration avec A. Boissière, CEAC), qui sera maintenu, permet lui aussi l’établissement d’une « philosophie de la musique », non sans contact avec les chercheurs du domaine B.

3) en philosophie de l’art toujours, Bernard Sève compte enfin poursuivre sa réflexion sur les régimes d’historicité des différents arts, dont le plus complexe est à ses yeux le régime musical (du fait, entre autres, de la nécessité d’instruments de musique qui introduisent une complexité temporelle extrêmement intéressante).  Cette question recoupe des problématique classiques et contemporaines de philosophie de l’histoire, pour lesquelles le nom d’Arthur Danto peut servir de point de repère.

 

 

2. La question de l’inspiration.

 

Marianne Massin poursuivra, dans le prolongement de ses deux derniers livres (2001, 2007) et sur le double versant de la philosophie et des arts, ses recherches sur la question de l’inspiration. Elles s’inscrivent dans la triple volonté de montrer l’importance d’une telle notion dans l’histoire culturelle occidentale (philosophique et artistique), de faire droit aux vigoureuses critiques qu’elle a suscitées, d’inciter à réhabiliter la puissance active et intra-humaine d’une inspiration vivifiante (« s’inspirer de ») — puissance longtemps occultée par une double réduction à la forme passive du verbe (« être inspiré par ») et à une causalité transcendante et extérieure.

Cette réévaluation critique a des enjeux philosophiques importants explicités en 2007. Elle en a aussi dans le champ artistique car elle affecte et corrode l’habituelle dichotomie entre « réception esthétique » et « poïétique » et oblige à réexaminer les idées de « création » et d’ « originalité », la dynamique féconde des emprunts et leurs modalités.

Deux champs d’investigation, complémentaires mais distincts, sont engagés :

1) L’un veut analyser cette dynamique féconde à partir d’œuvres artistiques précises et en focalisant l’interrogation sur la transversalité et la créativité des réinterprétations artistiques. Ce travail a été amorcé dans de nombreux articles portant sur les réemplois et les variations dans les emprunts inter-artistiques (littérature, musique et arts plastiques) ou sur la manière dont les arts peuvent mutuellement s’inspirer, ou encore sur la reprise des mythes, notamment celui de Marsyas (recherche commencée lors du doctorat et encore en cours) ; rédaction en cours également, d’un ouvrage collectif portant sur les mythes réinterprétés dans la musique occidentale : Musique et Mythologies (en collaboration avec E. Brisson et P. Cortot, parution prévue Éd. Ellipses, 2009). La recherche se nourrit par ailleurs des participations de Marianne Massin au CCR (Centre culturel de rencontres) d’Ambronay.

 

2) Parallèlement, Marianne Massin interroge la place non seulement de la discipline esthétique, mais aussi d’une expérience esthétique qu’il faut doublement réévaluer :

-              d’une part, pour réarticuler l’émotion esthétique à l’exigence de la production inventive qu’elle suscite et alimente ;

-              d’autre part, pour la confronter à certaines propositions artistiques contemporaines qui violentent le goût ou déstabilisent nos perceptions. En sollicitant ou provoquant une aisthesis élargie, elles œuvrent ainsi à ébranler les consensualités synchroniques, à déliter les normes qui bornent l’appréhension du réel ou du social. Elles offrent ainsi une expérience esthétique qui ne se confine pas à l’immédiateté d’une émotion, mais ouvre la possibilité d’un processus de transformation.

 

Ces investigations se situent dans la suite des interrogations notionnelles menées lors du Doctorat de Marianne Massin sur le « ravissement » et le dessaisissement des repères, et sur la dynamique d’une inspiration intraculturelle ; elles les prolongent à nouveaux frais et sur le terrain des expérimentations artistiques actuelles. Ces travaux proposent des matériaux que la recherche à venir devra organiser et soumettre à des critères rigoureux pour valider les hypothèses proposées.

 

 

3. philosophie et littErature.

 

Le bilan relevait que les travaux de Pierre Macherey sur la notion de « Philosophie littéraire » ont trouvé un prolongement dans les réflexions menées par Ph. Sabot autour de la notion d’une “pensée” littéraire en tant qu’elle implique la possibilité de traiter les pratiques d’écriture des écrivains comme d’authentiques pratiques de pensée. Ces réflexions sur le rapport entre littérature et savoir trouve dans l’UMR plusieurs prolongements qu’il convient de signaler comme tels. En dehors de la continuation des travaux de Pierre Macherey dans son groupe d’études « La philosophie au sens large », Philippe Sabot s’attachera à ce qu’il appelle une “histoire littéraire de la philosophie”, consistant à retracer, depuis les œuvres de la littérature, le cheminement de certains concepts, de certaines doctrines philosophiques, en vue de faire ressortir les déplacements et les transformations qui affectent le philosophique lorsqu’il “passe” dans la littérature, lorsqu’il prend forme et sens dans une œuvre littéraire. Il poursuivra ainsi le projet d’une étude des variations littéraires (cf. plus bas, axe D thématique 3). Pierre Cassou-Noguès a de son côté été conduit à des travaux sur la science-fiction et en particulier sur la façon dont la considération de la science a conduit ce genre littéraire a reprendre toute une série de questions qui appartenaient plutôt à la tradition philosophique.

L. Peterschmitt* (voir axe D thématique 1) sera lui aussi conduit à s’attacher à ce que l’on peut désigner comme relevant en un sens large de la « littérature » - tout ce qui l’appartient ni aux sciences, ni à la philosophie, mais qui témoigne de la pénétration des idées philosophiques ou scientifiques dans un public éduqué ; il envisage ainsi d’examiner par exemple ce qu’un « témoignage » comme celui de Casanova nous dit de la réception des diverses sciences (et en particulier de la chimie, Casanova se situant sur la frontière entre le charlatanisme et le savoir érudit). Enfin, Lucien Vinciguerra, comme cela a été signalé, compte étudier les transformations de la structure romanesque entre la Renaissance et le XVIIe siècle, depuis les derniers romans de chevalerie jusqu'à la Princesse de Clèves, notamment en ce qu’elles sont reliées aux changements de la discursivité scientifique.

 

 

 

Collaborations :

Les chercheurs rattachés à cette thématique comptent travailler étroitement avec le CEAC, dirigé par Anne Boissière, mais également avec leurs partenaires traditionnels. Dans le cadre de cette collaboration avec le CEAC, le séminaire pluridisciplinaire de la MESHS et de l’école doctorale des sciences de l’homme et de la société : « Musique, danse, mimésis : les Grecs et leur modernité », co-organisé par Anne Boissière (CEAC) et Holger Schmid (STL) sera poursuivi.

Avec Anne Boissière également, Bernard Sève (STL) entend organiser un colloque de trois jours consacrée à l’œuvre d’André Schaeffner, pionnier de l’ethnomusicologie moderne, commentateur des Lettres à Peter Gast de Nietzsche, penseur du théâtre, de la musique et de l’art populaire.

Holger Schmid développera ses collaborations avec les architectes de Louvain-la-Neuve et l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles.

A partir de la rentrée 2008, Ph. Sabot animera un séminaire de recherche mensuelle consacré au thème générique : “Philosophie et littérature”. Ce séminaire se proposera à la fois de confronter différentes approches philosophiques de la littérature, de réfléchir de manière critique aux concepts de la théorie littéraire (style, genre, écriture, etc.) et d’organiser une convergence entre des travaux issus d’horizons disciplinaires distincts.  

 

Projets de publications (en dehors de ceux mentionnés ci-dessus) :

 

Holger Schmid projette la publication d’un recueil de ses articles d’esthétique écrits en langue française, concernant son questionnement portant sur le 17ème siècle artistique (Poussin notamment) et  sur la question de l’art et de l’histoire (Rousseau et Valéry notamment).

Lucien Vinciguerra a un travail en cours sur les transformations de la structure romanesque entre la Renaissance et le XVIIe siècle, depuis les derniers romans de chevalerie jusqu'à la Princesse de Clèves. Ces transformations sont reliées à celles de l'espace pictural à la même époque, ainsi qu'aux changements de la discursivité scientifique, dans la mesure où elles se trouvent confrontées à des difficultés analogues.

Bernard Sève pense pouvoir mettre au net son projet de publication sur La Condition organologique de la musique, problématique à laquelle il consacrera un séminaire de recherche à l’UMR.

            Philippe Sabot publiera un ouvrage portant sur l’opération critique de la littérature comme opération de délégitimation du “grand récit” de l’Histoire, à l’œuvre notamment chez Sartre, Malraux et Simon (La face cachée des choses, PUF) et un ouvrage collectif rassemblant des interventions diverses sur les rapports entre philosophie et littérature. 

 

 

 

ThEmatique 4 : Logique, connaissance et argumentation

(responsable : Shahid Rahman)

 

Cette thématique a donné lieu à une activité intense et un développement important au cours des premières années du quadriennal (voir bilan) qui a fait de Lille un centre reconnu de logique.  Conformément aux nombreuses relations avec des philosophes et linguistes de l’UMR, compte tenu aussi de l’arrivée de nouveaux enseignants chercheurs, notamment en sciences cognitives (Alexandre Billon), la thématique de cet axe se voit légèrement reconfigurée. Elle intègre désormais explicitement la thématique de la connaissance. Elle sera renforcée par le recrutement projeté, au sein de l’UFR de philosophie, d’un MCF en logique dont le profil s’intègre dans la direction du projet de recherche décrit ci-dessous. Il est souhaitable aussi, vu la spécialisation et la dynamique de cette thématique, que l’UMR parvienne à recruter dans les années qui viennent un chercheur logicien.

 

 

1. Logique, jeux et philosophie. Le dEfi d’un concept dynamique de la logique

 

Les approches de la logique suivant la théorie des jeux, comme la “logique dialogique” et la “sémantique des jeux”, sont des approches qui se fondent sur le concept de preuve et les concepts de validité et de vérité dans ces approches se fondent sur des concepts de la théorie mathématique des jeux tels que l’existence d’une stratégie gagnante pour un joueur. Paul Lorenzen a été le premier à introduire une sémantique des jeux en logique à la fin des années cinquante. Cette sémantique a ensuite été développée par Kuno Lorenz. Les travaux de Lorenzen et de Lorenz ont été fondés sur une conception théorique de la preuve, alors qu’en même temps que Lorenzen, Jaakko Hintikka développa un modèle théorique appelé dans la littérature « GTS ». Depuis, plusieurs sémantiques des jeux différentes ont été étudiées en logique.

 

Rahman et ses collaborateurs ont développé la “dialogique” pour en faire une structure générale pour étudier les problèmes logiques et philosophiques par rapport au pluralisme logique et ont déclenché vers 1995 une espèce de Renaissance aux conséquences durables. Aujourd’hui, ces nouvelles impulsions philosophiques ont connu un renouveau parallèle dans le champ des sciences informatiques théoriques, la linguistique informatique et l’intelligence artificielle, y compris la sémantique formelle des langages de programmation. En effet, les nouveaux résultats de J-Y. Girard en logique linéaire et dans l’interface enter la théorie mathématique des jeux et la logique d’une part et entre la théorie de l’argumentation et la logique d’autre part, notamment dans les œuvres de S. Abramsky, J. van Benthem, A. Blass, D. Gabbay, M. Hyland, W. Hodges, R. Jagadessan, G. Japaridze, E. Krabbe, L. Ong, H. Prakken, G. Sandu D. Walton et J. Woods, ont placé la sémantique des jeux au cœur d’un nouveau concept de logique où celle-ci est comprise comme un instrument dynamique d’inférence. Quoiqu’il en soit, il s’agit d’une réflexion philosophique approfondie de la notion de logique qui prend en considération la richesse des nouvelles découvertes mentionnées ci-dessus, d’une réflexion qui devrait ouvrir une nouvelle voie au dialogue avec les sciences.

 

Ci-dessous une brève description des notions impliquées qui devraient être l’objet de la réflexion philosophique visée par ce projet.

 

1.1. La fondation des mathEmatiques constructives et d’une logique linEaire:

La logique comme science formelle a, pour une grande part, été développée comme structure servant au fondement de la théorie de la connaissance en général, et le plus souvent au fondement des mathématiques. L’un des courants principaux de ce qu’on appelle les “logiques non classiques”, en particulier la logique intuitionniste, conduit du criticisme de Brouwer au programme et aux méthodes de Hilbert. Depuis, un certain nombre de positions constructivistes différentes ont été développées et chacune d’elle a témoigné de son intérêt pour l’étude du pouvoir expressif de sous-systèmes du système classique et entier des mathématiques. La notion algorithmique de la construction et de la preuve, ainsi que le programme d’instruments informatiques de systèmes de preuves qui en résultent, sont de plus en plus considérés comme étant de première importance pour le logicien. Les interactions entre la science informatique théorique et les mathématiques se renforcent à mesure que l’usage d’outils pour prouver les théorèmes est devenu plus courant dans la pratique mathématique. D’un autre point de vue, les processus actuels de pensée du travail des mathématiciens font l’objet d’un intérêt croissant. Après un siècle de tradition antipsychologiste, la logique linéaire est l’un des développements essentiels à l’interface entre la science informatique et la logique. Cela provient des travaux de Girard dans les années 80. Écartant des caractéristiques essentielles de la logique classique afin de donner une notion de preuve en adéquation avec les contraintes et intuitions de la science informatique, cela a conduit à une compréhension profonde et fine de la notion classique de conséquence. La théorie linéaire de la preuve prend au sérieux le processus d’utilisation des ressources de la preuve. Elle redéfinit la théorie classique de la preuve afin de se débarrasser des lois structurelles de la contradiction, de l’expansion et de l’affaiblissement, produisant une notion de conséquence avec un sentiment de pertinence fortement ancré, là où la conséquence classique peut être exprimée par l’explicitation de l’aspect enthymématique des connecteurs classiques. Dans les années 80, Avron a montré le lien avec la logique de la  pertinence. A sa suite Blass, Hyland et Abramsky ont développé pour la logique linéaire une sémantique suivant la théorie des jeux qui constitue l’un des exemples les plus clairs de l’interaction fructueuse entre la logique, la théorie des jeux et la science informatique.

 

1.2. La sEmantique suivant la thEorie des jeux et les jeux interrogatifs

L’un des développements les plus importants issus de l’importation de techniques de la théorie des jeux en logique est ce qu’on appelle les Game-Theoretical Semantics (GTS), dont l’idée fondamentale a été inventée par Hintikka à la fin des années 60 et développée dans les années 80. GTS est une alternative à la sémantique de Tarski, qui saisit les conditions de satisfiabilité en termes d’existence d’une stratégie de victoire pour l’un des joueurs dans un jeu sémantique associé à une formule, un modèle et une fonction d’assignation de valeur aux variables. Une telle sémantique se fonde sur un jeu à somme nulle entre deux joueurs qui est comparable aux dialogues. GTS permet de nombreuses approches créatives des problèmes classiques des champs de la philosophie et de la métathéorie des sciences. Cette approche donne notamment tout son sens à une logique dans laquelle les coups connectés avec des quantificateurs imbriqués peuvent être,  en termes de contenu d’information, indépendants les uns des autres. Le paradigme de Hintikka contribue également à notre connaissance de ce qu’est l’enquête scientifique. Plus précisément, l’enquête scientifique est ici comprise comme un jeu dans lequel l’enquêteur tente d’établir une hypothèse scientifique en important de l’information au moyen de coups interrogatifs et d’étapes déductives et dont les propriétés métathéoriques (interpolation) correspondent à des notions importantes de l’explication scientifique.

1.3. les nouveaux enjeux logiques de la thEorie des jeux

Plus récemment, une nouvelle tendance a gagné en importance, à savoir l’approche “logique et jeux” de ce que l’on appelle l’école d’Amsterdam. L’une des idées méthodologiques fortes de cette école (van Benthem, van Rooij ou encore Pauly, pour n’en citer que quelques uns) est d’examiner la signification logique de concepts relevant de la pure théorie des jeux tels que l’équilibre de Nash, l’équilibre maximal, les comportements coopératifs et non coopératifs, etc.  Ces développements ont en commun une attitude pragmatique dans laquelle les déterminations concrètes de l’agent cognitif qui effectue les inférences sont en construction dans le langage logique lui-même qui norme cette effectuation des inférences. Le domaine des interactions entre logique et jeux offre un intérêt inverse : il ne s’agit plus d’importer les concepts de la théorie des jeux dans la logique, mais de saisir la logique du joueur rationnel dans un jeu. Une telle approche s’est avérée fructueuse, amenant divers types de logiques dynamiques, notamment la logique dynamique épistémique, la logique des annonces publiques et la logique de la recherche des dynamiques de préférence des joueurs d’un jeu épistémique, etc.

 

1.4. Le raisonnement non monotone

L’étude de la relation de conséquence non monotone est devenue un nouveau domaine d’étude à part entière, dont l’arrière plan est principalement celui de l’intelligence artificielle car dans ce dernier domaine d’étude, le besoin d’un contrôle formel des inférences qui relèvent d’informations changeantes ou incertaines est crucial. La propriété de monotonie, pour une opération de conséquence, est la propriété de demeurer stable lors même que l’ensemble des prémisses augmente. De façon dynamique, cela revient à dire qu’aucune information nouvelle ne peut interférer avec les inférences déjà réalisées. Il est évident que la plupart des raisonnements de tous les jours sont non monotones : il nous est en effet toujours possible de réviser certaines de nos conclusions antérieures lorsqu’une nouvelle information devient accessible. Il y a diverses façons de mettre en œuvre une telle opération de conséquence non monotone, par exemple par des hypothèses d’arrière-plan, des règles par défaut, une circonscription, des modèles préférentiels, etc. Une autre approche consiste à travailler avec des systèmes d’argumentation qui étudient la façon dont les arguments d’une preuve pris comme un tout interagissent de façon dynamique. De tels systèmes sont exprimés formellement comme des jeux de dialogues dans lesquels les actes d’assertion du joueur construisent une structure argumentative pour ou contre une thèse initiale. La logique non monotone est désormais un champ d’investigation d’une importance considérable générant une riche littérature et ses applications vont de la prise de décision automatique à l’épistémologie, en passant par le raisonnement légal, la révision des croyances et les sciences cognitives.

 

1.5. La rEvision des croyances

La formalisation logique de la révision des croyances est étudiée depuis l’analyse d’Aristote du raisonnement dialectique. Aujourd’hui, elle est devenue une étape cruciale dans la conception de l’agent rationnel doxastique au sein des recherches sur l’intelligence artificielle. Les théories du changement de croyances se développent dans le contexte d’une tendance montante en logique de porter son attention sur les processus d’inférence. Elles tentent de répondre à la question : comment l’agent doxastique doit modifier son ensemble de croyances (ou certains ordres, structures, de cet ensemble) lorsque de nouvelles informations incompatibles sont accessibles (révision) ou lorsqu’il y a des changements dans le monde (mise à jour) et, partant, former de nouvelles croyances. Depuis le travail pionnier de l’approche AGM, l’une des idées centrales est de caractériser un ensemble de postulats que les opérateurs de révision (respectivement de mise à jour) doivent satisfaire. Une autre approche s’appuie sur l’apprentissage bayésien en situations incertaines et s’articule autour de l’idée selon laquelle ce sont les probabilités associées à (le degré de croyance de) certains éléments d’un modèle qui sont l’objet du processus de révision. Un changement de croyance rationnellement justifié devrait donc se conformer au critère bayésien d’une inférence probabiliste. Les changements de croyance peuvent généralement être vus comme une contre partie dynamique de l’inférence non monotone car dans les logiques non monotones, aucune partie de l’information d’arrière plan n’est retranchée.

 

1.6. l’information imparfaite

Un jeu est dit d’information imparfaite si un joueur ne sait pas exactement quelles actions ont été réalisées auparavant par les autres joueurs (ou par lui-même). Si l’on introduit « La Chance » comme un joueur, il est possible de saisir l’incertitude exogène. Ni l’équilibre de Nash ni les équilibres parfaits des sous-parties d’un jeu ne peuvent fournir de concept satisfaisant de solution pour de tels jeux. Un concept de solution adéquat devrait s’appuyer sur l’idée selon laquelle chaque stratégie de joueur doit être uniforme, c’est-à-dire qu’elle doit prescrire le même coup pour un joueur si celui-ci se trouve à des nœuds qui contiennent pour lui le même ensemble d’information. L’introduction d’ensembles d’information dans la GTS permet d’étendre les sémantiques des jeux de premier ordre. La logique qui en résulte, la logique pour l’indépendance, ou logique IF, a été développée par Hintikka et Sandu afin de permettre l’indépendance d’information des quantificateurs qui portent sur des classes différentes d’individus. Son pouvoir expressif s’est avéré nécessaire si l’on veut construire des modèles logiques pour certains types d’architecture computationnelle. Plus récemment, Hintikka a montré que cela contribue à notre compréhension de l’idée même de probabilité, de même qu’à des questions importantes de la logique épistémique.

 

 

 

        Le raisonnement normatif et la logique déontique

L’un des grands enjeux de la philosophie normative est de comprendre comment la prise de décision est possible pour un agent ou système qui a des engagements normatifs conflictuels. Le problème revient à déterminer quelles sont les inférences normatives valides et quelles sont les règles correctes d’enquête dans les champs pratique et normatif. Plus généralement, il est admis que le conflit normatif est la règle lors de prise de décision. La logique déontique tente de déterminer les conditions sous lesquelles une obligation peut être dérivée à partir d’un ensemble de valeur donné, ainsi que les conditions de cohérence des systèmes normatifs. La théorie de la décision, les logiques déontiques fondées sur la théorie de l’action et le raisonnement normatif révisable sont toujours riches de possibilités non explorées.

Une autre question cruciale amenée par une attitude pluraliste forte et qui demeure ouverte est celle de savoir comment un raisonnement normatif peut avoir lieu entre des agents qui ont des conceptions rivales de la rationalité pratique. De tels problèmes sont fortement connectés avec le développement d’un cadre logique dans lequel les règles de raisonnement elles-mêmes peuvent être ce qui est en jeu lors de débat rationnel.

 

        Le raisonnement légal

Les modalités spécifiques de raisonnements utilisés par les hommes de loi ont été l’objet d’études depuis l’Antiquité. En général, ces normes ne s’accordent pas avec les standards de l’inférence logique classique. Néanmoins, le fait qu’une théorie formelle empiriquement adéquate de ce qu’est un argument légal valide serait un important progrès tant dans la sphère pratique que théorique est amplement reconnu. Par exemple, la recherche légale assistée par ordinateur est un sujet qui reçoit un intérêt croissant. Une clarification conceptuelle entraînant une explicitation formelle du raisonnement légal contribuerait également à l’uniformité de l’application de la loi. La pratique légale offre quelques cas délicats au logicien. La procédure d’argumentation est encadrée de principes bien souvent conflictuels et regorge de mécanismes de manipulation de conflits subtils dans lesquels l’accroissement des prémisses disponibles permet des révisions non monotones des conclusions préalablement établies. Et encore plus, des éléments de la procédure elle-même (c’est-à-dire des règles structurelles des jeux d’argumentation) peuvent être amenés à être modifiés. A partir de là, le raisonnement légal fournit au logicien des cas limites dans lesquels ce qui est en jeu est soit la rationalité du système légal en question, soit la possibilité pour la logique d’établir les standards de la rationalité en général. Dans cette perspective, nous pensons interagir avec l’université de Lille 2 et avec Eléonore Le Jallé (UMR STL).

 

        Choix Social et agrégation des jugements

Une conséquence directe de la procédure démocratique est que l’on doit tenir compte, pour atteindre une décision sociale, de l’information, des jugements et des préférences venant de nombreux et divers agents. La théorie du choix social doit donc prendre au sérieux la question de la façon dont les jugements individuels (ou les préférences) peuvent être agrégés en des jugements collectifs (respectivement des préférences). L’un des résultats classiques sur ce sujet est le théorème d’impossibilité d’Arrow, selon lequel il n’est pas possible de satisfaire en même temps l’absence de dictateur, la loi affaiblie de Pareto, l’indépendance des alternatives non pertinentes et la possibilité pour les individus d’avoir l’ordre de préférence qu’ils souhaitent. Un autre problème avec la décision économique ou sociale dans une démocratie délibérative est qu’il peut y avoir des inconsistances entre l’agrégation de jugements faite à partir des prémisses d’une conclusion donnée et l’agrégation de jugements faite à partir de la conclusion elle-même. A partir de là, il n’est pas inutile de se demander s’il est préférable d’effectuer des agrégations à partir des prémisses ou des conclusions afin d’aboutir à une décision collective. La question de savoir quelles règles d’inférence doivent être prises en considération par un cadre satisfaisant en ce qui concerne la décision sociale collective est donc pour les économistes, les chercheurs en sciences sociales et les logiciens eux-mêmes un problème logique de relevance qui demeure ouvert. Dans cette dynamique, nous avons l’intention de travailler en collaboration avec les projets d’Eléonore Le Jallé et des chercheurs en économie et en sciences sociales.
 

        Raisonner avec des fictions

Le concept standard de raisonnement avec fictions se résume à un problème de partition du domaine de discours entre les fictions et la réalité. Malgré tout, il semble que tant dans le raisonnement de la vie de tous les jours que dans le raisonnement scientifique, nous avons besoin d’un aspect dynamique : nous pouvons penser et raisonner sur quelque chose en supposant que cette chose est réelle, puis comprendre plus tard qu’il s’agissait d’une mauvaise supposition. De plus, la ségrégation des fictions et de ce qui est réel rend ardue la tâche d’expliquer comment le raisonnement sur les fictions peuvent avoir un statut et une utilité au sein du réel. En ce qui concerne ce projet, nous entendons le développer en collaboration avec les projets sur la psychologie cognitive (voir le projet de recherche d’Alexandre Billon) et sur la philosophie du langage (voir le projet de recherche de Claudio Majolino).  

 

Partenariats internationaux:

 

Belgique/ Gandt: Institute of philsophy of Science: Diderik Batens; Liège: Paul Gochet/  Finlande :

University of Helsinki/ Department of philosophy: Ahti-Veikko Pietarinen and Tero Tulenheimo/ France :

IHPST : Jacques Dubucs, Brian Hill ; Friedrike Moltmann, Paris 8: Alain Lecomte, Nancy 2: Gerhard Heinzmann/ Allemagne: Universität des Saarlandes. Rechtswissenschaft und Informatik: Maximilan Herberger/ Royaume-Uni: Department of Computer Science, King’s College: Prof. Dov Gabbay, St Andrews: Graham Priest/ Canada : Université du Québec à Montréal: Prof. Mathieu Marion/ Portugal/ University of Lisboa : Olga Pombo

 

 

 

 

Programmes prEsentEs dans le cadre de la MESHS dans les annEes à venir :

 

1) Logique de l'argumentation juridique

Le propos de ce projet est double : il s'agit à la fois de proposer une reconstruction rationnelle des procédés inférentiels tels qu'ils ont lieu dans la pratique concrète de l'argumentation juridique, et d'évaluer d'autre part l'apport pour la logique elle-même et sa philosophie des modèles de rationalité que ces pratiques suggèrent. La dialogique est un cadre conceptuel naturel pour un tel projet, en tant qu'elle est adéquate pour étudier à la fois les jeux de langage normés mais informels (dans une perspective de théorie de l'argumentation) et les formes pures de l'interaction formelle (dans une perspective de logique mathématique). Le projet devra créer un espace d'échange entre les praticiens du droit, les sciences de l'information et du texte en rapport avec le domaine juridique, et les logiciens, qui pourrait avoir la forme d'un séminaire. Un colloque international aura lieu, dans la lignée de celui déjà organisé avec le soutien de la MESHS et de l'UMR ("Argumentation et Droit", 2005), et sera suivi de la publication des actes.

 

2) Logique, sémantique et TAL

Ce projet, en collaboration avec des linguistes de l’UMR comme A. Balvet ou R. Marin, a pour objet de mettre en place une nouvelle offre de formation, soucieuse d'augmenter la surface d'échanges entre les SHS et l'industrie. Ce qu'on appelle souvent le Web 2.0, ou sémantique, offre un vaste champ d'application pour le savoir-faire spécifique développé dans l'UMR. En particulier, la nécessité pour l'industrie de se donner des moyens d'analyse sémantiquement raffinés de bases de données importantes crée un besoin de formation à la l'intersection entre nos trois disciplines. Cette offre de formation (stages pour professionnels ou options de Master) pourra aussi fournir un cadre à des contrats CIFRE, ce qui ouvrira des possibilités nouvelles de liens entre UMR, MESHS et entreprises.

 

3) Théories formelles de la dynamique des croyances

Le séminaire interdisciplinaire du même nom a connu dès 2006-2007 un succès indiscutable, créant les conditions d'un véritable dialogue entre linguistes, philosophes, logiciens, informaticiens et économistes, autour d'objets communs et pourtant pris dans des perspectives très différentes. Le séminaire s'était conclu sur un colloque international. Nous reprendrons la formule en cherchant en particulier à faire un tour d'horizon des derniers résultats dans ce champ de recherche particulièrement actif.

 

 

2. Connaissance et subjectivitE : SubjectivitE et rEflexivitE ; Imagination, possibilitE et subjectivitéE

 

Alexandre Billon compte poursuivre le travail entamé avec Joëlle Proust sur la subjectivité, la conscience et la réflexivité. Parallèlement, il compte travailler sur l’imagination et la possibilité.

La formulation traditionnelle du problème de la conscience ainsi que les arguments dualistes qui en découlent font intervenir des expériences de pensée. Ce sont des arguments a priori qui font valoir qu’un certain type de situation est concevable pour en déduire que ce type de situation est possible. Le vif intérêt suscité par ces arguments dans la communauté philosophique a incidemment relancé des débats sur la valeur, la nature et l’étendue de la connaissance a priori. Les philosophes se sont intéressé à la nature de la concevabilité et de l’imagination ainsi qu’aux liens entre concevabilité, possibilité et signification. Des philosophes et des logiciens ont développé une famille de cadres sémantiques sophistiqués pour interroger ces liens, les cadres bi-dimensionnels. Il existe de nombreuses variantes de ce cadre conceptuel bidimensionnel dans la littérature. Les différentes versions répondent à des préoccupations sensiblement différentes, elles ont également des implications philosophiques différentes, en particulier en ce qui concerne les arguments dualistes contemporains. Mais il est remarquable qu’aucun d’eux ne semble à même de légitimer le caractère a priori du cogito. Dans la lignée de ce qu’Alexandre Billon avait commencé dans sa thèse, il étudiera la nature et la phénoménologie des actes imaginatifs impliqués dans le cogito et développera un cadre théorique permettant de rendre compte du caractère a priori du cogito. Un tel travail aurait un versant phénoménologique et un versant épistémologique et sémantique. Il se prêterait aisément à des coopérations avec des membres de STL (Claudio Majolino et Shahid Rahman par exemple, mais aussi des linguistes).

S’agissant de la philosophie de l’esprit, Eléonore Le Jallé cherchera à évaluer les critiques ou utilisations de Hume dans les théories contemporaines de la causalité (en particulier Nelson Goodman et G. H. von Wright) et de l’identité personnelle. S’agissant des théories de la décision et de l’action, ses travaux porteront sur la présence de Hume dans le débat contemporain sur « les causes et les raisons de l’action », un débat qui oppose les néo-wittgensteiniens aux « causalistes » comme Davidson. Elle s’intéressera également à l’utilisation de Hume dans la théorie du choix rationnel, ou en théorie des jeux, ce qui la conduira à se rapprocher des chercheurs et doctorants « logiciens » de l’UMR qui travaillent sur cette thématique.

 

 

 

Axe D. DiffErenciations et mutations des savoirs

(Responsable : Bernard Maitte ; Philippe Hamou depuis septembre 2011)

 

Le domaine « différenciations et mutations des savoirs » a lui aussi été remanié par rapport au projet du quadriennal précédent. Dans la mesure où ce qui avait été appelé « les savoirs de la première modernité » a été intégré à la thématique 2 de l’axe B, pour en faire voir davantage l’unité, la division historique a été revue. L’arrivée dans l’UMR d’Eléonore Le Jallé, le retour de Marc Parmentier, les travaux de Lucien Vinciguerra, d’Anne-Lise Rey et, bien entendu, de Bernard Joly et de ses doctorants ont permis de préciser l’une des thématiques et périodes concentrant un nombre important de travaux : « science et philosophie à l’âge classique ».

La thématique 3 a elle aussi été redéfinie de manière plus précise en se concentrant sur ce qui est apparu au cours des dernières années comme un point fort de la recherche lilloise : la philosophie française contemporaine.

Comme dans l’ancien quadriennal, l’unité de cet axe est méthodologique. Au centre des activités de recherche qui y sont regroupées se trouve le concept de savoir.  Mais ici le terme est entendu au sens d’ensemble structuré de connaissances qui se transmettent selon des règles à l’intérieur d’une culture. Nous considérons alors comme savoirs, aussi bien la science reconnue que certaines « fausses sciences » comme l’alchimie, les sciences humaines voire la littérature, pour autant qu’elle n’est pas ramenée au plan d’une activité purement esthétique, voire certains systèmes philosophiques contemporains.  Dans un premier temps, l’ensemble est interrogé à partir d’un examen soigneux des textes visant à approcher autant que possible la réalité des débats intellectuels, passés ou contemporains. Ce n’est que dans un second temps que devient possible leur inscription dans l’histoire générale des savoirs.

On comprend alors qu’il puisse être légitime de rapprocher des travaux qui se réclament tous de cette méthodologie, et qui portent sur l’histoire des savoirs philosophiques et scientifiques de l’âge classique, sur l’histoire des sciences du XVIIIe siècle à l’époque contemporaine, sur l’épistémologie des sciences humaines ou sur des philosophes contemporains comme Bergson, Eric Weil ou Michel Foucault.

 

 

ThEmatique 1 : Science et philosophie à l’âge classique

(responsableS : Anne-Lise Rey et Marc Parmentier)

 

A — Histoire de la chimie A l’âge classique

Bernard Joly développera ses recherches dans deux directions principales :

1) Histoire de la chimie à l’âge classique

Le statut de la chimie à cette époque doit être réévaluée sans a priori. C’est dans cet esprit qu’il poursuivra son étude de la chimie de Geoffroy, à la fois pour faire apparaître la cohérence d’une pensée qui ne se fait connaître que dans l’éparpillement des communications à l’ARS et pour mettre à jour le réseau de relations conceptuelles et institutionnelles au cœur duquel ce chimiste travaillait. La réalisation d’un ouvrage général sur l’œuvre et la pensée de Geoffroy permettra de mener à bien cette entreprise.

Mais il s’agit aussi et surtout d’un travail collectif, que Bernard Joly poursuivra avec le groupe de recherche sur l’histoire de la chimie qu’il a mis en place dans le cadre de l’UMR, en veillant à multiplier les objets d’application, mais aussi et surtout en développant les collaborations européennes qui permettront d’inscrire ces recherches dans le champ géographique, institutionnel et historique qui était le leur.

En particulier, Bernard Joly souhaite mettre en place, en collaboration avec Rémi Franckowiak, un projet sur 3 ou 4 ans qui a pour objet la publication d'une histoire de la chimie de la fin du XVIe siècle à la fin du XVIIIe siècle, ouvrage de référence qui serait un ouvrage collectif réalisé par une équipe internationale. On envisage une double publication, en français et en anglais, avec deux éditeurs. Un tel ouvrage, qui tienne compte des importants travaux effectués depuis une vingtaine d'années dans ce champ de recherche, n'existe pas actuellement et son absence se fait cruellement ressentir.

La méthode de travail sera la suivante:

- dans un premier temps sera constituée une équipe qui aura pour objectif de définir précisément le projet, ses contours historiques, géographiques et conceptuels, son organisation, sa ligne éditoriale, mais aussi de repérer les « lacunes », auteurs et domaines peu étudiés dont l'étude sera confiée à des chercheurs bénéficiant pour cela des financements du projet. En particulier, des jeunes chercheurs pourront être chargés de ces études, par des vacations, mais aussi par le financement d'un poste de post-doc. Il s'agira aussi, à cette étape, de dresser la liste des collaborateurs pressentis et de répartir les chapitres entre eux.

- une seconde étape aboutira à l'organisation d'un colloque où les contributeurs pressentis seront invités à présenter une première version de leur contribution.

- une troisième étape conduira à l'élaboration de l'ouvrage lui-même.

Un financement sera recherché auprès de l’ANR, de la MESHS du NPDC et de la communauté européenne.

2) Histoire de la rupture entre chimie et alchimie

Il semble aujourd’hui bien établi que c’est vers le milieu du XVIIIe siècle que s’est accomplie la rupture qui a donné naissance à l’opposition moderne entre chimie et alchimie. L’histoire de cette rupture n’a jamais été faite. Il s’agira de montrer comment, au cœur des Lumières, des courants ésotériques se réclament de l’alchimie ancienne pour se séparer de la chimie et s’opposer à une conception scientifique qui domine bientôt dans les articles de l’Encyclopédie, puis dans la chimie de Lavoisier.

La manière dont Goethe s’empare de la chimie, à la fois pour construire des représentations romanesques des sentiments humains et pour élaborer une science des couleurs opposée à celle de Newton pourrait illustrer les ambiguïtés de cette époque où chimie et alchimie vont commencer à s’affronter au nom d’un combat entre les exigences de la raison et celles du sentiment. C’est dans cet esprit que Bernard Joly poursuivra les études entreprises sur la place de la chimie dans l’œuvre de Goethe.

Rémi Franckowiak, de son côté, poursuivra son travail de recherche sur la chimie des XVIIe et XVIIIe siècles sur les points suivants :

La chimie à la Royal Society dans les années 1660-1690, et la formation des Anglais à la chimie française dans les années 1640-1660 à Paris.

-   La chimie développée à Montpellier dans les années 1680-1700, où les idées chimiques de Becher et de Stahl auraient fait leurs premières apparitions en France (il s’agira par ailleurs de faire la part des choses entre les conceptions des deux Allemands).

La chimie de la chrysopée au XVIIIe siècle : exposer les différences de conceptions et de pratiques de la chrysopée dans la première moitié du XVIIIe siècle par rapport au siècle précédent, et retracer les liens qui vont visiblement de Samuel Cottereau Du Clos (1666) à Jean Hellot (1760) au sujet de cette recherche chimique, en passant par Homberg, Geoffroy frères, Réaumur, Boulduc, Du Fay, Grosse et Malouin.

La chimie chez Buffon.

En collaboration avec Bernard Joly, se poursuivront leurs activités liées à l’organisation du séminaire sur la chimie à l’âge classique, avec notamment le projet d’une histoire de la chimie réalisée par une équipe internationale qu’ils rassembleront autour de ce séminaire.

 

 

B — Sciences et philosophie A l’âge classique

 

Bernard Joly poursuivra son travail sur a place de la chimie dans l’organisation des savoirs à l’âge classique. Il est désormais clairement établi qu’à l’âge classique  l’alchimie ne se distinguait pas de la chimie. Cette nouvelle compréhension de l’alchimie classique doit permettre de réévaluer la place que tenait la chimie dans l’organisation des savoirs aux XVIIe et XVIIIe siècles. Dans le prolongement de son livre Descartes et la chimie, à paraître prochainement, Bernard Joly poursuivra, avec celles et ceux qui autour de lui se sont attelés à cette tâche, l’exploration de la présence et des effets de la chimie dans l’œuvre des philosophes à l’âge classique.

Anne-Lise Rey orientera sa recherche dans quatre directions :

1) elle poursuivra le travail sur l’ambivalence de l’action dans la philosophie de Leibniz des années 1690-1710 afin de:

            - proposer une histoire de la notion d’action dans la pensée de Leibniz pour y mettre en évidence le « moment » dynamique et sa fonction dans la redéfinition de la substance ;

            - penser son rapport à la perception et à l’expression. Ce qui pourrait donner lieu à l’organisation d’une journée d’études avec Frédéric Vengeon, auteur d’une thèse sur l’anthropologie de Cues et directeur de programme au Collège international de philosophie, journée centrée autour de « expression et singularité de N. de Cues à W. Leibniz » ;

            - établir les relations entre action, perception et organisation comme des outils permettant de penser les différentes formes de substances corporelles.

2) elle poursuivra le travail amorcé sur la postérité de la Dynamique leibnizienne dans la première moitié du XVIIIe siècle en travaillant selon une double perspective :

            - autour du réseau des correspondants de Leibniz (Johann Bernoulli, Jacob Hermann, Christian Wolff) qui ont fait paraître dans le premier tome des Mémoires de l’Académie de Saint-Pétersbourg (1728) des défenses et illustrations des principes de la Dynamique de Leibniz. Il s’agirait alors de montrer en quoi ces correspondants de Leibniz mettent en place des modalités démonstratives et argumentatives permettant de défendre la Dynamique leibnizienne, parfois sur d’autres bases que ne le fit Leibniz lui-même, mais bénéficiant d’une connaissance intime des arguments leibniziens, dans le contexte intellectuel des années 1720. Il s’agirait ici de reprendre l’hypothèse mentionnée dans son article (Style et méthode dans la dynamique de Leibniz, 2008) selon laquelle les modalités de diffusion de la science nouvelle sont le lieu d’une inventivité démonstrative ;

            - autour des tentatives d’articulation des apports de la philosophie naturelle de Newton et de la dynamique de Leibniz, en poursuivant le travail esquissé dans l’article Leibniz et Newton dans Wolff (Vrin, 2008) ou l’intervention Les influences croisées de Leibniz et Newton dans les Institutions physiques de la Marquise du Châtelet (IHP, 2006). Anne-Lise Rey souhaite analyser par exemple le travail de W. s’Gravesande ou Johann Bernoulli et de bien d’autres savants de cette première moitié du XVIIIe siècle. Cela donnera lieu à une journée d’études sur les figures du leibnizianisme dans la première moitié du XVIIIe siècle en resserrant le thème autour de la question des conditions de la postérité de la dynamique leibnizienne.

3) l’écriture de la science selon une double perspective :

            - en reprenant un outil façonné pour l’analyse des correspondances de Leibniz : il s’agissait d’articuler la notion de style telle qu’elle est définie par Granger et la distinction proposée par Fernand Hallyn entre approche rhétorique et approche poétique (et en particulier ce qu’Hallyn appelle un imaginaire tropologique et narratif), Anne-Lise Rey voudrait interroger la fécondité de cette approche pour d’autres textes de Leibniz consacrés à la dynamique ou à la chimie en montrant que la présence d’adresses différenciées au sein d’un même texte n’est pas limitée aux correspondances mais travaille également les textes « théoriques ». Cela pourrait s’inscrire dans le cadre du projet ANR « les sciences et l’imaginaire » présenté par Pierre Cassou-Noguès. Cela pourrait également donner lieu à des journées d’études organisées avec Lucien Vinciguerra autour de cette question de l’écriture de la science.

4) l’esthétique leibnizienne à partir :

1) d’un travail spécifique sur la notion leibnizienne de perception. Il s’agirait de poursuivre le travail commencé (publication du chapitre consacré à Leibniz dans l’ouvrage collectif : Aux sources de l’esthétique. Les débuts de l’esthétique philosophique en Allemagne ainsi que d’un article intitulé Statut et usages de la perception dans la pensée esthétique de Leibniz : l’exemple du théâtre) en montrant sur un corpus plus large comment la notion éminemment métaphysique de perception travaille les textes de Leibniz sur la musique, le théâtre, la peinture ou l’architecture.

2) d’un travail sur ce que l’on pourrait appeler les effets narratifs de l’automatisme (au sens de l’automate spirituel leibnizien) au XVIIIe siècle (cette perspective pourrait également s’inscrire dans le projet ANR « Les sciences et l’imaginaire »).

Marc Parmentier reprendra par ailleurs son étude conjointe de Leibniz et de Locke.

Luc Peterschmitt* situe ses projets de recherche dans la ligne de ses recherches antérieures. Pour l’essentiel, il s’agit d’en élargir les perspectives. Trois axes commandent ce projet – mais il faut d’emblée souligner ce que cette distinction peut avoir d’artificiel, puisqu’il s’agit toujours d’étudier une même question, celle de la distinction des disciplines composant la philosophie naturelle. Aussi bien, selon ces trois axes, distingués par les corpus de textes concernés, il s’agit d’examiner ce qui fait la philosophie plus ou moins implicite des sciences à l’Âge Classique – puisque ce geste de définition est déjà un geste philosophique. L’hypothèse fondamentale de travail est que la philosophie naturelle n’est pas absolument une – unité que l’ordre déductif cartésien lui conférait pourtant. Il y a diverses sciences, qui coexistent, et se rencontrent parfois au moins. Ce sont ces rencontres que Luc Peterschmitt propose d’étudier, dans la mesure où elles mettent chaque fois en jeu ce qu’on appelle une science, ou ce que l’on veut bien reconnaître comme tel. Ces rencontres sont autant de lieux polémiques susceptibles de faire changer cette philosophie des sciences : il s’agira d’en examiner l’évolution.

Premier axe : la relation entre ce qu’il est convenu d’appeler philosophie d’une part et les sciences de la nature de l’autre – en particulier, une étude approfondie de la pensé baconienne est ici importante.

Second axe : l’étude d’un corpus relevant de l’histoire des sciences proprement dite, étudiant les diverses définitions données de la philosophie naturelle et les évaluant à l’aune des réalisations effectives – ils ‘agit notamment de lire des auteurs comme Fontenelle, ou encore de suivre les parutions des grandes académies ou sociétés savantes.

Lucien Vinciguerra se propose de publier un livre, achevé, intitulé La Représentation excessive. Effets de métalangage dans Descartes, Pascal, Leibniz et Locke. Ce travail développe une analyse des rapports de l'idée ou de la vérité et du langage chez les quatre philoso­phes du XVIIe siècle. Il tente de montrer comment l'utilisation au XVIIe siècle du pouvoir de représentation ou de signification du langage pour penser celui de l'idée conduit ces philosophes à  mettre en scène cette représentation ou cette signification selon des procédés qui échappent à la philosophie. L'analyse de ces procédés, étudiés dans leurs rapports à la science du XVIIe siècle, conduit à penser autrement le lien de la philosophie à son épistémè, ainsi que ce dernier concept. Ce qui conduit à une relecture des Mots et les choses.

Par ailleurs, L. Vinciguerra poursuit ses recherches pour étendre vers d'autres domaines ses premiers travaux autour d'une archéologie des mathématiques et ceux plus récents sur l'archéologie de la perspective. Il entend en particulier, comme cela a été relevé dans la thématique esthétique (axe C thématique 3) étudier les transformations de la structure romanesque entre la Renaissance et le XVIIe siècle, depuis les derniers romans de chevalerie jusqu'à la Princesse de Clèves, notamment en ce qu’elles sont reliées aux changements de la discursivité scientifique.

Robert Locqueneux* envisage d’approfondir des recherches qu’il a faites il y a plusieurs années sur les relations qu’entretiennent la physique cartésienne et la physique expérimentale en France au début du XVIIIe siècle ; il se penchera sur les œuvres de Rohault, de Dortous de Mairan, de Privat de Molières… Il travaille actuellement sur un ouvrage intitulé Les théories du feu aux XVIIe et XVIIIe siècles.

 

Les convergences entre les travaux de ces différents chercheurs sur la question des rapports entre science et philosophie les conduira à travailler ensemble, notamment dans le cadre du séminaire de recherche de Bernard Joly, en poursuivant l’analyse du positionnement conceptuel et institutionnel de la chimie aux XVIIe et au XVIIIe siècle, tant en ce qui concerne ses rapports avec la physique que ses relations avec la philosophie ou encore avec la littérature.

 

 

 

ThEmatique 2 : DiffErenciations et mutations dans les sciences modernes et contemporaines

(responsable : Pierre cassou-Nogues et REmi Franckowiak)

 

Les pôles de travail dans cette thématique recoupent pour une part ceux de la thématique précédente.

 

1. Histoire de la chimie

                        Ces recherches représentent l'extension de celles menées sur la chimie de l'époque classique. Cette extension est nécessaire. B. Joly souligne qu'il semble aujourd’hui bien établi que c’est vers le milieu du XVIIIe siècle que s’est accomplie la rupture qui a donné naissance à l’opposition moderne entre chimie et alchimie. L’histoire de cette rupture n’a jamais été faite. Il s’agira de montrer comment, au cœur des Lumières, des courants ésotériques se réclament de l’alchimie ancienne pour se séparer de la chimie et s’opposer à une conception scientifique qui domine bientôt dans les articles de l’Encyclopédie, puis dans la chimie de Lavoisier.

            La manière dont Goethe s’empare de la chimie, à la fois pour construire des représentations romanesques des sentiments humains et pour élaborer une science des couleurs opposée à celle de Newton pourrait illustrer les ambiguïtés de cette époque où chimie et alchimie vont commencer à s’affronter au nom d’un combat entre les exigences de la raison et celles du sentiment. C’est dans cet esprit que B. Joly poursuivra les études entreprises sur la place de la chimie dans l’œuvre de Goethe.

R. Franckowiak entend pour le XVIIIe siècle s'intéresser particulièrement à la chimie chez Buffon et à la chimie de la chrysopée au XVIIIe siècle pour exposer les différences de conceptions et de pratiques de la chrysopée dans la première moitié du XVIIIe siècle par rapport au siècle précédent, et retracer les liens qui vont visiblement de Samuel Cottereau Du Clos (1666) à Jean Hellot (1760) au sujet de cette recherche chimique, en passant par Homberg, Geoffroy frères, Réaumur, Boulduc, Du Fay, Grosse et Malouin. Le XIXe siècle est le deuxième front sur lequel devra se poursuivre son travail de recherche. L’objectif est d'une part de proposer une lecture de la chimie des trois premières décennies du XIXe siècle qui s’inscrive davantage dans la continuité des deux siècles précédents, c’est-à-dire plus en accord avec le fait que Lavoisier a bien plutôt défini un nouvel ordre à la chimie qu’il n’a inventé une chimie de toutes pièces sur laquelle se serait bâtie celle du siècle suivant. Il s'agit d'autre part de traiter de l’émergence de la chimie organique qui dictera une tout autre logique à la pratique de la chimie. Enfin, il faudra rendre davantage compte du développement de la chimie contemporaine et de ce qui fonde son découpage actuel en examinant les conditions dans lesquelles une chimie plus ou moins aboutie à la fin du XVIIIe siècle et unifiée dans son mode d’exposition, chargée de rendre compte de l’ensemble des phénomènes chimiques, s’est diversifiée tout en restant chimie par l’emprunt de plus en plus fréquent de méthodes issues de la physique pour l’étude des corps chimiques. R. Franckowiak par ailleurs le projet de publier deux ouvrages, l’un sur le développement des théories du Sel dans la chimie française de la fin du XVIe siècle à celle du XVIIIe, l’autre – en collaboration avec Bernard Joly – sur l’histoire de la chimie aux XVIIe et XVIIIe siècles.

 

2. Histoire de la physique

            A nouveau, les recherches entreprises sur l'histoire de la physique débordent le cadre strict de cette thématique.

            B. Maitte a ainsi plusieurs projets d'ouvrages : Les idées sur la matière dans la physique du XIX° siècle, en collaboration avec R. Locqueneux, pour la collection Science ouverte  aux éditions du Seuil, concernant le développement de la connaissance de la matière dans différentes aires culturelles ou scientifiques (Naturphilosophie allemande, newtonianisme laplacien, la physique du continu), en relation avec l’évolution des problèmes traités (mécanique, chaleur et thermodynamique, optique, électricité et magnétisme, radioactivité) ; une Histoire de la Cristallographie aux éditions Vuibert, qui, pour la période de l'après première modernité, s'attachera particulière aux époques déterminantes de la fin du XIXe siècle et du début de XXe siècle avec les travaux de P. Curie ;  une Histoire de la symétrie, dans la collection Science Ouverte aux éditions du Seuil, qui insistera sur la caractère trans-frontalier de cette  notion qui permet de découvrir de fécondes connivence entre des disciplines apparemment étanches.

            La période étudiée par B. Pourprix* est plus restreinte. Son projet de recherche comprend deux volets. D’une part, B. Pourprix entend poursuivre l'étude de l’histoire du concept d’énergie en se focalisant cette fois sur la naissance et le développement de l’idée d’inertie de l’énergie, qui conduit notamment à celle d’équivalence entre masse et énergie. Il a l’intention d’examiner dans quelle mesure des idées considérées aujourd’hui comme erronées, celles portées par la théorie électrodynamique de Lorentz, considérée au seuil du XXe siècle comme la théorie dominante en physique, ont pu néanmoins favoriser l’éclosion d’une physique nouvelle, relativiste et quantique.

            D’autre part, B. Pourprix s’intéressera à la mécanique quantique proprement dite. L’étude, déjà évoquée dans la synthèse, concernant la naissance de la physique quantique lui a permis de mesurer le degré d’attachement des ses fondateurs aux modes de représentation et aux manières de penser de la science classique. La physique quantique n’est pas une création soudaine, sortie du néant. Elle est née aux confins de la science classique, des efforts obstinés d’exploration des limites de l’ancien monde. Pourtant, avec l’avènement de la mécanique quantique, au milieu des années 1920, la situation semble changer radicalement. La rupture avec la physique classique semble totale. Cette fois, c’est bien de la découverte d’un nouveau monde qu’il s’agit, un monde qui n’a plus grand-chose à voir avec le monde classique. Mais il ne faut pas confondre théorie achevée et théorie en cours d’élaboration. Tout porte à penser que la mécanique quantique, dans sa phase d’élaboration, est encore dépendante de conceptions et de schémas de pensée issus de l’ancien monde. Il est fort possible que la mécanique quantique ne se développe pas indépendamment de la physique classique. B. Pourprix se propose ainsi d’examiner la nature des rapports qu’elle entretient avec cette dernière à chaque stade de son développement.

 

3. Les LumiEres

            Des recherches spécifiques concernant la période des lumières seront à nouveau engagées au sein de l'UMR.

            Ainsi, la poursuite de sa participation aux travaux du comité D’Alembert pour l'édition des Œuvres complètes, constituera, dans les quatre années à venir, la part la plus importante des activités de recherche de A. Firode. Son objectif principal, dans ce domaine, sera de mener à bien l’édition critique et commentée du Traité de dynamique de D’Alembert. L’équipe réunie autour de ce projet, dont le Comité d’édition lui a confié la responsabilité, a  commencé ces travaux en janvier 2008. Ceux-ci devraient aboutir, dans un délai de trois années environ, à  la sortie du volume I, 2 des Œuvres complètes de D’Alembert chez CNRS éditions.  Parallèlement à ces travaux sur le Traité de dynamique, A. Firode prévoit de poursuivre ses recherches sur Euler. L’objectif sera d’une part d’approfondir l’analyse du versant philosophique, peu connu et généralement négligé, de l’œuvre d’Euler (Réflexions sur l’espace et le temps, Recherches sur l’origine des forces, Lettres à une princesse d’Allemagne etc.) et, d’autre part, de continuer son travail, déjà engagé, de traduction et de commentaire de la Mechanica sive motus scientia analytice exposita de 1736.

            F. De Gandt entend également poursuivre ses recherches sur les mathématiques du XVIIIe siècle, en particulier sur le calcul des variations. Ce sera l’appropriation et le commentaire de textes de mathématiques et de physique mathématique, en commençant par la Methodus inveniendi de L. Euler (1744). Euler reprend, clarifie et classe méthodiquement les problèmes d’optimisation hérités de la tradition (plus court chemin, isopérimètres, moindre résistance, moindre action, etc.). Il développe des outils nouveaux qui méritent l’attention. Cela pourrait conduire à mieux saisir la place des méthodes variationnelles dans la physique qui s'est ensuite développée jusqu'au XXe siècle, et à réfléchir philosophiquement sur le statut des entités qui interviennent dans le calcul des variations en reconsidérant les crises scientifiques et les doutes des savants sur ces méthodes. 

            Les recherches de G. Denis, sur la période des Lumières, seront centrées sur deux thèmes principaux. Le premier est l'histoire des sciences agricoles, thème sur lequel G. Denis poursuit un travail engagé dans les quatre années précédentes et qui devrait conduire à la coédition de plusieurs ouvrages collectifs avec des collègues européens. Le second thème est l'histoire de la phytopathologie, de la microbiologie, de la pathologie générale. En particulier, le travail sur l’influence de la phytopathologie et de la cryptogamie sur les modèles proposés par Pasteur sera continué en s’intéressant plus précisément aux travaux sur les maladies du vers à soie et des animaux étudiés par Pasteur, ce qui signifie une reprise de l’étude des textes imprimés et manuscrits de Pasteur et de ses contemporains. G. Denis prévoit également la réédition critique commentée de quelques écrits notamment sur le manuscrit de Pierre de Crescens sur les profits champêtres où l’on trouve essentiellement une présentation du fonctionnement des plantes.

            Il faut également mentionner les recherches de C. Capet qui commence une thèse sous la direction de B. Joly sur l'œuvre de Hume et la question d'un clinamen psychique dans la formations des idées et l'émergence de l'esprit.

 

4. Le XXe siEcle

             Le centre des recherches de P. Cassou-Noguès est maintenant dans le problème du rapport entre science (la logique, surtout) et l'imaginaire. Il y a des points de rencontre, des thèmes communs entre la science et la littérature, la notion de machine par exemple, la question du voyage dans le temps. Comment concevoir ces rencontres et peut-on distinguer des rapports d'influence ? Ces questions conduisent d'abord à certaines études des d'histoire des sciences. Ainsi, P. Cassou-Noguès poursuit ses travaux sur Gödel et tente d'élargir ce domaine en étudiant les archives d'autres scientifiques de la même période, autour du groupe cybernétique en particulier. Les mêmes questions conduisent ensuite à des travaux sur la science-fiction et en particulier sur la façon dont la considération de la science a conduit ce genre littéraire à reprendre toute une série de questions qui appartenaient plutôt à la tradition philosophique.  

 

 

 

ThEmatique 3 : Savoirs et pratiques de pensEe : la philosophie française contemporaine

(responsable : Philippe Sabot)

 

       Cette thématique a connu un fort développement au sein de l’UMR durant le dernier quadriennal, dont témoigne un nombre important de thèses en cours (sur Bergson, Deleuze, Foucault, Lévinas, Lyotard, Ricoeur, Simondon, Weil …). Un grand nombre de travaux étaient consacrés à des auteurs français contemporains, notamment sous l’impulsion de Pierre Macherey et de Frédéric Worms. Ce dernier ayant cependant déposé une demande de reconnaissance de son « Centre international d’étude de la philosophie française contemporaine » (Paris, ENS, dirigé par Frédéric Worms), il ne pourra, en cas d’habilitation de ce dernier, rester membre de l’UMR STL. A l’heure actuelle, le développement de cette thématique dépendra donc en partie du sort du CIEPF, avec lequel les collaborations resteront quoiqu’il arrive très étroites.

       Il n’en demeure pas moins que les travaux sur la philosophie française contemporaine restent une spécialité de l’UMR qui justifie le maintien de cette thématique. Ainsi Philippe Sabot, parallèlement à la question des rapports entre philosophie et littérature (axe C thématique 3), s’intéressera plus particulièrement  aux effets produits par l’hégélianisme, voire par les hégélianismes, dans la pensée française contemporaine (à partir de Kojève). Dans cette perspective Ph. Sabot voudrait, dans les années qui viennent, essayer de baliser davantage le champ d’un hégélianisme littéraire à la française, tel qu’il se déploie entre 1850 et 1940 à peu près. Ce travail prend place dans une recherche de plus grande ampleur concernant l’hégélianisme à la française : la traduction de l’ouvrage de Judith Butler intitulé Subjects of Desire. Hegelian reflections in Twentieth-Century France, en cours de réalisation, constitue une étape importante de cette recherche, en relation avec l’entreprise d’une généalogie de la philosophie française contemporaine.

       Ph. Sabot envisage, à partir de l’organisation de deux journées d’études autour de “La pensée 68 et le problème des sciences humaines”, d’une part de revenir sur la réflexion épistémologique suscitée par les sciences humaines autour des années soixante (à partir de Foucault mais aussi et d’abord de Merleau-Ponty et/ou de Granger), d’autre part d’analyser les effets proprement philosophiques de la réflexion critique élaborée à propos de la psychologie et de l’histoire au sein des sciences humaines. 

       De son côté, Pierre Cassou-Noguès entend aborder les difficultés de principe à établir un rapport entre science et imaginaire en étudiant cette question dans la tradition philosophique en France, ce qui prolonge ses premiers travaux sur Cavaillès vers des auteurs tels que Bachelard, Althusser et, dans une certaine mesure, Foucault. Patrick Canivez poursuivra ses recherches, traditionnelles et renommées à Lille, sur la philosophie d’Eric Weil. Christian Berner s’attachera, dans le cadre de ses recherches herméneutiques, à l’apport de la philosophie de Paul Ricoeur. 

       Enfin, si Frédéric Worms demeure au sein de l’UMR STL, il poursuivra ses études bergsonniennes, internationalement reconnues, et publiera un ouvrage personnel sur la Philosophie française au 20e siècle. Il conduira a son terme l’édition critique des œuvres de Bergson aux PUF (prévue pour 2011 ; à cette date, 11 volumes seront parus) et poursuivra l’édition des Annales bergsoniennes (un volume tous les deux ans environ, une vingtaine de collaborateurs et cinq cent pages environ). 

 

 

Groupe d’Etudes « La philosophie au sens large »

 

       On accordera une place à part au groupe d’études hebdomadaire, « La philosophie au sens large », animé par Pierre Macherey*, qui réunit dans une même discussion des doctorants, chercheurs et enseignants-chercheurs. L’intégralité des interventions est mise en ligne sur le site de l’UMR. Pierre Macherey envisage d’aborder les prochaines années des thèmes comme l’utopie, le libéralisme et l’éducation. Jusqu’à présent, ses séances laissaient une large place à la philosophie française contemporaine.

 

 

 

III.-3. Projets transversaux

 

 

       Il est un peu artificiel de distinguer ces projets de ceux qui ont été exposés dans ce qui précède, puisque les axes de l’UMR, tels qu'ils sont définis, sont voués à entretenir un dialogue constant les uns avec les autres et que les projets présentés par axe sont pour beaucoup d'entre eux naturellement interdisciplinaires. Nous ne les énumérerons donc pas tous ici.

Rappelons toutefois la revue Methodos (pour les axes 2,3 et 4). Parmi les autres opérations prévues, on relèvera ainsi par exemple le « Traitement automatique des langues et corpus » [Axe 1 ], qui intéresse tant les logiciens [Axe 3] que les antiquisants [axe 2], l’ « Histoire de la grammaire et des théories linguistiques » [Axe 1 ], qui rencontre les antiquisants [axe 2 thématique 1] et ceux qui travaillent sur le langage et l’interprétation [Axe 3 thématiques 2 et 3] ; la question de la « traduction » réunit des chercheurs des axes 1, 2 et 3 (notamment jusqu’à présent dans un séminaire et en 2009 dans un colloque interdisciplinaire). Les questions linguistiques sur l’anaphore et la référence [Axe 1] rencontrent elles aussi des problématiques des chercheurs des axes 2, 3 et 4. Quant à la « modélisation » et la « formalisation », les linguistes y rencontrent les philosophes logiciens etc.

Toutes ces rencontres seront soutenues par la politique de l’UMR et visent à ne pas rester simplement théoriques. Les séminaires et colloques à géométrie variable, réunissant linguistes, antiquisants et philosophes, prouvent la fécondité de telles collaborations.  

      

       Parmi les projets fédérateurs qui seront développés durant le prochain quadriennal, on relèvera, outre les travaux sur la traduction d’ores et déjà engagés, les projets émergents suivants, qui s’inscriront dans des collaborations avec la MESHS, fondés sur des séminaires interdisciplinaires de l’UMR :

 

Catherine Darbo-Peschanski : « Épistémologie et histoire de la notion d’influence dans l’étude de l’Antiquité grecque et latine »

La notion d’influence est l’une des plus utilisées dans l’étude des idées, des croyances, des institutions et des formes, qu’elles soient textuelles, plastiques ou pratiques. Autant dire qu’elle a  affaire avec la totalité des faits culturels. Son succès est plus de persuasion que d’analyse. Il tient en effet à deux facteurs essentiels. D’une part, à la métaphorisation plus ou moins complexe, mais en tout cas implicite, dont elle entoure d’emblée les rapports qu’elle établit entre les objets traités. D’autre part, à son rôle ambigu d’opérateur et d’explication du changement. Invoquer l’influence en effet, c’est, grâce à la nature cinétique et la force explicative des métaphores mobilisées, tout à la fois mettre en mouvement  et rendre compte du mouvement. L’influence devient ainsi la contrefaçon furtive de l’histoire que celle-ci soit entendue comme devenir des objets étudiés ou comme étude de ce devenir même.  Elle en est toutefois l’aimable rivale, car si elle prend parfois toute la place de celle-ci, le plus souvent, à l’instar des chevilles dans un poème, elle est sollicitée pour créer facilement un lien que l’analyse historique ou sociologique ne peut, en toute clarté, établir. Le projet visera à étudier l’influence à la fois comme inhérente à des conceptions implicite de l’histoire culturelle et comme outil d’herméneutique.

Cela suppose de travailler selon plusieurs axes dont la liste fournie ici n’est qu’indicative et pourra s’allonger au fur et à mesure de l’avancée des recherches (origine et champ d’apparition premier de la notion d’influence dans l’étude de l’Antiquité grecque et latine ; les métaphores liées à la notion d’influence et à ses usages ; influence et outils herméneutiques voisins : analogie, imitation et déplacement, circulation ; origine, anticipation et prolongation ; précurseurs/postérité ; les champs et objets d’application de cette notion. Histoire de ses utilisations dans ces champs ; les sociologies impliquées dans l’usage de la notion d’influence (maîtres/disciples ; milieu, éducation, écoles) ; influence et conceptions du devenir historique)

 

Pierre Cassou-Noguès : « Science, philosophies, imaginaire » (qui sera aussi l’objet d’une demande ANR)

Ce projet a pour but d'étudier les rapports entre les sciences et l'imaginaire. Certains aspects de cette problématique ont fait l'objet de travaux récents et importants, en France comme au niveau international. On peut évoquer dans cette perspective les études sur la métaphore en physique ou sur le rôle des images scientifiques. Il nous faudra, sans doute, prendre la mesure de ces travaux. Cependant, le centre de notre projet concerne les rapports entre les mathématiques et la logique moderne (à partir, disons, du milieu du XIXe siècle) et l'imaginaire tel qu'il s'exprime en littérature. Ce secteur a été jusqu'à présent très peu étudié. Nous pensons pourtant que telles recherches sont fructueuses aussi bien du côté de la science que de celui de la littérature : elles permettront de mieux comprendre le développement des mathématiques et de la logique, d'un côté, et les préoccupations qui sous-tendent certains textes littéraires, de l'autre. A partir de là, il sera possible d'engager un questionnement original sur le problème de l'imaginaire et de revenir sur certains aspects de la tradition philosophique comme de la philosophie contemporaine.

 

Shahid Rahman : « Le concept d’interprétation »

La notion d’interprétation sera appréhendée de manière résolument interdisciplinaire dans une perspective épistémologique, dans le cadre d’un séminaire faisant appel aux membres des divers axes de l’UMR STL ainsi qu’à d’autres champs du savoir.

 

 

 

III.-4. Plan pluriformation

 

Dans le prolongement du PPF 2006-2009 « Création d’une bibliothèque numérique mutualisée en histoire des sciences et épistémologie », Bernard Maitte a déposé auprès de l’université de Lille 1 un projet de PPF  pour 2010-2013. Intitulé Développement de la bibliothèque numérique mutualisée en histoire et épistémologie des sciences, il concerne tant l’UMR 8163 « Savoirs, Textes, Langage » que l’UMR 8524 Paul Painlevé (CNRS, Lille1). Le projet, pensé en complémentarité avec le projet Pôlib et avec les autres projets nationaux et internationaux de numérisation, vise à la création d’une bibliothèque numérique mutualisée en histoire des sciences et épistémologie. Ce nouveau PPF concernera la suite de la numérisation des monographies intéressant la recherche conservées au SCD de Lille1 et couvrant la période 1811-1893, la numérisation des périodiques de la seconde moitié du XIXe siècle et du début du XXe siècle en histoire et épistémologie des sciences, celle de la collection des Bulletins de la Société Géologique du Nord, de certains fonds déposés au Musée des Sciences Naturelles de Lille, d’ouvrages antérieurs à 1810 et de certains manuscrits et des lots d’archives.